Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 12:15

La maison des délices

 

Mini-cycle « fétichisme »

 

affiche-the-rocky-horror-picture-show.jpghttp://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

Mise en abyme du droit à la liberté sexuelle sur fond de parodie de séries B, le seul film connu de Jim Sharman atteint son apogée dans le plaidoyer sous-jacent. Un film qui vous colle à la peau comme le latex.

 

Dès que les lèvres pulpeuses entonnent le premier air, The Rocky Horror Picture Show dévoile sa suave caresse. Celle d'un univers vu comme marginal. Homosexualité et transsexualité passent par le spectre de la bizarrerie parodique. Les séries B et autres films fauchés servent de structure frivole à un sujet finalement très profond. Celui du sexe sans limite, de l'esclavagisme sexuel et bien sûr du fétichisme en chacun de nous. Les deux héros, couple de coincés neuneus par excellence, se voit perverti par de terribles Transylvaniens. Rocky est une créature de Frankenstein, ici appelé Frank, un hôte freddy-mercurien époque I Want to Break Free*, magnifique en corset et bas nylons.

 

article-the-rocky-horror-picture-show.jpg

Tout dans The Rocky Horror Show convoque l'amour épidermique. L'amour au cartoon d'abord tant on croirait un vieil épisode de Scooby-Doo dans lequel une famille Adams déglinguée vient mettre le boxon. Le film d'horreur est détourné. Janet et Brad, le gentil couple donc, partent de leur paisible ville de Denton pour aller rejoindre un vieil ami scientifique. Dès cet instant, la mécanique se met en place : la crevaison de nuit, le château hanté et les éclairs. Un air bien connu où tout se fait en chanson. Et pas n'importe lesquelles. Presque pionnier de futurs sonorités métal, le film s'amuse à croiser bleuette et horreur. Ainsi, les mariés du début font place au cimeterre. L'étrange demeure devient presque un antre à partouzes endiablées.

 

article-the-rocky-horror-picture-show-2.jpg

Le docteur Frank si gay ressemble un peu au chanteur de Kiss (encore débutant en 1975). On se demande si David Bowie ne va pas débarquer au détour d'un escalier en colimaçon, entraînant dans sa danse nuptiale toute une série de cris en chanson. Si le film ne se prend pas au sérieux, il institutionnalise pourtant un peu plus le droit « à la différence ». Gay, hétéro, gros, moche, beau, petit, tous y trouvent une place. Le thème de l'eugénisme développé à travers ces humains qui n'en sont pas vraiment montrent une éclate possible tant que le plaisir est là. C'est bien ce que communique le film, chromatique de couleurs sans limite dont on pourrait attribuer un sens. Le noir (que l'on broie) se voit foutu en l'air par les filtres rouges et bleus de l'aventure sexuelle. Le teint pale de Riff Raff, sorte de Quasimodo, s'égaie de paillettes vengeresses type boule à facette en fin de film. The Rocky Horror Show met à la mode les tics discos avant l'heure. Une œuvre avant-gardiste qui a dérouté le public de l'époque.

 

article-the-rocky-horror-picture-show-3.jpg

Mais ses séances de minuit à New-York et le culte qui l'entoure vient justement de l'amour qu'il communique. On bat le rythme en permanence devant le cabaret en place. Mieux mis en scène qu'un spectacle du Lido, plus libéré que ce dernier, The Rocky Horror Show fait vivre les chairs dans des tenues pour soirées de débauches délicieuses. Un plaisir doublé pour les cinéphiles tant on retrouve mille références. Des jeux de filtres à la Vertigo au professeur teuton en chaise roulante façon Docteur Folamour en passant par les doigts tatoués de la Nuit du Chasseur, c'est un délice permanent. Plus subtil (ou grossier, c'est au choix), les hommages à Claude Raims, au Choc des Mondes ou à la société RKO Picture.

 

article-the-rocky-horror-picture-show-4.jpg

Reste quelque chose de plus profond. Comme quand le roi écoutait ses bouffons qui en profitaient pour dissimuler des messages sur leur société, The Rocky Horror Show fait galoper cette idée que la différence est vue avec dédain. Cette dernière image d'un globe dans le nuit, comme abandonné, fait écho à l'adieu aux héros, rampant comme des larves sur une terre calcinée. Eux qui ont goûté au fruit interdit, qui plus est à l'adultère et à la pédérastie, sont comme laissés seuls. On dirait un peu ce sentiment d'abandon quand on se fait larguer. Au milieu de nulle part, Janet et Brad, encore marqués physiquement par leur expérience (ils portent leurs costumes de cabaret), se retrouvent comme les danseuses de strip-tease au petit matin. Plus personne ne les regarde avec leurs cernes et le maquillage défait. Elles rentrent en taxi s'occuper d'un quotidien sans paillette, sans amusement. Pas rock'n'roll quoi. La gueule de bois. The Rocky Horror Picture Show milite pour une fête sans fin, une envie d'éclate sanguinolente. Let's Dance.

 

* la chanson I Want To Break Free ne sort qu'en 1984. La comparaison est donc anachronique mais sert à donner des repères.

 

The Rocky Horror Picture Show, de Jim Sharman, avec Tim Curry, Susan Sarandon, Barry Botswick (U.S.A., 1h40, 1975)

 

La bande-annonce de The Rocky Horror Picture Show :

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by alexandre mathis - dans les années 1970-1979
commenter cet article

commentaires

Vance 12/10/2011 13:09



Ah, quand j'ai vu que tu publiais une critique, j'ai été curieux. Ce film a été l'un des premiers dans notre ciné-club et je dois avouer ne pas avoir été sensible aux avantages que tu mets en
avant, même si, effectivement, certains éléments m'ont soit amusé, soit intéressé et que, franchement, la B.O. est réussie et entraînante. Mais je suis resté sur le carreau, ne sachant quoi
répondre aux fans absolus qui l'avaient proposé.


Merci.



Présentation

  • : Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • : Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
  • Contact

Twitter/ Facebook

Plan-c : critiques cinéma d'hier et d'aujourd'hui   

Faites également la promotion de votre Page

Graduation

http://nicolasfurno.com/files/planc/00.png A fuir !

http://nicolasfurno.com/files/planc/05.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/10.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/15.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/20.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/25.png Pas Mal.

http://nicolasfurno.com/files/planc/30.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/35.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/45.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/50.png Indispensable !

Le film d'Octobre

affiche drive

Dans l'actu

Bientôt au cinéma :

affiche contagion affiche l'ordre et la morale affiche take shelter

 

Récemment sortis :

affiche les géants affiche les marches du pouvoir affiche l'exercice de l'état affiche intouchables affiche poulet aux prunes affiche la couleur des sentiments affiche tintin affiche the artist affiche drive affiche le skylab affiche dream house affiche les hommes libres affiche alice affiche l'apollonide affiche la nouvelle guerre des boutons affiche restless affiche la guerre des boutons affiche crazy stupid love affiche warrior affiche carré blanc affiche présumé coupable affiche putty hill affiche la grotte des rêves perdus affiche la guerre est déclarée affiche blackthorn affiche cowboys & envahisseurs affiche la piel que habito affiche captain america affiche melancholia affiche la planète des singes les origines affiche mes meilleures amies affiche green lantern affiche super 8 affiche une vie tranquille