Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Volver en 2006 était une semi-déception avec son scénario plus fade et un détachement envers ses acteurs assez inhabituel chez le cinéaste. Grâce à Etreintes brisées, le cinéma de Pedro Almodóvar retrouve des couleurs. L'histoire paraît complexe, la bande-annonce nous entourloupe et le synopsis s'avère évasif. Le film n'est pourtant pas si alambiqué si on le résume volontairement maladroitement : voici l'histoire d'un amoureux du cinéma, un ancien réalisateur meurtri par un vieil accident. Cet homme s'appelle Mateo Blanco (l'excellent Lluis Homar) renommé Harry Caine depuis le drame qui lui a coûté la vue. Par necessité, il s'est reconverti dans l'écriture de scénarios. Autour de lui se greffent une attachée de production également attachée à lui, un fils étrange et revenchard, un autre innocent et curieux, un certain Ernesto Martel tout juste décédé et surtout une muse et amante qui semble avoir laissée des traces. Par flash-backs, le fil des évènements se dévoile peu à peu.
Tout le savoir faire de l'espagnol est mis ici en exergue par une mise en scène léchée, se concentrant sur ses acteurs. Les habitués sont là: Lola Dueñas, Blanca Portillo, Angela Molina et surtout Penélope Cruz. Admiration et amour sans bornes pour l'actrice sont les maitres mots qui affleurent à chaque séquence. Le regard profond de la belle absorbe l'objectif à tel point que le moindre de ses gestes prend une dimension érotico-fragile. Son personnage Lena est un mix entre la réincarnation d'Audrey Hepburn et celle d'Ingrid Bergman dans Voyage en Italie ( référence explicite lors d'une scène où le couple Mateo/Lena regarde le chef-d'oeuvre de Rossellini à la télévison).
Dans la pure tradition « almodóvaresque », Etreintes brisées apporte une mise en abyme sur le 7ème art. Cette fois-ci, la volonté de plonger le spectateur dans cet univers est encore plus flagrante. Documentaire parallèle, héros réalisateur, visionnage de rush, tout s'imbrique et donne de la profondeur. L'attention est aussi portée à tout se qui fait le cinéma: coiffures, maquillages, lumières, photographie. Etreintes brisées est un mélodrame presque hitchcockien dont la lueur d'amour éternelle n'existe qu'à travers l'oeil d'une caméra. C'est aussi une oeuvre très hollywoodienne dans cette façon de croire à un amour éternel au delà de la mort. Le drame lacrymal et perturbant est évité on ne sait comment, par une fin un peu moins sublime ou peut-être justement par une sobriété admirable. Au choix.