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Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.

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Two lovers : quand on a que l'amour

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Injustement oublié du palmarès de Cannes 2008, Two Lovers est un magnifique mélo amoureux. Peut-être le plus beau des films de James Gray.

 

La folie ou la raison ? L’amour incertain ou l’amour platonique ? A la question universelle des relations amoureuses, le talentueux James Gray apporte son grain de sel. Après avoir illuminé nos cinémas en octobre dernier, le voici qui débarque en DVD. Le film s’ouvre sur Leonard (Joaquim Phoenix), démarche chancelante sur un pont, éclairé par la lumière intime d’un New York nocturne, qui semble errer sans but dans la ville. A la simple vue de ce plan, on comprend que James Gray n’a pas abandonné son thème de prédilection : la noirceur. Mais là où La nuit nous appartient parlait mafia, ici point de gros flingues ni de corruption.

 

Le réalisateur est un homme réfléchi, cultivé et talentueux. Il a donc fait confiance pour la 3ème fois à Joaquim Phoenix qu’il considère comme « un frère ». Le plus incroyable dans sa performance d’acteur, ce sont surement ces petits gestes, ces petits regards qui subliment toute la tension qui est palpable.  Phoenix semble si naturel qu’on comprend qu’il a assimilé toute l’essence humaine en lui. Face à lui, deux princesses très différentes. D’un côté Vinessa Shaw (Eyes Wide Shut), dans le rôle si complexe de Sandra, de l’autre Gwyneth Paltrow en sulfureuse amour volage. Si l’une doit sa performance à cette façon d’irradier l’écran en restant discrète, se faisant complément antagoniste d’un Leonard paumé, la seconde plus dévergondée joue un trouble faite plaisant. La rencontre des deux tourtereaux jette une dose de romantisme dans une vie trop réglée par des parents envahissants. Une scène d’amour sur un toit (brûlant) filmé comme un meurtre, un homme déchiré sentimentalement, une réalisation proche du thriller, pas de doute ce Two Lovers a une saveur spéciale.

 

Un autre Joaquim rend ce film encore plus beau : Joaquim Baca-Asay. Le directeur de la photographie est un habitué des plateaux de James Gray. Il plonge le spectateur dans la même obscurité d’une nuit blanche qu’il le faisait avec La nuit nous appartient. Two lovers est un film lyrique, sorte de mixe de Shakespeare et de chansons de Neil Young. Une œuvre tout en oxymore, servi par un trio (et même plus avec les rôles secondaires) bouleversant. Rarement une histoire amoureuse nous aura tenus en haleine près de 2heures non-stop. Tout simplement parce qu’il s’agit de bien plus que de l’amour, il s’agit de toute une vie qui se dessine sous nos yeux.

Two Lovers, de James Gray, avec Joaquim Phoenix, Vinessa Shaw, Gwyneth Paltrow (USA, 1h50, 2008)



La bande-annonce de Two Lovers ci-dessous :

 

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R
Ce qui m'avait amusé, ou effrayé, c'est la manière dont on s'identifie avec les personnages. Je suis sorti de la salle de ciné misogyne, je détestais le personnage de Gwyneth Paltrow et je souffrais avec Joaquin Phoenix. Gwyneth Paltrow est le modèle de la femme amoureuse du salaud et qui a besoin de pleurer sur les épaules d'un ami qui, fatalement, en tombe amoureux. Cet ami joué par Phoenix a le rôle le plus ingrat, celui du chevalier servant (prêt à n'aimer qu'elle, à la protéger, à tout lui sacrifier, à lui apporter ce qu'elle a toujours voulu) que la princesse jette quand elle n'en a plus besoin. Plus tard, je me suis aperçu que les filles s'étaient identifiées à Gwyneth Paltrow, la fille perdue, manipulée par les hommes abjects guidés par leurs pulsions sexuelles. Elles détestaient le personnage de Phoenix, infâme trompeur qui a le culot d'offrir la même bague à deux femmes. Ces identifications révèlent à mon sens la pertinence psychologique des personnages. On a adoré ce film en même temps qu'il nous a mis mal à l'aise, parce que les personnages nous représentent. Le travail d'élaboration psychologique de James Gray s'émancipe des théories freudiennes pour revenir à quelque chose de plus réel. Bref, donner la palme d'or à cet antifilm condescendant à la pensée (absurde) unique qu'est Entre les murs, et pas à Two Lovers fut un vrai scandale, du genre à éclipser un scandale historico-politique tel qu'une liaison sexuelle entre Martin Heidegger et Yvonne De Gaulle.
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A
<br /> et n'ais tu pas tombé finalement sous le charme du personnage de Vinessa Shaw? Moi si, et c'est le plus terrible. Paltrow est le fantasme un peu fou de tout homme un peu perdu, mais l'imbrication<br /> psychologique des personnages fait que nous nous retrouverions (certainement) dans la même posture que Phoenix.<br /> j'ai remarqué aussi le même avis de la part des demoiselles qui avaient vu Two lovers. Si j'ai aujourd'hui compris leur posture, à l'époque je ne voyais la bague que comme le symbole indivisible<br /> d'un amour qui ne s'offre qu'une seule fois.<br /> Bref, vivement le prochain James Gray (plus de Phoenix, mais un Brad Pitt... Bon, nous verrons.) Pour la palme, je suis assez d'accord, bien que je ne soit pas aussi sévère que toi sur Entre les<br /> murs. Mais voir Two Lovers repartir bredouille (pas le moindre prix de mise en scène... un scandale), les boules..!<br /> <br /> <br />
R
Je ne suis pas sûr que James Gray ait voulu filmer (et ait filmé) des parents trop envahissants. Il est certain que la famille est son thème le plus cher : dans Little Odessa le jeune Furlong aime et idolâtre son frère assassin Roth, rejeté par le père mais aimé inconditionnellement par la mère. Dans The Yard nous avons déjà les questions de loyauté familiale lorsqu'il y a meurtre et corruption, avec Wahlberg, Phoenix et Caan si mes souvenirs sont bons, enjeux fortement présents dans La Nuit nous appartient. Dans Two Lovers, le dilemme est celui-ci : le héros est dans l'incapacité de s'émanciper du foyer familial, avec la maladie, la promise et la belle-famille associée au père. Toutefois, même s'il ébauche le poids du carcan familial, dans aucun de ses films James Gray ne jette la pierre sur les parents. Dans Little Odessa, le père qui frappe ses fils à coups de ceinture est un père aimant mais désabusé qui crève d'avoir vu son aîné devenir un assassin et qui tente (assez maladroitement) d'en protéger son dernier fils. Dans The Yards, James Caan est avant tout un chef de clan protecteur qui agit pour les intérêts de sa famille. Dans La Nuit nous appartient l'amour du père pour ses fils est immense et le mène à sa propre mort. De la même manière, les rendez-vous plus ou moins arrangés (c'est d'abord Shaw qui demande à rencontrer Phoenix), ne sont pas autoritaires et orchestrés d'avance, les parents ne souhaitent que le bonheur du fils. D'ailleurs, la mère le laisse partir retrouver Paltrow, et son regard lorsqu'il revient est plein de tendresse. Les parents ne sont donc pas, je pense, envahissants, ils font comme ils peuvent, parfois maladroitement, mais toujours avec bienveillance. Leurs échecs sont une grande force du cinéma de James Gray, car cela les sort de leur qualité de personnage pour en faire des êtres humains.
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A
<br /> tu vois juste quant à cette analyse du point de vue (surement) du réalisateur. et le lien entre les films de J.Gray est judicieuse, j'avoue ne pas m'être encore totalement penché sur les liens<br /> entre ses 4 films. Juste pour te préciser que cette idée des parents envahissants (qui n'est pas contraire au fait qu'il soit conscient qu'il ne veuille que son bonheur) est plus du point de vue de<br /> Phoenix lui-même. Le carcan familial (qu'il se crée peut-être en partie) le bloque dans ses choix. Il sont come une force physique qui influence la chute de la pomme. Cela ne veut pas dire que<br /> d'autres forces interviennent.<br /> <br /> <br />