Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Une fois la surprise du premier volet passée, qu’en est-il de la suite du dyptique Mesrine, sortie seulement 3 semaines après l’Instinct de mort au cinéma ? La réponse se situe en partie sur son affiche. Visage christique baissé, visage ensanglanté qui a choqué certains, pas de doute, Mesrine fut mis à mort. S’il fut bien troué par balle, sa mise à mort eu lieu d’abord médiatiquement. Jean-François Richet concocte une suite en forme de chemin de croix, où la fin est inévitable.
Inspiré du livre écrit par sa dernière compagne Sylvia Jeanjacquot, l’Ennemi public n°1 n’est pas tout à fait un copier-coller du premier opus. Finie en partie la mise en scène du personnage se glorifiant pour exister, voici Jacques Mesrine au fait de sa gloire de bandit. Recherché partout, il sera qualifié comme « ennemi public n°1 ». Les années 70, plus colorées, plus rock, semblent moins noires, plus psychologiques. Là où l’ascension du type se fait comme une grande fresque hollywoodienne, cet épisode apparaît plus « français ».

Le bonhomme sait où il va, devine qu’un jour sa vie lâchera tragiquement. Cassel ne faiblit pas en intensité mais la mise en scène se veut plus posée. Cela ne veut pas dire que l’action disparaît, loin de là. Seulement, l’action se concentre autour de son personnage, sur sa violence intérieure, sur ses choix. Les rôles secondaires sont plus mineurs hormis pour Ludivine Sagnier et Mathieu Amalric.
L’Ennemi public n°1 amène à penser Mesrine face à ses adversaires. Où sera son faux pas ? Comment la presse va réagir à ses multiples frasques ? Richet explore aussi son rapport à la police, sa haine des prisons Q.H.S. (Quartiers de Hautes Sécurités) qu’il voulait fermer. C’est également le basculement politique d’un homme. D’abord proche d’un général De Gaulle, soldat en Algérie, le voilà avec des positions flirtant avec l’extrême-gauche. Mesrine est un caïd, une cible difficile à atteindre. Richet fait languir le spectateur jusqu’au dénouement pourtant attendu. Mais le torrent d’images du dernier quart d’heure achève en apothéose le travail entamé sur l’Instinct de mort. Les deux films font la paire, sont plus complémentaires que similaires.
Mesrine : l’Ennemi public n°1, avec Vincent Cassel, Ludivine Sagnier, Mathieu Amalric (Fra., 2h10, 2008)
La bande-annonce de Mesrine: l'Ennemi public n°1 ci-dessous: