Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Il y a toujours eu une fascination pour le gangster au cinéma. Des Bonnie & Clyde magnifiés par le duo Beatty/ Dunaway jusqu’aux plus récents Les infiltrés ou dans une moindre mesure American Gangster, le bandit est fortement héroïsé. Il serait indécent d’omettre les références de la génération dorée de Coppola et Scorsese avec les grands classiques Le Parrain (I, II et III) ou les Affranchis pour ne citer qu’eux. Pourtant, ce cinéma semble avoir du mal à décoller au-delà des frontières anglo-saxonnes et le cinéma français a toujours oscillé entre admiration pour cet Hollywood là et un snobisme accentué par le tournant Nouvelle Vague (parfois à juste titre). Mesrine change un peu les choses.
Jean-François Richet ne cache pas ses références pour le film de gangster. Le diptyque Mesrine était un projet titanesque pour le cinéma français. Après moult rebondissements, le projet aboutit. A la manière d’un De Niro dans Raging Bull, Vincent Cassel, dans le rôle titre, a pris 20kg. L’Instinct de Mort s’avère détonant d’intensité. Par instant, il tutoie le meilleur. Richet évite l’écueil du film trop manichéen. Mesrine était un beauf vulgaire et violent, mais avec un certain code d’honneur. Il représentait en France cette vague de gangsters à la fois crainte et admirée. Une icône que l’on cherche à porter à nue avant de la bruler (tradition très française !). La reconstitution des années De Gaulle est une vraie réussite à ne pas banaliser à l’heure du cinéma grand spectacle aux effets spéciaux indigestes.
L’instinct de mort est l’adaptation du bouquin du gangster, se mettant en scène. Richet et Cassel l’ont bien compris. Les petites phrases assassines et clichées du bandit ne doivent pas apparaître comme une faiblesse scénaristique, mais plutôt comme une incarnation de se que Mesrine voulait. Vincent Cassel porte à bout de bras ce premier épisode, bien aidé par quelques comédiens brillants. Gérard Depardieu n’est pas un Marlon Brando, mais sa posture de boss faussement invincible, épaulé par Gilles Lelouche plante le décor pour la suite. Jacques Mesrine était aussi un grand séducteur. La place des femmes est portée haut la main par Cécile de France et Alena Anaya. Captivant, l’Instinct de Mort surprend d’autant plus que l’association Richet/ Langmann pouvait laisser septique. En tentant une mise en scène assez audacieuse au tout début du film, on espérait même que ce projet finisse en boulet de canon à la hauteur de ses homologues américains. Mais, le fil directeur encore trop linéaire l’empêche d’égaler un Casino porté par la double voix off ou un Parrain II jonglant sur la double temporalité. Ces derniers offraient également une dimension au monde mafieux et du bandit avec une vision mécanique et huilée de ce milieu fantasmé. Malgré tout, en matière de gros film français, Mesrine : l’Instinct de mort est un succès aussi bien artistique que populaire.