Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Elle est loin l’époque des westerns spaghettis accompagnés de l’harmonica guidé par Ennio Morricone. Ed Harris renoue avec ce vieil amour. Celui que l’ont comparait jadis à Clint Eastwood réalise là son deuxième long-métrage. Pour l’occasion, il forme un duo de justiciers avec Viggo Mortensen avec qui il avait déjà partagé l’affiche dans l’excellent A history of violence.
L’amour des beaux plans semble primordial chez l’acteur/ réalisateur. Dans Appaloosa, le spectateur a le temps de contempler ce qui se passe. La caméra prend le temps de fixer les émotions, les intentions et les non-intentions. Harris s’appuie sur la classe du cow-boy pour offrir un rôle droit dans ses bottes à Mortensen. Les deux font la paire : complicité et respect devant comme derrière la caméra. Tous les ingrédients du western sont ici réunis. Si le tout semble classique, il ne l’est pas tant que cela. Harris distille quelques subtilités que le scénario révèle au fur et à mesure. Il n’oublie pas que si les justiciers du grand Ouest sont des héros, ils ne sont en rien immortels. Les fripouilles jouent avec les lois. Parlons des fripouilles justement. Quelle joie de voir Jeremy Irons dans un vrai rôle ! La classe masculine n’est malheureusement pas éclipsée par Renée Zellweger. Ni franchement belle (ce qui est important pour jouer une veuve fatale dans un film de ce genre), ni franchement convaincante, son interprétation sonne parfois dissonante.
Certains trouveront sûrement ça un peu longuet, pas très violent. Or, Ed Harris cherche à montrer les choses correctement et prend son temps. Alternant duels, hésitations de ses personnages, trahisons et réconciliations, Appaloosa a le rythme parfait. Au travers le regard de Mortensen, on sent la tension palpable de l’histoire, que les choses vont exploser à un moment. A Ed Harris de dégainer : c’est lui qui a le calibre en main. Appaloosa joue dans un registre usé jusqu’à la moelle, ce qui l’empêche d’être un très grand film. Mais il nous rappelle qu’il fut un temps où le bon, la brute et le truand se cherchait des noises à l’écran, et que c’était ô combien génial. Pour un deuxième long métrage, ce n’est déjà pas si mal.
Appaloosa d’Ed Harris avec Ed Harris, Viggo Mortensen, Renée Zellweger (U.S.A., 1h47, 2007)
la bande-annonce ci-dessous: