Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Hayao Miyazaki est un maitre passé roi dans l’art d’offrir au public de tout âge des fresques écolos et poétiques. Voir du Miyazaki, c’est plonger tête baissée dans un univers à la fois rêvé et craint. Auteur de chefs d’œuvres comme Princesse Mononoké, le Château Ambulant et bien sûr Le voyage de Chihiro, Hayao a offert au Japon une image culturelle bien plus profonde et moins violente que celle des mangas que nous sommes habitués de voir. Silencieux ces derniers temps, la rumeur courait que pour lui, s’en était fini, que sa vue avait tellement baissé qu’il ne pouvait plus dessiner. Mais chauffé à blanc par les différends qui l’opposent à son fils (auteur des Contes de Terremer en 2007), le maitre s’est remis au boulot.
Dans Ponyo sur la falaise, un tout jeune garçon de 5 ans, Sosuke vit avec sa mère sur une falaise. Le père, capitaine de bateau, est loin. Il semblerait que le réalisateur est voulu pour la première fois traiter des relations parents/enfants. Ici, point d’autorité démesurée mais une mère moderne, autant encline que son enfant à l’émerveillement sur le monde. Alors quand Ponyo, petite fille poisson rouge rencontre Sosuke, amour et protection mutuelle ne sont que naturels. Ponyo sur la falaise explore les fonds marins. Les étendues d’eaux foisonnent de petites bêtes, de vie et de magie. La mer semble aussi chaotique et merveilleuse que dans 20 000 lieux sous les mers. Plutôt que de tout confier au numérique comme il est trop répandu, la firme japonaise Ghibli est revenue au dessin pur. Les mouvements sont plus fluides, les couleurs faites aux crayons plus artisanales et les contours lissés. Il en ressort l’impression d’être dans un rêve d’enfant. Un rêve où la jeune Ponyo, au risque de déchainer les éléments, se transforme en petite fille. Ponyo et Sosuke ne sont que deux petits jouant avec la nature, sans vouloir lui faire de mal.
Il n’empêche que mère nature se déchaine, que le mal se fait. Nous sommes loin des aspects sombres et pessimistes que revêtait par exemple Princesse Mononoké. Ici, point de méchant, point de personnage trop bon non plus. Miyazaki évite l’écueil manichéen des œuvres de Disney. Si le père de Ponyo, un terrible sorcier, parait mauvais au premier abord, il n’est que le serviteur de la mer, cherchant à préserver un équilibre fragile. Sosuke, si innocent en apparence, est bien malgré lui acteur des éléments qui se déchainent. Ponyo, en désobéissant (à la manière de la Petite Sirène d’Andersen), déclenche une tempête. Toute la magie du créateur nippon réside dans sa capacité à chaque long métrage à distiller ses idées farfelues avec élégance. Des vagues devenues poissons géants aux pouvoirs de la petite fille de faire grossir les objets, chaque élément fantastique s’ancre dans un monde bien réel. C’est peut-être là l’originalité du film : arriver à nous emmener toujours plus loin dans le fantasme en utilisant des éléments de la vie quotidienne.