Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
On savait que Gus Van Sant avait la trempe des grands réalisateurs depuis Elephant. Ce qui était moins acquit, c’était une réussite populaire aux Etats-Unis équivalent à son succès critique. Avec Harvey Milk, le réalisateur, opposant farouche à l’administration Bush pendant 8 ans, y parvient en étant de retour à Hollywood. Son projet de raconter la vie d’Harvey Milk remonte déjà aux années 1990, quand il travaillait avec Oliver Stone (réalisateur entre autres de Platoon, de The Doors, ou dernièrement de W.- l’improbable président). Milk, homosexuel de San Francisco, a lutté pour faire reconnaître les droits de la communauté gay et lesbienne. C’est ainsi qu’il devint le premier élu, affichant clairement son orientation sexuelle, à occuper des fonctions politiques, et ce, jusqu’à son assassinat en 1978. Si les revendications datent des années 1970, le sujet n’a jamais été autant d’actualité. En effet, Milk lutte contre la proposition 6, qui menaçait d’exclure les enseignants homos en les assimilant aux pédophiles. La gauche californienne vit une lutte semblable aujourd’hui : le combat contre la proposition 8, interdisant le mariage homosexuel.
L’Amérique d’Obama est nouvelle, Sean Penn en est le symbole. Et si le film fut tourné avant son élection, sa sortie concorde avec un état d’esprit plus général. Penn, acteur des plus engagé, incarne à merveille ce rôle de militant post-hippie. Plus encore, à travers son interprétation, on sent la difficulté de faire de la politique tout en ayant une vie privée. Harvey Milk soulève mille questions comme celle de la stratégie politique influencée par le communautarisme. C’est aussi l’occasion pour l’acteur fraîchement oscarisé de casser une fois de plus une image qui le voulait viril, voire bad-boy. Il n’est pas le seul à illuminer ce film : en tête desquels l’excellent Josh Brolin, jouant l’opposant farouche et assassin de Milk. Van Sant n’en fait pas une simple brute catholico-réactionnaire, mais une véritable âme touchée dans son honneur par un Harvey Milk plus malin que lui. Quant à Emile Hirsh, découvert l’an dernier dans le déjà mythique Into The Wild -de Sean Penn, encore lui !-, il se constitue déjà une belle filmographie.
Là où certains films politiques bâclent le côté esthétique, Gus Van Sant prend toujours autant soin à montrer les choses sous l’angle le plus juste possible. L’eau a encore une fois une importance symbolique. Après les douches dans Elephant et dans Paranoid Park, ce sont les larmes de Penn/ Milk à la fin du film qui touchent la corde sensible. Tout comme la beauté de cette scène de sexe où on devine à peine les corps enlacés de Milk et son compagnon. Paranoïd Park semblait finir un cycle cinématographique pour une génération désabusée et sans issue, vivant avec ses démons. Harvey Milk offre un nouvel espoir, un nouveau souffle que Sean Penn et ses consœurs ont trouvé en Obama.