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Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.

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Critique : Docteur Jivago de David Lean (1965)

Fresque russe

 

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Immense succès populaire en son temps, Docteur Jivago fait partie de ces grands films peu à peu oubliés. C'est pourtant une aventure saisissante sur la Russie et les sentiments.

 

Auteur populaire en son temps, David Lean a mystérieusement disparu de l'inconscient collectif. Source d'inspiration majeure d'auteurs aussi important que Spielberg, le britannique a enchanté les salles de cinéma de plusieurs films cultes. Parmi ceux-ci, on retient souvent Le Pont de la Rivière Kwaï, Oliver Twist, Lawrence d'Arabie et Docteur Jivago. Son cinéma populaire alliait rigueur thématique et traitement lisible. Avec Docteur Jivago, il offre une fresque historique sur la Russie inoubliable. Lean a souvent quitté les terres habituelles des grands espaces américains. Si ici il va au pays de Lénine, il parcourt le canal de Suez ou le Pacifique pour les besoins de ses autres films. Lorsque le périple de Youri Jivago embarque le spectateur, c'est pour le plonger dans un mélange parfait de grande Histoire et de sensations amoureuses.

 

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Preuve de la force évocatrice des images, des flashs persistent. La reconstitution de Moscou apparaît d'un naturel aussi déroutant que le New-York d'Eyes Wide Shut. La neige annonce la famine, les révoltes ouvrières précèdent le chaos dictatorial. A travers une première partie couvrant la fin du tsarisme, Lean mêle l'espoir réel des bolcheviques d'un monde plus égalitaire avec le comportement débonnaire du héros à leur égard. En même temps, Youri Jivago côtoie l'aristocratie qui humilie les peuples et n'hésite pas à charger la foule qui manifeste. La Russie entre en guerre. Les mutineries enclenchent les révolutions de 1917. Dans ce monde changé, le collectivisme prive Jivago de son aisance. Les dérives des rouges conduisent le pays dans le chaos le plus complet. Il convient de louer la relative honnêteté intellectuelle (pour un film de l'Ouest) de l'approche historique du film. Les communistes constituèrent un temps un espoir sincère avant que les dérives étatiques ne fassent sombrer tout cela dans le totalitarisme le plus glaçant.

 

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Mais Docteur Jivago c'est surtout une fresque romantique. Omar Sharif, grand yeux de cockers, vit deux amours aussi sincères que puissants. L’originalité, c'est qu'ils ne s'affrontent pas vraiment. Il vit longuement avec Tonia et son fils. Ensemble, ils résistent aux menaces politiques, entretiennent leur amour lointain par lettres durant la guerre où le Jivago officie évidemment en tant que docteur. Ils parcourent la Russie direction l'Oural à bord d'un train avec le beau-père, bourgeois aussi nostalgique que fataliste. A travers sa figure, l'acte égoïste devient une rébellion, fumer un cigare se transforme en transgression ultime.

 

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Et puis il y a la femme évanescente, celle que Youri croise puis perd de vue. Julie Christie alias Lara, vit aussi une histoire mouvementée. Elle tente d'assassiner son amant libéral (Rod Steiger) et fonde ses espoirs de vie meilleure avec un révolutionnaire : Strelnikov, un Léon Trotsky romancé. Lara est la représentation de la Russie en perte de repères. Tiraillée entre réforme mineure et révolution plus violente, elle choisit la voie la plus idéaliste. Quitte à en payer le prix. C'est dans l'amour que se portent Lara et Youri qu'un souffle plus serein se retrouve. Porté par la partition de Maurice Jarre, au somment de son art, le film resserre peu à peu l'intrigue sur les sentiments.

 

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Docteur Jivago n'épargne aucun de ses personnages. La beauté formelle ne cache ni les traits creusés, ni les cicatrices et autres blessures. Son souffle épique digne de Tchekhov se nourrit dans l'instabilité constante du contexte. La plénitude des sentiments ne se goûte qu'à travers un sacrifice social. La paix intérieure et l’honnêteté met en danger la chair de ses héros. Lean illustre un monde qui ne tient que sur des fondations fissurées. Seuls les sentiments sauvent ces humains d'une vision pessimiste du monde. Par la transmission (l'instrument de musique qui traverse les générations), l'âme du poète survit. Fresque monumentale, Docteur Jivago mérite de ne pas tomber dans l'oubli comme son illustre architecte.

 

Docteur Jivago, de David Lean, avec Omar Sharif, Julie Christie, Geraldine Chaplin (U.S.A., 3h20, 1965)

 

La bande-annonce de Docteur Jivago :

 

 

 

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