Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Shane Acker avait déjà réalisé un court-métrage mettant en scène le personnage de numéro 9. Ebloui, Tim Burton décida de l’aider dans ce projet. L’histoire nous plonge dans un univers apocalyptique, où tout vie humaine a disparu après une guerre contre les machines. Un classique du film catastrophe. Les monstres d’aciers ne sont pas sans faire penser à ceux de Matrix : tentaculaires, bruyants, immenses.
« Immense » pourrait aussi résumer la quête de numéro 9 et de ses acolytes de débris technologiques. Leur mission se résume à mettre fin au règne des machines sur terre. Ni plus, ni moins. Or, dans la réalisation, l’équipe de Shane Acker part trop vite au cœur de l’action. Faire de l’animation c’est long, alors tant pis s’il n’y a guère de scènes intimistes, intellectuelles, explicatives. Là où dans WALL-E, la planète sans l’homme respirait un air lourd et calme, dans Numéro 9, tout n’est que lutte manichéenne. Pourquoi pas, sauf qu’il faut du temps pour s’attacher aux petits héros : plus d’une heure, soit le temps du film.
Heureusement, sur d’autres points, le protégé de Tim Burton s’en sort mieux. L’esthétisme, notamment, n’a rien à envier aux plus grosses productions. Il n’y a qu’à voir cette nuit pesante où la lune éclairant les statues. Les faisceaux lumineux à travers les fenêtre et les vitraux sont un exemple de perfection. Les explosions, les animations, tout est splendide. Exploit plus fort, il arrive à donner vie à ces drôles créatures par leurs expressions faciales. Les voix s’en sortent aussi très bien. Avoir Elijah Wood comme choix principal n’a rien d’un hasard. Une quête impossible, un monde au bord de l’effondrement, un héros seul malgré ses compagnons, ça ne vous dit rien ? Non, nous ne sommes pas dans la trilogie de Peter Jackson mais dans le film du jour. Shane Acker avait bossé sur l’animation du Retour du Roi, pas étonnant donc. Cela se ressent jusque dans les plans et les bruitages. Un travelling montre numéro 9 et numéro 5 montant une colline sombre, plan aboutissant sur une vision lointaine du fort des méchants. La référence au dernier plan de la Communauté de l’anneau est évidente.
Au final, très beau dans sa forme, Numéro 9 aurait dû gagner en profondeur, en psychologie. Le film pourrait aussi souffrir d’un statut hybride. Trop sombre pour des enfants, le contenu reste trop superficiel pour vraiment séduire le public adulte, a fortiori les fans de Tim Burton.