Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
A l’occasion de la sortie du dernier Tarantino, quelques cinémas ont eu la bonne idée de ressortir ce film génial. Analyse d’une merveille du 7ème art.
Ça commence dans le sang, ça termine dans le sang. Pourtant, entre les deux, Reservoir Dogn’utilise pas à outrance le liquide rouge. Alors certes, le film parle d’un braquage manqué, d’une taupe à découvrir et d’un des gangsters blessés. Certes, il y a aussi ce sommet de réalisation « tarantinesque »-un néologisme qui n’en est presque pas un, ce mot entrera un jour dans le dictionnaire- avec ce plan séquence van-goghien (encore un néologisme qui n’en ai pas vraiment un) hallucinant. On y voit Mr. Blonde (Michael Madsen) découper savamment l’oreille de sa victime. On souffre, on n’ose regarder, mais Tarantino a ce soupçon de fausse pudeur qui met en valeur ce passage.
Donc certes, il y a ces moments savoureux, emprunts du second degré cynique dont Tarantino est depuis passé maître. Plus que ça pourtant, ce premier succès de « qwentine » recèle d’autres qualités. La mise en scène, presque claustrophobe, ne laisse respirer le spectateur que pour les flash-back. Et quelle respiration difficile ! Scènes en bagnole, dans un bureau ou dans un café un soir de pluie diluvienne, difficile de faire plus enfermé. Tarantino emprisonne le spectateur dans son monde, pour ne plus le lâcher.
Ceci fait, la parano s’enclenche. Les protagonistes n’ont pas leur nom propre : Mr. Blonde, Mr Pink, Mr White,
nom de code obligatoire. Une histoire en puzzle, un respect mutuel mélangé à une crainte des autres braqueurs, Reservoir Dogne cache pas qu’il nous réserve une surprise. Les flash-back centrés sur chaque personnage important allié à l’attente de l’action présente tiennent en haleine. Clope dans la gueule pour se détendre, menaces, insultes, crispations, faux espoirs, le braquage foiré prend des allures de cauchemar.
Un tel pointillisme exigeait une distribution à la hauteur. Harvey Keitel porte le film par sa célébrité, son charisme. Mais ce sont les seconds rôles, Michael Madsen, Tim Roth et Steve Buscemi (toujours aussi flippant) qui émerveillent. Quentin Tarantino pose là les bases de son œuvre qui, quinze ans après, n’a rien perdu de sa force, ni de son délirant.
Reservoir Dog, de Quentin Tarantino, avec Harvey Keitel, Michael Madsen, Tim Roth (U.S.A., 1h39, 1992)
La bande-annonce de Reservoir Dog ci-dessous :