Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
On pourrait le voir comme une gentille comédie un peu désuète, tout juste bonne à un hommage aux films des années 40. On pourrait penser que les aventures du personnage d’Emmanuel Mouret, acteur/ réalisateur, ne sont pas très réalistes. On peut aussi se rendre compte que Fais-moi plaisir ! est bien plus que ça. Ariane (Frédérique Bel) pense que Jean-Jacques fantasme sur une autre. Afin de surpasser sa jalousie, elle lui demande de coucher avec cette autre.
Seulement voilà, malgré ses réticences, Jean-Jacques se retrouve chez la fille du président de la République, jouée par Judith Godrèche. Le voilà embarqué dans une escapade nocturne façon The Party dans les méandres élyséens. Moiret s’incarne en utopiste de l’amour courtois. La maladresse charmante de tous ses personnages ne sont pas si éloignés de la réalité. En fait, aussi bavard soit il, le film montre des hommes et des femmes en face de choix complexes. Ils pensent tout haut, hésitent comme tout à chacun devant la dualité pulsions/ raison.
Le jeu est très théâtral, les gags inspirés de Blake Edward. Mais il y a des situations cruelles pour le héros de ce marivaudage. Comme Tom Cruise dans Eye Wide Shut, il passe une nuit interminable où le sexe et ses plaisirs se présentent à lui plusieurs fois sans jamais y parvenir. Toute la tension amoureuse et humoristique se situe là. Fais-moi plaisir ! évite le piège du gag trop lourd, de la gestuelle à la De Funès tout le temps. Chacune de ses trois compagnes de soirée, Frédérique Bel, Judith Godrèche et Déborah François, insuffle un véritable vent de légèreté sensuel. Les relations nouées ouvrent en plus la question de la sincérité en amour, du désir à réaliser ou non. Woody Allen s’est embourbé en lourdeur dans ses escapades européennes après Match Point. Sans en retrouver autant de saveur, Fais-moi plaisir se regarde comme une comédie du new-yorkais à ses heures les plus légères, et les plus américaines.