Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Le camarade Staline est mort. Conséquence immédiate, les mariages sont interdits. Cela tombe mal, dans un village délirant de Roumanie, Ana et Iancu préparent leurs noces. Tout du long, Au Diable Staline, vive les mariés ! est une véritable attaque burlesque au régime communiste. Le film a des allures de comédies, et il est vrai que l’on rit pas mal. Mais certaines scènes sont plus émouvantes, parfois empruntent d’une pointe de lourdeur symbolique.
En fait, les passages les plus réussis sont les scènes où le scénario n’a pas besoin d’avancer. Deux scènes sont particulièrement amusantes: celle de la projection du film soviétique et la longue scène du mariage clandestin. Horatiu Malaele offre alors un bel hommage au cinéma muet des années 1930 et un copiage honorable du modèle yougoslave Kusturica (lui-même admirateur de Charlie Chaplin). Malgré toutes ces qualités, Au Diable Staline… pâtit de passages moins flamboyants. Kusturica reste le maitre du n’importe quoi, de la blague bien sentie, le tout pour servir une histoire poignante.
Mais la véritable interrogation du film se situe dans ce qu’il ne dit pas. Le début du film met en scène des reporters qui viennent dans le village où seuls des femmes en deuils y vivent. L’ellipse temporelle entre la mort de Staline et la venue des journalistes est donc d’une cinquantaine d’années. A de multiples reprises, la mise en scène ne se prive pas de nous montrer à quel point le régime soviétique fut despotique pour eux. Le russe y est vu comme une brute bête et méchante, c’est peut-être cela qui gêne un peu. Les roumains se taisent sur les blessures, mais aussi sur la responsabilité qu’ils ont vis-à-vis d’un régime qui a tenu plusieurs décennies : celui de Ceausescu. On ne peut éviter de croire en une sorte de propagande nationaliste mal dissimulée qui traduirait un malaise qu’il serait temps de soigner.
Au Diable Staline, vive les mariés !, de Horatiu Malaele avec Alexandru Potocean, Meda Andrea Victor (Rou, 1h27, 2008)