Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
Où est donc passée la liberté humaine? L'individu est-il supplanté par le poids des autres? Ces questions dignes de Durkeim semblent avoir interessées en plus haut lieu Ruben Östlund, réalisateur de Happy Sweden. Le hic, c'est qu'à force de vouloir faire du cinéma indépendant avant gardiste qui s'affranchi des règles du genre, le film tombe dans une bouillie indigeste.
Tout d'abord, pourquoi ne pratiquement jamais filmer les têtes? Le réalisateur se justifie en dénigrant l'attrait que nous portons aux émotions du visage. Or, à tout le temps décadrer, à vouloir que tout -ou presque- se passe hors-champs, Östlund rate le coeur du film. Il veut faire un portrait d'une certaine Suède sans oser rentrer dans la substance moelle. Carosserie de voiture, webcam d'ordinateur, glaces intelligemment placées: tout est bon pour ne jouer que par reflets. L'objectif est toujours loin de l'action, ne jouant qu'en longs plans séquences. Par cet astucieux procédé, nous ne nous attardons en effet pas sur la psychologie des personnages, ni à leurs manières gestuelles. En fait, nous ne nous arrêtons sur rien du tout, laissant les scènes se passer les unes après les autres.

Le cas Happy Sweden est encore aggravé par une sorte de nonchalence sous jacente du réalisateur de vouloir faire autrement. Orgueil bobo-intello déplacé ou simple maladresse de jeunesse? Les faits sont là: en évitant les images d 'Epinal (qui donnent pourtant envie de voir de plus près cette Suède si dingue au regard du français), nous étions en droit d'attendre une analyse un peu plus fine d'une société qui nous est presque totalement inconnue. Finalement, à en croire ces petites histoires, la Suède n'est pas très folklorique, encore moins un modèle. Vouloir retirer la place de l'individu et le confronter à la société, okay. Mais le vider de tout ce qui l'entoure en ne mettant jamais en valeur ni les décors, ni les seconds rôles, moins d'accord.
Happy Sweden, de Ruben Östlund avec Villmar Björkman, Linnéa Cart-Lamy, Leif Edlund (Sue, 1h38, 2008)
La bande-annonce de Happy Sweden ci-dessous: