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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 20:58

Promenons nous dans les bois...

 

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Jouer sur la beauté et le style pour créer le malaise, une jolie combine pour ce film allemand sombre, où le deuil croise la sournoiserie. Une petite claque.

 

Le surplus a parfois du bon. Dans Il était une fois un meurtre, le mystère et l'étrangeté malsaine passent par un travail malicieux des effets visuels et sonores. Dès son introduction, on assiste à une plongée dans un flashback effrayant où une jeune fille à vélo se fait violer dans un champ de blé et tuer par un pervers. Le glauque subsiste. Si le sujet n'a rien de joyeux, rien de très nouveau à priori. Sauf que par le travail des flashbacks et des ellipses, la dispersion de l'intrigue crée un climat rarement vu ces derniers temps. Car le cœur de Il était une fois un meurtre se passe 23 ans plus tard, lorsque le même crime survient. Entre temps, jamais le criminel ne fut retrouvé.

 

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Peer, c'est le criminel d'époque, un visage à la Robin William, un personnage évidemment détestable qui cache bien son jeu. L'intrigue suit surtout son ancien ami et complice, Timo. Comment celui qui est dorénavant père de famille gère ce retour vers le futur. Sont aussi traités les cas des parents des victimes et des flics acharnés au travail. Généralement, ce genre de dislocation pose un soucis de point de vue. Or, Baran Bo Odar a la bonne idée de jouer sur une fausse omniscience. Le spectateur a peut-être un coup d'avance sur les personnages isolés, mais rien ne lui dit qu'il ne fait pas fausse route. Pis, l'ambiguïté des enjeux brouille la perception. Reste une inconnue dans l'équation: qui est ce nouveau meurtrier ? Pourquoi ressemble t-il tant à l'ancien ? La frustration développe l'attention et la tension.

 

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Le déluge de musique anxiogène, ces longs travellings aériens sur les forêts, le va-et-vient incessant entre les personnages, autant d'effets floutants les repères. A forte connotation scandinave, le film est pourtant allemand. On aurait pourtant juré se trouver au Danemark ou en Suède tant les thèmes, les couleurs, les décors mais aussi le pessimisme sur l'humain rappellent le cinéma scandinave actuel. Le film se penche sur la reconstruction et le deuil, la culpabilité et l'oubli. Tout le jeu des apparats, du savoir-vivre se mêle à un trouble souterrain, presque silencieux. Alors oui, le surplus a aussi ses défauts. Celui de perdre un peu de force, celui d'étioler un suspense final, celui de tomber dans quelques clichés. Et pourtant, la gêne procurée vient de cette beauté constante. Le travail de perfection des cadres et des travellings ne colle pas avec la crasse de ces hommes et femmes. Le drame humain ne s'accommode d'aucune éclaircie malgré tout ce vernis. Il était une fois un meurtre porte bien son titre : celui d'un conte moral étouffant.

 

 

Il était une fois un meurtre, de Baran Bo Odar, avec Ulrich Thomsen, Wilke Möhring, Katrin Sass (All., 1h58, 2011)

 

Sortie le 27 avril

 

La bande-annonce de Il était une fois un meurtre :

 


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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 16:58

 

Un monde de fous

 

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L'Italie a brisé les murs des asiles. Celestini ausculte un traumatisme profond. Cela donne un film étrange, pas évident à appréhender, parfois maladroit mais essentiel.

 

L'entrée dans l'univers de Celestini n'a rien d'aisé. Plombé par une voix off abasourdissante, les premières minutes font craindre le pire. Un homme supposé fou récite et répète même ce que les gens disent. Oui mais voilà, passé cette entrée en matière douloureuse, La Pecora Nera dévoile ses charmes atroces, son autopsie d'une société malade de ses convalescents. L'intrigue jouée sur une double temporalité épaissie le mystère et la subtilité des sentiments. La voix off, bien qu'un peu trop présente, sait s'effacer aux moments opportuns. Si Ascanio Celestini a tout de l'illustre inconnu en France, son statut est tout autre chez nos voisins transalpins. Écrivain et metteur en scène de théâtre, son aura est immense et il utilisa déjà l'outil cinématographique pour deux documentaires (Parole sante et Senza Paura).

 

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La Pecora Nera érige et brise les murs. Par un jeu d'architecture subtile, Celestini forge une ambiance claustrophobe aux odeurs de naphtalines dans un asile des plus glauques. S'y retrouvent des gens considérés comme fous (évidemment), des surveillants et surtout une bonne sœur. La vie ne semble guère germer, les cachetons aidant à la tâche. Le déclic de l'histoire vient d'une loi de 1978 réhabilitant la citoyenneté aux patients psychiatriques. « Les camps de concentrations ont provoqué un choc tel en Italie que tout enfermement non justifié devint proscrit. L'internement de fous devenait inimaginable » argumente le cinéaste en entretien. Il faut dire qu'il s'intéresse à un cas pour le moins ambiguë : celui de Nicola. Jeune garçon rêveur, un brin naïf et peut-être pas très futé, les évènements l'amène à être considéré comme schizophrène, incapable de s'intégrer à la société. Regard tendre sur ce gamin devenu un adulte pas méchant mais un peu flippant.

 

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« Par rapport à la pièce et au livre, j'ai voulu enlever la présence de son double dans la période enfance car cela correspondait mieux au cinéma ». Idée brillante tant le trouble s'installe. Nicola est-il vraiment fou ? Le va-et-vient passé/présent floute les contours d'une potentielle carence mentale. A quel point cette folie n'est-elle qu'une construction de ses proches ? Le rituel de raconter les attitudes univoques de la grand-mère ou du père constitue une porte d'entrée à la réflexion passionnante. Rétroactivement, cette introduction si difficile sert à montrer le travail obligatoire sur soi pour appréhender le contact avec ces gens.

 

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La tentative de réintégration sociale passe par un supermarché, escapade quotidienne pour les provisions de l'asile. Là bas, Nicola et son fidèle compagnon Nicola, aiment beaucoup revoir Marinella, amour plus que fugace de l'enfance. Mais ce monde extérieur, sous ses apparats accueillants, ne dissimule ni la cruauté, ni la couardise des gens. Nicola demeure le fou du village, Celestini son ange protecteur. C'est pourtant une nostalgie pessimiste terrible qui conclut ce film étrange sur le coup, bouleversant après.

 

La Pecora Nera, de Ascanio Celestini, avec lui-même, Giorgio Tirabassi, Maya Sansa (It., 1h33, 2011)

 

Sortie le 20 avril

 

La bande-annonce de La Pecora Nera :

 

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 21:15

 Une affaire d'identité

 

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Fresque monumentale sur un épisode passionnant de l'histoire chinoise, Detective Dee remet Tsui Hark d'aplomb avec une classe indéniable.

 

La première fois que l'on voit Dee, sa barbe et ses cheveux salit par huit années de captivité mettent d'autant plus en valeur sa supposée cécité. Comme Tsui Hark, revenu de loin, Dee cache son jeu. Dès la première agression, les deux révèlent leurs armes. Tout le monde les croyait fini, terrés dans les oubliettes. Les voici qui s'incarnent en héros grandiloquents d'une Chine en crise. La figure d'un bouddha géant trône et menace en même temps la souveraineté de la future impératrice. A la veille de son couronnement, le danger rôde. Sûrement agacée par le sacre d'une femme, une âme malveillante a éliminé plusieurs dignitaires du régime en les brulant de l'intérieur.

 

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Si le terme « détective » peut à priori faire penser à un thriller, le nouveau Tsui Hark s'en éloigne. Il renoue plutôt la flamboyance de Seven Sword ou Il était une fois en Chine, montre des combats fait de ralentis et de personnages défiant la gravité (un peu comme Tigres et Dragons pour prendre l'exemple le plus populaire). Quiconque aime cela sera comblé. Les autres peuvent se rassurer, Detective Dee recèle bien d'autres trésors. D'abord par son découpage énergique mais toujours lisible. La grande qualité du chinois est de faire monter en épingle les enjeux pour libérer la puissance dévastatrice de ses confrontations stylistiques. Si l'on excepte toute une série d'effets spéciaux d'une rare laideur, le travail chorégraphique joue des couleurs et des drapés.

 

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Un film qui sert aussi une réflexion politique passionnante. Wu Zetian, l'impératrice en devenir, doit diriger la toute-puissante Chine des Tang. Se développe alors la question de la loyauté et de la trahison. Dee est un ancien insoumis, les ouvriers du chantier s'agitent et des proches de la grande dame pourraient être impliqués dans l'étrange enquête. S'y mêle le débat sur la place de la femme. Si le patriotisme inné de ces films chinois (on ne va pas leur en vouloir) dénature souvent le propos de fond, ici, l'analyse n'en devient que plus fine. La révolte est-elle légitime et à partir de quel point ? L'autorité se gagne t-elle par le titre ou par l'aura ? La finesse du scénario épate autant que la lisibilité de l'ensemble (le montage et le travail sur les raccords est un modèle du genre). Fresque historique servie par des décors réels sublimes, Detective Dee joue même sur un suspense mesuré. Un film à grand spectacle, surement cloitré en France à quelques obscurs salles courageuses mais qui doit déplacer les foules au pays de Mao.

 

Detective Dee le mystère de la flamme fantôme, de Tsui Hark, avec Andy Lau, Carina Lau, Tony Leug Ka-Fei (Chi., 2h03, 2011)

 

Sortie le 20 avril

 

La bande-annonce de Detective Dee :

 


 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 15:56

 

Le trépas dansant

 

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Passé l'artificialité des interviews et de la 3D, Pina puise dans sa quête initiatique post-motem une grâce diffuse. Une semi-réussite, plombé par l'hommage respectueux.

 

Wenders voulait Pina Bausch et la 3D. Il n'aura que la technologie. A peine le tournage entamé que la célèbre chorégraphe rend son dernier souffle. Hommage d'une troupe esseulée, le projet de Wenders se construit sous forme épique. Celle de danseurs dévoués corps et âme à leur maitre. La bonne idée du film consiste à déplacer les éléments dansés avec le monde. Joué sur le mode des saisons qui passent, la première danse initie un cycle à la quête peu visible : se reconstruire seul, que faire de l'enseignement de la grande dame.

 

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L'hagiographie plombe le propos. Des portraits face caméra surplombe la voix off de l'admiration totale de ces danseurs. Les mouvements deviennent trop souvent mortifères dès lors qu'ils sont hors de la scène (ce qui se limite à ces regards face caméra agrémentés de mouvements de têtes ou de rictus sur un fond moche pour photos de classe). Ils entrecoupent des scènes de danses bien plus passionnantes. Wenders sait s'effacer pour le bien de son documentaire. La 3D l'oblige à jouer avec la profondeur de champ. Un artifice franchement gadget tant la 2D aurait créé un même mystère, une intensité aussi forte. La vraie bonne idée du réalisateur des Ailes du Désir vient peut-être de jouer avec les éléments.

 

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Pina Bausch aimait les roches, l'eau et l'intégration du corps dans celui-ci. Wenders ose (et c'est un mini-sacrilège pour certains) installer les danseurs au milieu de la ville ou au cœur d'une rivière. Le rite initiatique d'un apprentissage post-mortem s'exprime bien. Il faut que Pina s'efface en tant que personne pour que le film prenne le large. Il ressemble à ces quêtes un brin fantastique. Les corps s'enchainent, se déchainent, un hippopotame en carton est un esprit miyazakiste, un métro arien donne des accents de science-fiction à l'ensemble. Un hommage malade, trop respectueux empêche une sorte d'évocation de la liberté de la danse. Le regard bienveillant de la chorégraphe illustre paradoxalement tout l'abandon -touchant – d'hommes et de femmes dévoués, d'admirateurs-acteurs fouillant dans leurs songes et leurs souvenirs. Pina, sous-titré 3D pour mieux le vendre, pâtit de cette artificialité briseuse d'une poésie qui transparait tout de même.

 

Pina 3D, de Wim Wenders, avec Pina Bausch, Regina Advento, Malou Airoudo (Fra. All., 1h43, 2011)

 

La bande-annonce de Pina 3D :

 

 

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 20:06

 

La société de l'utile et du jetable

 

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Personne n'est épargné par la crise, pas même les grands cadres. Le cinéma social n'est pas forcément outrancier, il n'est pas forcément démagogique. La preuve.

 

Comment expliquer ce retour en force de Ben Affleck ? Pour rappel, cet homme au firmament à l'époque de Will Hunting s'est peu à peu fourvoyé dans des bouses allant de Ce que pensent les hommes à Armageddon en passant par Dardevil. Puis, en 2007, nous le découvrions bon réalisateur, héritier modeste mais efficace de Clint Eastwood, avec Gone Baby Gone. Essai transformé en 2010 avec The Town. Sa remontée vers les sommets demande aussi un retour en grâce en tant qu'acteur. The Company Men devrait l'aider. Col blanc un rien arrogant, le voilà qui subit les affres de la crise économique. Dans son giron Chris Cooper et Tommy Lee Jones craignent le même destin.

 

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Scénario vieux de quinze ans, The Company Men se voit remis au goût du jour avec la crise économique. Mais le tour de force de John Wells vient de sa teneur modeste et d'un brio pour ne pas tomber dans le mélodrame forcé. Un licenciement signifie bien plus qu'une perte de salaire. Devenir inutile dans nos sociétés occidentales (et notamment aux USA) projette un être dans un état de néant social. Il ne faut pas trop le dire. Bobby (Ben Affleck) cherche à garder ses signes extérieurs de richesse. « Ma femme ne veut pas dire au voisinage que je suis au chômage. Je ne peux pas rentrer avant 18 heures » balance, hagard, un Chris Cooper au bord du gouffre.

 

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Ce cinéma social évite pourtant l'écueil misérabiliste. Ces friqués flambeurs ne savent pas rechigner sur le superflu, refusent certains boulots. Mais peut-on les blâmer? The Company Men montre le gavage sans vergogne des grands patrons et à quel point la crise touche tout le monde, même les plus aisés. Il montre aussi  la place de  l'humain en tant qu'employé jetable. C'est alors l'équilibre familial qui est en jeu. Wells évite aussi les débordements larmoyants et hystériques où la femme quitterait le mari. Au contraire, la famille devient un refuge honteux. Le soutien des proches permet de garder les pieds sur terre. Revenir vivre chez papa-maman est plus délicat. Une scène où le gosse de Bobby croit que ses parents vont divorcer montre parfaitement toute la teneur sociale d'un licenciement. Film sur le quotidien, The Company Men hérite d'une écriture issue de la télévision. Normal, John Wells a travaillé sur Southland, Urgences ou A la maison Blanche. Soit trois séries du quotidien : chez les flics, dans les hôpitaux, dans la politique.

 

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De cette écriture minutieuse découle une précision des conditions humaines, portée par d'excellents acteurs. Kevin Costner incarne cette Amérique du matériau, qui retape des maisons. Si la parabole est un peu lourde, la morale du film de retrouver une économie plus saine, plus sociale ne fait pas oublier les inégalités, les laissés pour comptes et les dindons de la farce. The Company Men n'a pas la prétention de changer le monde, ni même d'en faire le tour. C'est là sa grande force. Il capte une facette du réel et s'assure juste de ne pas tomber dans une démagogie outrancière. A nous de tirer les marrons du feu...

 

The Company Men, de John Wells, avec Tommy Lee Jones, Ben Affleck, Chris Cooper (U.S.A., 1h52, 2011)

 

La bande-annonce de The Company Men :

 

 

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 22:15

La morte amoureuse

 

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La révélation amoureuse sur le simple sourire d'une défunte offre à Manoel de Oliveira l'occasion de nous offrir une magnifique leçon de cinéma, aussi documentée que hors-du-temps. La mort devient un état de légèreté de l'être.

 

Qu'y a t-il entre la terre et le ciel ? Un sociologue vous dirait la vie, un scientifique parlerait d'atmosphère, mais un poète, un métaphysicien vous dira quoi ? C'est un peu la démarche de Manoel de Oliveira, infatigable réalisateur centenaire. Ésotérique avant d'être narratif, L'étrange affaire Angélica paraît pourtant ne pas contenir d'« affaire » comme il y avait une Affaire Pélican. Tout l'enjeu consiste non pas à capter le mystère de la jeune défunte souriante mais plutôt d'appréhender ce photographe, bien vivant lui, mais dont l'enfermement confine à la mort sociale. Le plus improbable des paris de De Oliveira est bien de fabriquer de la légèreté sur un sujet à priori glauque.

 

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La richesse incroyable du film renvoie aux plus belles nouvelles de Théophile Gautier (tendance La morte amoureuse ) enchevêtrées d'une description sociale à la Maupassant. Les discussions spéculatives du microcosme autour d'Isaac se font à table, dans une ambiance très XIXème siècle alors que le film se passe de nos jours. Le portugais parvient à jouer de l'ambivalence temporelle (ou plutôt intemporelle) qui consiste à ne pas écarter le contemporain par bribes (modernisation du travail au champ, présence des voitures, argumentaires économiques avec en point d'orgue la crise économique). Pourtant, une approche infiniment plus suspendue prend le dessus. Les costumes, les décors principaux, même l'appareil photo semblent sortis d'une autre époque.

 

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On assiste alors à la symbiose picturale de Rembrandt (La dissection pour son attrait morbide), de Vermeer (la pose photographique du travailleur et le travail du cadre en intérieur) et du Chardin (pour le côté natures mortes). C'est aussi la rencontre cinématographique entre Rossellini (pour le néoréalisme) et Weerasethakul (pour la touche fantastique à l'ancienne). De toutes ces références ressortent en fait un goût pour le délicat et l'observation. Deux types de scènes se côtoient. Les plus fascinantes et touchantes ont attrait directement à cet amour post-mortem. Poseur de cadres souvent somptueux, aux éclairages finement appuyés, De Oliveira construit un conte amoureux fait de petits trucages à l'ancienne. Ainsi la morte sourit-elle sur une photo, puis apparaît-elle comme un fantôme par un jeu de miroirs. Isaac y vit sa plénitude, son amour destructeur pour une femme qu'il ne connait même pas. Le parallèle de l'amour du cinéma du centenaire y apparaît clairement.

 

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Le second type de scènes appartient plus à un héritage du néoréalisme. La photo, comme le cinéma, capte une société. Le plus important comme le plus insignifiant des détails nous est offert. Peut-importe où cela se passe, l'impression domine que ces lieux deviennent familiers, de l'église à la chambre d'Isaac en passant pas le cimetière, espace vierge des pas du héros. Le documentaire côtoie le fictionnel sans pour autant en définir les contours. Une chose est sûre, une fois les volets clos, c'est bien l'amour transcendantal qui l'emporte. Entre le ciel et la terre, il y a cet entre-deux dans lequel on évolue. Une fusion scientifico-poétique qui ouvre la voie aux sentiments. Quelle merveille !

 

L'Étrange affaire Angélica, de Manoel de Oliveira, avec Pilar López de Ayala, Ricardo Trepa, Filipe Vargas (Port., Fra., Bré., Esp., 1h35, 2011)

 

La bande-annonce de l'Étrange affaire Angélica :

 

 

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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 18:50

Le guerrier silencieux

 

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Multipliant les fausses pistes, le double primé de la dernière Mostra fait figure d'étrange objet filmique. Une sorte d'hallucination géante en découle, portée par Vincent Gallo, génial comme d'habitude.

 

Le cas de Vincent Gallo n'a pas son pareil. Acteur et réalisateur surdoué, imprévisible, détestable, ayant tourné chez les plus grands (Coppola, Denis, lui-même), sa carte de visite laisse pantois. Mais le garçon, volontiers insultant avec la presse, ne s'est pas fait que des amis. C'est sous les huées que Gallo reçu le prix d'interprétation de Venise l'an dernier. Une performance pourtant fascinante dans Essential Killing le met dans la peau... d'un afghan captif ! Un taliban plus précisément. Le film commence magistralement par un jeu de cache-cache terrifiant dans les décors accidentés et désertiques du terrain de guerre préféré des Occidentaux. Gallo ne dit pas un mot. Il n'en lâchera aucun.

 

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La parole n'a pas sa place de toute manière, Skolimowski fait confiance à son matériau et à sa mise en scène. Le réalisateur polonais joue sur les fausses pistes. On pense au film de guerre, on croit au long-métrage de prison ou à un survival. Or, l'errance tourne au trip crépusculaire et contemplatif. Bien souvent, le dispositif scénaristique place un personnage dans un environnement décalé, mais le parti pris ici apparaît comme inédit. Voir cet afghan, tout ce qu'il y a de plus barbu, divaguer dans ces étendues de neige fascine. Le discours politique qui pourrait lui être reproché n'a pas lieu d'être. Skolimowski ne glorifie pas le martyr (même s'il l'explique par des flashbacks médiocres avec le fantôme d'une épouse) en tant que résistant respectable. Tout juste effleure t-il leur droit à une mort digne. Essential Killing n'évite pas non plus une certaine emphase contemplative mais peu importe. Le trip hallucinatoire ne cherche jamais à théoriser son égarement. Libre à nous de ressentir la poudre glaciale et le sang dans la bouche.

 

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Gallo signe là une performance complétement dingue. Des yeux écarquillés comme le pire des camés, le souffle court, les soins salvateurs d'une Emmanuelle Seigner (5 petites minutes à l'écran, pas plus), pas de doute, on tient un ovni. Reste un fil rouge indéniable : une certaine violence. Qu'elle soit concrète avec les tirs en Afghanistan, la traque et ses pièges à loups ou plus mentale dans la déliquescence du personnage de Gallo, Essential Killing est travaillé par l'horreur de la guerre et la monstruosité de l'Homme en état de survie. Impossible de passer sous silence l'approche sensitive à coup de blancs saturés, de lumières entre chiens et loups, de travail sonore pointilleux. L'envoutement ne prend pas forcément dans sa totalité mais la tentative louable mérite les applaudissements.

 

Essential Killing, de Jerzy Skolimowski, avec Vincent Gallo, Emmanuelle Seigner, Nicolai Cleve Broch (Pol., Irl., Fra., Nor., Hon., 1h23, 2011)

 

Sortie en salle de 6 avril

 

La bande-annonce de Essential Killing :

 


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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 20:11

 

De bas... étages

 

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Lancé pour être la plus belle prouesse du réalisateur chouchou des adaptations de comics, Sucker Punch est au final ce que Snyder a fait de pire. Les bas nylon n'y feront rien.

 

Il est assez édifiant de voir à quel point Zack Snyder est presque devenu le centre du monde de la cinéphilie. Depuis son Armée des Morts (son meilleur film avec Watchmen), c'est comme si le renouveau du cinéma hollywoodien passait par lui. Le monsieur ne laisse pas indifférent : soit on adore, soit on déteste. Ou alors, on est comme ici, un peu entre les deux. Malgré de bonnes idées, souvent un travail visuel passionnant, le cinéma de Snyder se résume trop souvent à un fétichisme exacerbé du ralenti esthétisant, pas toujours heureux. Ici au moins ce fétichisme est en accord avec l'admiration plastique et les surnoms agicheurs (Babybool, Blondie, Sweet Pea). 

 

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Sucker Punch est donc son premier scénario original. L'occasion de se sentir pousser des ailes et de n'en faire qu'à sa tête. De jolies pépés, une maison close qui en fait est un asile, des combats références aux jeux vidéos et une esthétique toujours plus tape-à-l'œil, un cocktail fourre-tout. Un peu comme si pour une recette de cuisine, vous vous dites « faut faire plaisir aux jeunes alors mettons tous leurs ingrédients préférés ». On y trouverait alors un hamburger, de la glace à la fraise, de la chantilly, un peu de pizza, de bières, de frites sauce blanche et des M&M's. Le tout mixé sans dosage subtil. Le mélange parfait pour tout vomir. C'est un peu ce qui arrive avec Sucker Punch.

 

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A ceux qui reprochaient à Inception un manque de lisibilité, gare à eux avec le nouveau Snyder. Il a beau joué de l'ellipse et du montage clipesque, le cinéaste tarabiscote outre-mesure une histoire de rêves où la folie rode. S'y croise aussi une domination masculine malsaine et le pouvoir sensuel de jolies filles en bas nylons. Au passage, la seule vraie bonne idée de ce Sucker Punch consiste à construire des héroïnes fortes, un girl-power aussi grave qu'amusé. Les filles décapent autant que possible et les retouches numériques de leurs visages en font des poupées faussement malléables. Sauf que leurs histoires de fuites d'un asile ne sert que d'objectif linéaire. Un enjeu simple sans mise en valeur des intrigues secondaires. La veine sexuelle de l'affreux Blue ainsi que l'allure de gros porc du cuisinier réduisent à peau de chagrin les personnalités masculines. En gros, leurs pulsions sexuelles sont mauvaises et basta.

 

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Même constat pour les filles, dont les archétypes diverses ne servent même pas à nouer le fond de l'intrigue. Les tenants et aboutissants ne fluctuent pas assez selon les envies de chacun(e)s. On se sent comme dans un vieux jeu vidéo monotone, à la trajectoire linéaire. A l'instar de ces aventures où on ne pouvait rien faire si on n'ouvrait pas la porte correctement ou si on ne parlait pas à tel personnage sans intérêt apparent. Mais le pire, c'est que Sucker Punch irrite carrément dans ce qui se veut fun, à savoir les combats. Nait une frustration terrible, un peu comme dans Scott Pilgrim, du « jeu sans pouvoir jouer ». Fourre-tout jusqu'au bout, on passe de soldats de la seconde guerre mondiale type Killzone aux orques du Seigneur des anneaux en passant par un assassinat horrible d'un bébé dragon (pas cool les filles). Par pudeur, oublions cet horrible combat dans un train avec une bombe à la veine héroïque aussi consternante que mal filmée.

 

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Un vieux sage aide au didacticiel, puis comme chef de mission. Tout comme sur console on vous dit. La fausse bonne idée consistait à faire de ces trips explosifs une mise en images épique de missions en réalité pas passionnantes (voler une carte ou un couteau). Un peu comme un enfant s'imagine des aventures de pirates ou un fou se crée un monde intérieur. Snyder engonce tout ça d'une musique horripilante, faite de mauvaises reprises des Strooges ou de Pixies, type pires interprétations de la Nouvelle star. Et que dire de sa mise en scène, lourde de symbole, pompier au possible à la subtilité d'un pachyderme saoule. Sucker Punch tourne presque au cauchemar épileptique achevé sur une pensée intellectuelle risible sur la liberté de l'être. J'ai mal à ma philosophie. A mon pop-corn aussi.

 

Sucker Punch, de Zack Snyder, avec Emily Browning, Abbie Cornish, Jena Malone (U.S.A., 1h50, 2011)

 

Sortie en salle le 30 mars

 

La bande-annonce de Sucker Punch :

 


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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 11:56

 

L'Amérique qui se lève tôt

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S'il avait été un court-métrage de 50 minutes ne réglant pas les problèmes, Morning Glory aurait été une comédie charmante grâce à ses acteurs et quelques gags. Mais que faire de l'heure qu'il reste ?

 

Aucun doute possible, Rachel McAdams a ce pétillant qui manque à tant d'actrices. Une fraicheur du matin bien utile à un film qui parle justement des matinales télévisées. Dans le peau d'une productrice à qui tout sourit ou presque, elle bonifie le ton de Morning Glory, héritier direct de Le Diable s'habille en Prada. Normal quand dans les deux cas, la scénariste s'appelle Aline Brosh McKenna. On comprend vite la cible « feel good movie » recherchée. Au diable la crise et les petites contrariétés d'un New-York qui refuse la grisaille, vive la jeune génération opportuniste mais avec du cœur.

 

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A vrai dire, Monring Glory s'en tire par moment pas mal. Notamment dans son premier segment où il se passe souvent mille choses à l'écran. Dans les couloirs d'une émission en déliquescence, où deux stars du petit écran se tirent dans les pattes, il n'est pas rare de voir un mec déguisé en chevalier, un second couteau grimacer ou tout autre tentative plus ou moins burlesque. McAdams serait une sorte d'inspecteur Cluzot avec un joli cul. Maladroite au possible, elle n'a pas non plus la gaucherie de tomber à vélo lorsqu'elle décroche un rendez-vous. Dommage, c'eût été plus marrant. Morning Glory semble tenir un pari louable : celui d'avorter les tentatives de la jeune femme. Un rencard piteusement mené, une scène de sexe avorté par la conscience professionnelle, une modération de productrice constamment perturbée, à défaut d'être passionnant, le film s'en tirait avec les honneurs.

 

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Mais puisqu'il faut bien rentrer dans les clous, Roger Michell aplanit ce qui n'était qu'à peine vallonné. Les situations prennent une tournure molle, sans surprise. Le duo Harrison Ford/ Diane Keaton se démène tant bien que mal. L'attrait comique ne mise plus que sur un montage elliptiques de trouvailles bizarres pour dynamiser la matinale. Le bougon dévoile son grand cœur, les attirances s'affirment, les comportements changent. Il y a une vraie césure dans l'évolution des personnalités. Finalement plausible au début, la radicalité du ton, afin d'écourter un film déjà bien long, empêche d'y croire. Sinon, bonne nouvelle, aucun film ne prévoit de retracer le Morning Live.

 

Morning Glory, de Roger Michell, avec Rachel McAdams, Harrison Ford, Diane Keaton (U.S.A., 1h47, 2011)

 

Sortie le 6 avril

 

La bande-annonce de Morning Glory :

 


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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 14:22

Le monde en bouteille

 

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Quoi de pire qu'une investigation déjà convaincue de démêler un gros sac de nœuds polémique. Dans la lignée de Michael Moore.

 

Il a beau mettre quelques animations amusantes, jouer avec un globe gonflable et parcourir le monde, Werner Boote brasse de l'air. Petit-fils d'un pionnier du plastique, le documentariste se remet en question et s'en prend à ce matériau envahissant, dangereux pour la santé selon lui. Ne remettons pas en cause sa bonne foi, fondée sur des observations globalement sérieuses faites autour du monde. On y découvre, témoignages à l'appui, que cette matière à base de pétrole, c'est vraiment pas bien. Tests de santé et études scientifiques corroborent mentalement avec les images de ces travailleurs indiens dans les bidonvilles.

 

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Le problème, c'est que Werner Boote se met en scène. Il a beau s'en défendre, dès les premières images, on sait qu'il va vouloir dénoncer, jouer au bienfaiteur type BHL de l'écologie. En découle une démarche lénifiante. Celle d'un auteur omniprésent à l'écran, star de cinéma. On dirait du Michael Moore, l'humour en moins (quoi qu'il s'y essaie par moments). On tombe même dans le clip lorsqu'il fait vider les habitations de tous les éléments plastiques pour les disposer dans la rue. Par une photo de famille, il fait dire aux propriétaires « je ne pensais pas que j'avais tout ça ». Entendez, « tous ces ustensiles vont me filer un cancer ».

 

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Et puisqu'il faut paraître universaliste, Boote va partout, de l'Afrique aux U.S.A., des rues du tiers-monde aux usines chinoises. On touche le fond dans l'approche polémique face aux industriels. Cela rappelle encore les démarches de Moore dans Bowling for Colombine. Une démarche perverse qui vise plus à construire un héros moral qu'un véritable activiste ou qu'un cinéaste construit. Autrichien aussi, Erwin Wagenhofer avait su trouver un ton plus juste, corrosif et rigoureux avec We Feed The World et Let's Make Money . Plastic Planet fait pale figure.

 

Plastic Planet de Werner Boote (Aut., 1h36, 2011)

 

Sortie le 6 avril


La bande-annonce de Plastic Planet :

 


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