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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 20:29

 

Petit poney

 

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David Carradine n'aura pas le loisir de voir le catastrophique résultat de Stretch. Sa dernière apparition à l'écran sera à l'image du film : lamentable.

 

Il est toujours intriguant pour le cinéma de se pencher sur des sujets à la marge, ou rarement objet de la fascination des cinéastes. Charles de Meaux a cette -potentielle- bonne idée de se passionner pour les courses de jockeys. Son héros Christophe, accusé de dopage, quitte les terres françaises et s'offre un exil de la dernière chance à Macao. Même si le sujet ne passionne pas forcément tout le monde, la plongée dans un univers unique a de quoi intriguer. La folie du jeu décrypté devrait rappeler l'inégalable Casino. Remballons nos futiles espoirs, Stretch ne se résume pas à une déception, c'est une catastrophe totale.

 

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Cela commence par l'horrible générique en mode écriture texto, ni très joli graphiquement ni très stylé. Puis se passe une première demi-heure en France. Pas des plus aptes à capter ses personnages malgré des plans rapprochés et des gueules misent en avant, Stretch aurait pu ne rester qu'un petit film d'auteur moyen, peut-être capable sur la durée à créer une ambiance. Sauf que la fuite à Macao brisent ce dernier espoir. Déjà par sa photographie hideuse. Non content de vouloir plagier le style Won-Kar Waï, Charles de Meaux a le culot par dessus le marché de chercher un mode narratif semblable. A savoir un jeu d'ellipses plus ou moins stylisées, une utilisation de voix off. Pas de comparaisons possibles pourtant. Le métrage français abuse d'échanges téléphoniques par répondeurs interposés, introduits des personnages secondaires juste en voix off (la sœur de l'étrange Pansy) et joue sur l'absence de David Carradine.

 

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Impossible de ne pas mentionner la tragédie de sa mort en plein tournage, visiblement facteur de gros problèmes, se ressent sur son intégration au scénario. Pour autant, la version finale du film en fait une sorte d'entité présente en off, centrale pour l'intrigue et peu présente à l'écran. Et tant mieux tant il joue mal. Comme toute la clique avec en chef de file l'un des parrains du milieux des paris, sorte de pseudo Ben Kingsley parodiant du De Niro en petite forme. Ce même De Niro devenue l'incarnation du monde des jeux de casino avec le film de Scorsese. Là encore, toute la fureur présente chez l'américain se transforme en une molle litanie sur la reconstruction d'un être paumé. A tel point que les courses elle-mêmes manquent de furie, le son n'a rien de violent, la cadrage demeure mou. Au sujet du son, là encore, catastrophe, surmixant ou sousmixant volontairement des bouts de dialogues pour offrir une étrangeté. Comme s'il voulait, dans un trip d'auteur pour une expérience unique.

 

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N'est pas Weerasethakul qui veut (De Meaux a en partie produit Uncle Bonnme) et avant de se lancer dans du cinéma expérimental, ou audacieux, mieux vaut s'assurer que l'on maitrise son sujet. Notamment par le tournage en HD, encore très casse-gueule donnant l'impression d'une production pas très à l'aise d'élève en école de ciné. La direction d'acteur souffre aussi de grosses carences. Nicolas Duvauchelle habituellement si magnétique ne transmet rien, tout comme Fan Bing Bing (Chongqing Blues, Lost in Bejing) et le pauvre Nicolas Cazalé fait pâle figure. Jusque dans son final sans logique, Stretch est à très vite oublié. Dommage que Carradine finisse là dessus.

 

Stretch, de Charles de Meaux, avec Nicolas Cazalé, Fan Bing Bing, David Carradine (Fra., 1h30, 2011)

 

La bande-annonce de Stretch :

 


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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 22:02

 

Petit mais costaud

 

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Le rite initiatique animiste intéresse une nouvelle fois les studios Ghibli à travers ce merveilleux conte où la taille compte. Entre cocon et aventure, vertiges et étroitesse géographique : un délice.

 

L'initiation fut toujours primordiale chez Ghibli. La tête pensante et créateur des studios, Hayao Miyazaki, y mis ses obsessions aussi cohérentes que poétiques. Il décrit un animisme ouvert, héritier des traditions nippones, miroir des changements brutaux de philosophie après la seconde guerre mondiale, où l'Homme destructeur cherche néanmoins sa place. Princesse Mononoke, de loin le plus sombre et le plus abouti en ce sens, pourrait résumer chacun des thèmes déjà existants, dont celui des femmes aventurières. De Nausicaä de la vallée du vent à Ponyo sur la falaise, Miyazaki n'a eu de cesse d'offrir une place intelligente et intelligible au sexe faible du cinéma. C'est tellement rare qu'il fallait bien le mentionner. Si Arrietty n'est pas son joujou – il confia la réalisation l'animateur graphique et jeune pilier de Ghibli Hiromasa Yonebayashi-, son implication au scénario fait peser tout le poids de son influence. Tout ça pour un résultat des plus merveilleux rassurant après le décevant Les contes de Terremer.

 

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Cette histoire de petits êtres humanoïdes, doués d'une malice comme instinct de survie et d'une peur bleue des humains, regorge tout ce qui réunit jeune public et parents. Ghibli est l'antre de la pédagogie légère. Jamais les studios ne renièrent leur volonté de passer un message humaniste et onirique. Arrietty, jeune fille curieuse, met en péril la survie de sa famille à trop s'approcher des humains. Le film aborde le thème de la disparition des espèces avec un sérieux voilé, une gravité colorée, un lyrisme désopilant. La jeune fille, aussi rebelle soit-elle, suit le sillon d'un apprentissage. Le film fonctionne sur le même mode initiatique. Quand père et fille partent « chaparder » quelques broutilles aux humains pour leur survie, la bande à Yonebayashi prend son temps.

 

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D'abord en parcourant les souterrains de la mini-maison, non sans rappeler les amusements de proportions dans les aventures de Gulliver. S'opère alors un retournement de situation fabuleux : ressentir un vertige dans un espace pour nous minuscule. Il n'y a qu'à voir ces deux fourmis humaines crapahuter sur des clous. Le vide et la sécurité se mêlent. Si une tension diffuse garde l'esprit en alerte, on se laisse volontiers bercer, au même titre que l'héroïne, dans cette immense jardin fleuri et ses gravas à la faune grouillante. Comme pour les films mettant en jeu des animaux, l'échelle des dangers s'en retrouve modifiée, chose qui amuse plus qu'à l'accoutumée. Cette contemplation offre à voir, entendre (un travail sur les sons les plus infimes incroyable) et même sentir un univers pas loin d'envouter autant qu'un Chihiro ou Totoro.

 

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Mais le plus fort chez Ghibli, c'est cette manière d'éviter tout manichéisme. Si l'Homme géant représente un danger de fait pour les chapardeurs, il ne le fait pas consciemment. Et le jeune garçon Sho, malade et lui aussi sûrement en voie de disparition, qui découvre Arrietty, les comprend, veut les aider. Miyazaki a toujours développé ce mélange d'attention destructrice. C'est la destinée de Nausicaä comme de Sophie (Le château ambulant). Et puisqu'il est également question de transmission, la maison de poupée, offrande à Sho, résonne comme le cadeau que Hayao fait à ses animateurs et créateurs. Il ne sera pas éternel et cette porcelaine du Japon aussi fragile soit-elle peut encore survivre longtemps. Ghibli ne doit pas devenir un vivier à talents enchantés en voie de disparition. Plus encore, Arrietty assène volontiers une joie de vivre, de sentir, de ressentir. Tout ce que les coloris et les musiques transmettent avec gaité.

 

Arrietty, le petit monde des chapardeurs, de Hiromasa Yonebayashi (Jap., 1h34, 2011)

 

Sortie le 12 janvier 2011

 

La bande-annonce de Arrietty, le petit monde des chapardeurs :

 


 


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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:19

 

Le trépas attendra

 

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Quand Eastwood pousse à son paroxysme les violons sirupeux de ses fins de films, il y ajoute une vacuité inhabituelle. Le vieil homme se convainc tout seul que la vie peut être chouette et qu'il faut arrêter de flipper face à la mort.

 

Eastwood n'est plus tout jeune alors quand il annonce vouloir faire un film sur la mort, il y a de quoi s'inquiéter. On a le sentiment que l'inspecteur Harry n'a de cesse de faire une sorte d'œuvre pré-mortem. De Million Dollar Baby en mentor sage mais jusqu'au-boutiste à Gran Torino en forme de rédemption comme un doigt d'honneur testamentaire, chaque fois, une forme d'adieu se décèle. Avec Au-delà, il s'attaque à du mystique, à savoir côtoyer la mort de près, la fuir ou l'apprivoiser. Trois histoires en mode film choral d'Innaritù embrique ce sujet. Marie (Cécile de France) survie au tsunami d'Indonésie au seuil de la mort. Pour Marcus, c'est le décès de son frère jumeau qui le hante. George (Matt Damon) vit avec une malédiction, il communique avec les défunts en touchant un proche de la famille.

 

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De ces trois bons pichts qui auraient fait de bons courts-métrages ne découlent presque rien. Une vague idée de la croyance de l'au-delà, une légère moquerie des charlatans et c'est à peu près tout. Chacun de leurs coins, les héros de cette aventure mollassonne tergiversent, tournent en ronds, essaient de vivre sans avoir la mort constamment accroché au cou. Eastwood veut montrer plus de vie que de morbide et, heureusement, les trips métaphysiques restent rares. Le film dans son ensemble n'apporte strictement rien. Il se noie encore plus sous les torrents de violons et une musique lancinante. A ce titre, la dernière demi-heure, vaguement grossière montre que le principe de film choral a du plomb dans l'aile. Si Matt Damon, tout en douceur et subtilité tient la baraque, toute la partie française est terriblement surjouée et maladroite. Pour l'histoire des frères jumeaux, les jeunes George et Franckie McLaren ne s'en tirent pas mal malgré une propension à tirer la gueule stoïquement un peu trop forte.

 

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Malgré la déception demeure quelques jolies choses, ici et là, qui prouvent que Clint a un vrai savoir faire. Il profite du vide scénaristique pour se rapprocher au plus près de ses personnages. Les petits moments faussements anodins y sont montrés (la mise en place d'un lit pour le frère défunt, l'envoie de lettres déterminantes). Eastwood se paie même le luxe d'offrir une leçon de comédie romantique pendant une dizaine de minutes à coup de cuisine italienne, de confessions les yeux bandés et d'un plaisir gustatif et sensoriel. Le plus fort, c'est qu'il n'en fait absolument pas une soirée de rêve et l'intègre à son histoire. Saluons aussi cette capacité à s'approprier les grands évènements de l'histoire récente (le tsunami, un attentat) au cours des scènes les mieux mises en scènes. Ces cas là restent marginaux. Au-delà s'enferme dans une complainte nombriliste. Clint semble se convaincre tout seul que la vie n'est pas finie, que la mort l'attendra encore. De quoi rester dubitatif sur ses futurs projets.

 

Au-delà, de Clint Eastwood, avec Matt Damon, Cécile de France, Jay Mohr (U.S.A., 2h08, 2011)

 

Sortie le 19 janvier 2011

 

La bande-annonce de Au-delà :

 


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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 21:13

 

Humanoïde après tout

 

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Film à la gloire du déjanté Philippe Katerine, Je suis un no man's land n'étonnera pas par sa posture d'OVNI. Si la drôlerie n'est pas assez présente, une intéressante filiation fils/parent s'installe de la plus barge des manières.

 

Pour ceux qui auraient vécus dans une grotte ces dernières années, Philippe Katerine représente une forme de modernité dans le rock français. Pas en terme musical, mais plus dans l'attitude. Ne peut on pas y voir une forme de punk à envoyer tout bouler de sa voix fluette et imprécises, dans le port des pulls acryliques laissant régulièrement apparaître un ventre bedonnant. Plus osé encore, afficher papa/maman en pochette d'album et assumé l'horreur visuel constaté. Katerine, c'est un chanteur de foire autant que de la politique. Je suis un no man's land est un film complétement à sa gloire, comptant un destin alternatif. Katerine revient pour un concert dans sa région (quelque part entre la Franche Comté et la Bourgogne) où une admiratrice cheloue lui colle aux basques. Dans une fuite effrénée, il s'égare en forêt et se retrouve de retour chez ses parents.

 

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Pour le sens, la logique et la construction classique, on repassera. Et tant mieux d'une certaine manière. Katerine, avec son réalisateur Thierry Jousse, met en scène son amour avec Julie Depardieu à travers une romance en forme de conte absurde. Pour la drôlerie, ce n'est pas la panacée majeure partie du temps. Je suis un no man's land demeure une délire égo-centré monns jouissif que le format musical. Intriguant mais surement pas envoutant, ni ayant attrait au génie, Katerine n'est pas Gainsbourg au cinéma, ni Biolay dans une démarche de devenir acteur. Il est juste Katerine, avec son univers un peu pourrave mais attachant.

 

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Il y développe tout de même un lien privilégié avec ses parents du film : Aurore Clément et Jackie Berroyer. Le retour du fils prodige vient réconforter une mère un peu triste. Si les pièces sentent la naphtaline et le cartable d'écolier, c'est pour mieux se moquer de ces artistes détachés de leurs racines. Katerine nous joue le coup du « profitez avant qu'il ne soit trop tard » avec un certain talent. On arrive presque à s'émouvoir une fois digéré l'absurdité. Un mère qui dit à son fils qu'il ne lui manque plus, qu'elle a appris a vivre sans lui a de quoi troubler. Sans fioriture, Jousse sait donner un peu d'ampleur cosmique à des caractères forts. Les petits effets d'accélérés, l'ambiance campagne coupée du monde renforce ce cocon un peu flippant d'un artiste qui n'oublie jamais d'où il vient. On devine que Katerine a vécu une partie de ces choses, qu'il les métaphorisent. Mais pour aller où? Nulle part.

 

Je suis un no man's land, de Thierry Jousse, avec Philippe Katerine, Julie Depardieu, Aurore Clément (Fra., 1h32, 2011)

 

Sortie le 26 janvier 2011

 

La bande-annonce de Je suis un no man's land :

 


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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 20:17

 

Le chant du cygne

 

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Plus proche du ballet que du cinéma, Black Swan se dresse majestueusement grâce à un lyrisme appuyé. Si Aronovfky arrêtait d'en rajouter des tonnes, on aurait un chef d'œuvre.

 

Le monde de Darren Aronofsky est un théâtre des extrémités, de la souffrance et de l'expérience unique. Son  The Wrestler, gonflé à la testostérone, l'illustrait parfaitement filmant avec empathie et lourdeur le visage boursoufflé de Mickey Rourke. Les coups pris sur le ring le rendait encore plus vulnérable et fort. Sorte de pendant féminin, Black Swan s'offre entièrement à son actrice principale : Natalie Portman. Nina, éternel espoir du ballet de New York, s'acharne à décrocher le rôle principal du Lac des cygnes, plus célèbre ballet de l'histoire. Une scène d'intro somptueuse illustre d'office la tonalité générale du métrage : étrange et esthétique.

 

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Non pas une beauté lisse et douce mais une splendeur au grain d'image choisi, aux floues artistiques et aux jeux d'obscurités lumineuses. En fait, Aronofsky rejoue à sa manière le célèbre ballet. Si ses innombrables plans serrés lors des danses enlèvent un peu de lisibilité dans les mouvements (sûrement pour cacher quelques astuces et doublages d'acteurs), il reste une grâce incroyable à montrer de si beaux pas à l'écran. Jamais la perfection des Chaussons Rouges n'est atteinte évidemment. Les histoires se ressemblent, le message aussi, Black Swan s'inscrit donc un ton en dessous. L'esthétisme onirique des débuts laisse une atmosphère dysharmonique s'instiller pour créer un malaise semblable au ballet de Tchaïkovsky. Black Swan reprend presque à la lettre la définition du fantastique, échouant en partie sur la finesse de l'ambiguïté des situations. Il oublie aussi l'amour en mouvement que le ballet racontait.

 

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Comme depuis ses débuts, Darren Aronofsky ne peut s'empêcher les plans de trop, les quelques effets stylistiques inutiles. Sans rien révéler, il gâche en une seconde un final somptueux (et c'est presque un euphémisme) par un plan sur Natalie Portman gratuitement stylisé qui rompt l'harmonie sonore et visuelle qu'il a tant travaillé à instaurer. On relève aussi de vraies faiblesses sur des gros plans. Son utilisation du miroir, extrêmement récurrente, voire centrale dans la construction de l'histoire, est aussi passionnante que décevante. Techniquement remarquable, le message qu'il passe n'a rien de nouveau et la métaphore mentale des jeux de glaces ne réinvente rien ou ne remet rien au goût du jour. Des erreurs en rien anodines puisqu'elles empêchent le film de s'élever au-delà de la stratosphère des sentiments.

 

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Poussière d'étoile

 

Heureusement, les bonnes idées contrebalancent, et l'émotion gagne. D'abord par un casting incroyablement malin. Natalie Portman, présente sur chaque plan, envahit de son charisme frêle la pellicule. Douce comme la harpe, féroce comme le trombone. On est scotché par tant d'implication physique tel la résistance du roseau de La Fontaine. Dans la pure tradition des grands rôles de l'actor-studios, Portman se donne comme jamais. On y voit toute la souffrance des corps. Que ça soit dans une séance de kiné ou dans sa frénésie à se couper les ongles, on ressent les douleurs autant que dans The Wrestler. Le film se concentre principalement sur les extrémités : ongles, doigts de pieds, prises de becs, extrémités dans les comportements, la demi-mesure n'existe pas. Autre très bon choix du cinéaste : celui de Winona Ryder en star déchue. Drôle de mise en abime que de voir celle qui se fit chiper la place de chouchoute dans le cœur des cinéphiles (hommes surtout) par... Natalie Portman. L'ancienne star de Beetlejuice et de Edward aux mains d'argent n'a pas eu une carrière aussi prolifique que prévue. Portman, sorte d'héritière, a réussi ce pari. Visage vieillissant, Ryder assume la pente descendante. Portman, elle, se retrouve pile à cet âge d'une jeunesse encore éclatante où la peau marque pas après pas son empreinte. Une situation métaphorisée par les tortures qu'elle s'inflige.

 

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Autre sujet fortement traité, et sûrement l'aspect le plus abouti : celui de la compétition féroce entres danseuses. Vincent Cassel en patron magnétique adepte d'une valse des pantins, tient tête en intensité à l'héroïne et c'est décidément encore un grand rôle pour ce comédien qui n'en finit plus de séduire Hollywood. Sa démarche droite comme un coq contraste avec les pas-chassés de cygnes apeurés. Seule une étrange tourterelle tente de résister et de contrecarrer les plans. Elle est un peu l'autre cygne du ballet : Mila Kunis. Tout cela décrit un monde âpre, peut-être emplis de clichés mais à la construction lyrique époustouflante. Black Swan traite aussi d'un épanouissement post-maternel, de l'héritage et du sens du sacrifice. Aronofsky tente de transcender les genres. Des codes du thriller ou de la rythmique comique y sont instaurés plus ou moins brillamment.

 

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Dommage encore qu'il ne s'économise pas quelques effets. Le malaise palpable n'avait pas toujours besoin d'une surabondance d'appuis, des erreurs qui désincarnent partiellement le film. C'est vraiment par sa construction semblable au ballet qu'il se sauve. Un travail sur le son (et de l'utilisation du 5.1) remarquable conforte dans cette idée. Le rôle de Nina est une mise en abime de la démarche cinématographique du réalisateur. Son jusqu'au-boutisme tend à une perfection impossible et Aronovsky implante ses rêves de sacrifices dans une histoire intemporelle remise au goût du jour.

 

 

Black Swan, de Darren Aronofsky, avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Lila Kunis (U.S.A., 1h43, 2011)

 

Sortie le 9 février 2011

 

La bande-annonce de Black Swan :

 

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 22:19

 

La retraite, vite !

 

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Drôle d'impression devant ce triller amoral et cliché tombant dans le violence gratuite. En dépit de qualités évidentes, Mister Brown a de quoi répulser.

 

Avec une indécision initiale, quelque chose d'agréable nous vient à l'esprit : A History of Violence. Comme chez Cronenberg, Harry Brown semble brouiller les pistes avec une forme de tension diffuse. Michael Caine avait bien cette allure de vieil homme délaissé, mimant avec une justesse incroyable les yeux de cockers. Non vraiment Harry Brown se présente bien. Voir un retraité des marines perdre sa femme et son unique ami a quelque chose de triste, profondément injuste. Si ce n'est jamais l'objectif du film, l'empathie causée dans la situation initiale a de quoi être appréciée.

 

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Une douleur résumée en une scène où la jeune inspectrice écoute poliment le monologue monocorde du vieil homme sur une stratégie d'échec. Elle le coupe lui demandant s'il n'a plus personne pour partager ce loisir. Le « non » qui suit, aussi timide que fort marque le point de rupture. Toute l'attention portée au script s'envole d'un coup. Harry Brown ayant atteint son zénith de justesse se traine ensuite pour les mauvaises raisons. Déjà, il rampe au côté d'un duo de flics impuissants, diluant la tension centrale. Des sortes de faire-valoir d'occupation pour que la morale soit sauve.

 

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Harry Brown dérape complétement. Il fait parti de ces horripilantes productions de l'auto-défense. Une histoire de vengeance, un être aigri et voilà que les méchants doivent trinquer. Daniel Barber a surement voulu provoquer un choc tant ce vieillard aux mains flétries, aux vestes très british et au flemme indéniable, change de visage en cours de route. Sauf que ce vieux Brown est aussi un sale con qui s'en prend à des jeunes violents, dézingue à tout va. Le film montre les banlieusards comme des racailles irrespectueuses, dealeuses, criminelles. Comme un vieux slogan un rien suranné, le personnage de Michael Caine rase la cité au Karcher. Jamais il n'y a (contrairement à un Ken Loach par exemple) une once de normalité dans ces quartiers difficiles. Tout n'est que crimes, conneries et injures. Du grand art propagandiste pire que les plus écœurants reportages de TF1. Par exemple déclarer que « les combattants en Irlande du Nord avaient une cause mais que ceux-ci (les « racailles ») se battent par plaisir » a de quoi donner la gerbe.

 

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Un constat d'autant plus énervant que Eastwood s'était amusé à détourner cette figure d'une sorte d'Inspecteur Harry vieilli dans Gran Torino en faisant de sa fausse révolte une cause de mort. La repentance n'existe pas ici puisque le sujet est tout autre. A vouloir faire de l'impolitiquement correct, Barber se fourvoie dans une mécanique vengeresse coupée du temps. Rien de fun là dedans comme le récent Outrage, juste un moyen superficiel de sortir d'un thriller qui s'annonçait plan-plan. Barber pourra toujours arguer un beau travail photographique et un sens de la direction d'acteurs prometteuse. Son film tient surtout par le plaisir de voir l'immense Michael Caine autrement qu'en second rôle. Insuffisant.

 

Harry Brown, de Daniel Barber, avec Michael Caine, Emily Mortimer, Ben Drew (Brit., 1h43, 2011)

 

sortie le 12 janvier 2011

 

La bande-annonce de Harry Brown :

 


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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 21:41

Fragments de vie

 

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Plus subtil que drôle, le nouveau film du maitre d'une nouvelle vague coréenne s'offre une jolie histoire comme il sait en faire, avec une maitrise évidente dans les jeux de zooms.

 

La nouvelle vague coréenne se porte bien. Grandement influencé par Bresson et Rohmer, Hong Sang-Soo sait distiller depuis quelques années son goût pour la vie. Par « vie », entendons ces contraintes amoureuses et sociales, ses petits riens tellement vrais. Le réalisateur de Night and Day (rien à voir avec le bousin mal traduit de James Mangold) et Les femmes de mes amis célèbre l'alcool et les trios amoureux. Encore une fois, avec Hahaha, des couples se croisent sans le savoir.

 

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Comble de la cocasserie, ce sont deux amis qui se retrouvent, l'un est cinéaste, l'autre critique de film autour de quelques verres afin de se raconter un peu leurs périples récents. Amusant hommage à ces discussions entre gens dit « du milieu du cinéma » au fonctionnement parfois proche du microcosme. Les joyeusetés et les confessions s'enchainent avec un ton aussi léger que précis. Soyons franc, l'humour de Hong Sang-Soo n'est pas à tomber par terre. Il se nourrit plutôt des petits expériences propres.

 

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La vraie force de Hahaha, comme souvent dans le travail du coréen, est de capter le vrai par l'anecdote, le détail qui marque. Celui des petites émotions maternelles, des maladresses romantiques, des soirées foireuses avec un ami. Le coréen n'est pas tant un metteur en scène qu'un cadreur de récit. Presque toujours en plan fixe, le métrage se concentre sur l'essentiel à savoir les blabla, les regards et les gestes. Le spectateur, jamais perturbé par une foule d'effets et de mouvements en profite pour observer les détails, la profondeur de champ parle beaucoup. Seul outil vraiment récurent : le zoom.

 

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Souvent, ce cadre se fait moyen, disons plan américain ou avoisinant avant de zoomer vers des intentions, de créer du hors-champ et capter diversement l'attention. La diversité de ce système à priori rébarbatif prouve qu'une simple idée de cinéma peut se décliner infiniment. Mieux, cette invention technique des années 1960 retrouve régulièrement une nouvelle jeunesse, n'en déplaise le trop grand nombre de cinéastes qui ne le voit que comme un outil ringard et grossier. Pour en revenir au film, l'expression des sentiments trouve un ton incroyablement juste, sans outrance ni surjeu. Tous les acteurs offrent une partition si naturelle que l'on ne se rappelle du dispositif filmique que par les retours incessants aux conversations des deux amis. Ceux là même qui n'en finissent plus de s'amuser de leurs vies en se poilant. Hahaha.

 

Hahaha, de Hong Sang-Soo, avec Kim Sangkyung, Moon Sori (Cor., 1h56, 2010)

 


La bande-annonce de Hahaha

 

 

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 12:39

 Esclavage et grand capital

 

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Tentative très louable de rapprocher l'exploitation constante des indiens américains entre l'époque de la colonisation et les grands capitaux mondiaux. Sauf que le film se disperse et ne va guère au delà des clichés. Tant pis.

 

Dans la famille des films prolétaires, un scénariste remporte tous les suffrages. Il s'agit de Paul Laverty, nom indissociable de Ken Loach (Sweet Sixteen, Le vent se lève). Mais Laverty ne se limite pas à cette collaboration. En 2005, il s'occupe de Cargo de Clive Gordon et se met en 2010 au service d'Icíar Bollaín pour ce Même la pluie. La trajectoire des deux personnes permet déjà de capter le sujet social de Même la pluie. Le scénariste, né en Inde, fit surtout de l'humanitaire en Amérique Centrale. De son côté l'actrice-réalisatrice Bollaín se forge un nom en Espagne. Récompensée aux Goyas (les César espagnols), elle collabore régulièrement avec un excellent acteur : Luis Tosar (Cellule 211, Miami Vice).

 

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En découle une lutte sociale en Bolivie où une ville se révolte contre la privatisation de l'eau. Mais plutôt que d'aborder le sujet de front, d'en assumer toues les difficultés sociétales, le duo préfère y intégrer une forme de poésie cinématographique. Même la pluie est une mise en abime. Celle de Sebastian (Gael Garcia Bernal), réalisateur enthousiaste, venu filmer la vie de Las VacasCasas à moindre cout. Il engage des habitant slocaux pour jouer les figurants. Un début bien mené laisse alors présager d'une franche réussite. Surtout que l'envers du décors décrit trouve un ton juste. Au début en tout cas.

 

Les minutes s'égrènement et Même la pluie perd le fil. Il alterne maladroitement le parallèle entre l'esclavagisme des peuplades indiennes et l'esclavagisme contemporain dû aux grands capitaux. La lutte armée passe trop au second plan, les enjeux ne sont pas assez pesés (sauf de dire que le peuple est toujours le dindon de la farce) et les scènes issues du tournages troublent au lieu d'éclairer. L'ambiance du film de Sebastian fait pourtant penser à du Herzog ou à Cabeza de Vaca, sans la perfection esthétique qui l'accompagne.

 

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La vraie bonne idée du film est de choisir comme héros non pas le réalisateur ni le figurant rebelle de l'histoire mais l'assistant-réalisateur. Luis Tosar, bien qu'ayant une trajectoire un peu caricaturale, parvient à exprimer les hésitations d'un assistant. Son but est de tout faire pour mener à bien la production en satisfaisant les producteurs, le réalisateur et ses potentiels caprices et en gardant un ancrage social. Un boulot de l'ombre trop peu souvent souligné. L'assistant-réalisateur est celui qui se confronte au réel, le transforme en rêve outrepassant les embuches. A côté de cela, les partitions des autres acteurs du film peinent à sortir des archétypes que l'on peut aussi reprocher à Ken Loach. Tout cela pour une morale trop convenue qui dit que la dignité humaine vaut bien plus que la réalisation d'un long-métrage. Un plaidoyer humain un peu simple quand on voit le potentiel des degrés de lectures.

 

Même la pluie, de Icíar Bollaín, avec Luis Tosar, Gael Garcia Bernal, Juan Carlos Aduviri (esp., 1h44, 2011)

 

Sortie le 5 janvier 2011

 

La bande-annonce de Même la pluie :

 


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Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
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