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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 12:04

La mécanique s’enraille

 

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Ces farces inconséquentes, plus ou moins tragiques, laissent un arrière goût d'inachevé et un ennui profond causé par le manque de dynamisme.

 

Des légendes urbaines roumaines, Cristian Mungiu et quatre confrères en tirent des courts-métrages reliés entres eux. Ils les appellent Les contes de l'âge d'or. Sorte de manifeste du parti anti-communiste, ils tendent à souligner l’absurdité tragi-comique de la société qui a été fondée. Le point de cristallisation s'appelle Ceausescu, despote omniscient aux tentacules envahissantes. Dans le plus drôle des courts-métrages, les zélés du pouvoir cherchent à modifier les photos officielles pour mettre en valeur le « génie des Carpates ». Aux côtés de Giscard d'Estaing, il doit apparaître comme souverain d'un bloc anti-capitaliste. Mais comme toutes les farces trop lourdes, l'absurdité accouche d'une souris. L'incident aussi cocasse que terrible pour ceux qui vont le subir s'achève là. On passe au suivant.

 

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C'est bien le principal soucis de ces Contes de l'age d'or. Ils ne sortent jamais de l'anecdotique. Chaque portion illustre un pan du non-sens du régime. Chaque fois, quand la comédie ou le tragique est enfin en place, l'histoire s'arrête là, sur un écran explicatif « la légende dit que ». Rien à voir avec les morales finement pensées des contes de l'enfance. Non, c'est juste un élément qui ressort. Ici une illustration des petits trafics de bouteilles vides, là un passage de convoi officiel qui tourne -sûrement- à la catastrophe.

 

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Entre temps : l'ennui. Ces histoires naviguent entre du mauvais Kusturica (déjà que le bonhomme est loin d'être un modèle), où la campagne isolée mais pleine de vie se frotte à un appareil central déconnecté, et chronique sociale peu inspirée. Le meilleur, c'est encore ce couple de voleur de bouteilles. S'il lui manque un peu d'ampleur pour devenir fort, l'histoire de Crina et Bughi illustre bien cette envie de transgression ainsi que la chasse aux interdits mineurs. Le simple fait de mentir leur provoque une excitation presque sexuelle. Le pire se trouve avec cette histoire de cochon à tuer sans bruit dont on ne retiendra encore que le final dérisoire. Mungiu en chef d'orchestre tente une progression dans le dramatique. Le tout dernier plan du film -plein de sens – laisse entrapercevoir toute la force sociale et drôle qui aurait pu se dégager de ces histoires qui, pour le coup, aident bien à s'endormir.

 

Les contes de l'âge d'or, de Cristian Mingiu, Ioana Uricaru, Hanno Höfer, Rãzvan Mãrculescu et Constantin Popescu avec Diana Cavaliotti, Radu Iacoban, Tania Popa (Rou., 2h23, 2009)

 

Disponible en coffret dvd édité chez Why Not Productions et France Inter avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours

 

La bande-annonce de Les Contes de l'âge d'or :

 

 

 

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 20:14

 

L'Illiade chinoise, suite et fin

 

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Suite de l'épopée la plus célèbre de Chine dans un partage malin entre attente tactique et combat décisif épique.

 

Après une première partie grandiloquente et enflammée, la grande bataille peut commencer. Plus besoin de poser les jalons de l'histoire, Les 3 Royaumes partie 2 est déjà au cœur de l'action. John Woo se concentre alors sur l'attente, la loyauté et la tactique. L'oiseau qui ne faisait que conclure avec magnificence la première partie sert en fait de lien sur l'espionnage de Sun Shangxiang. L'occasion de se pencher sur les personnages, plus approfondis dans ce segment plus introspectifs. A la fin des 2h20 du début, le camp des coalisés semble tenir tête au Premier Ministre CaoCao, leur stratégie plutôt sûre et la distinction manichéenne presque évidente. Mais l'observation du camp adverse par Sun nuance ce constat. Par son amitié pour un jeune soldat, l'ennemi retrouve un regard plus humain.

 

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De toute manière, peu importe les combats, l'ennemi se doit d'être au moins respectable. Et hormis la figure de CaoCao, aucun protagoniste ne crée la répulsion. Sous ses airs de combat bien contre mal, Les 3 Royaumes fixe les règles de courtoisie et de respect même entre ennemis. La séance de dégustation de thé juste avant le combat l'illustre, on ne refuse pas l'invitation d'une dame de l'aristocratie. De même, c'est un jeu de malin et une guerre mentale mise en place. L'envoi de cadavres pestiférés, la substitution de flèches grâce au brouillard ou le bluff tactique, autant de phases faussement calme, emplie de tension.

 

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Ce que cette deuxième partie gagne en subtilité, elle la perd un peu en étonnement stratégique. La grande bataille de fin, aussi épique soit-elle, s'avère un peu moins lisible. En même temps, la confusion environnante colle parfaitement à l'état d'urgence général. On pense à la bataille du gouffre de Helm à un tel point qu'on se demande si la légende originelle n'a pas inspirée ce passage des Deux Tours. L'occasion de saluer les performances d'acteurs, jamais forcées. De Tony Leug, au meilleur de sa forme à Zhang Fengyi, impérial en vil belligérant, Les 3 Royaumes se construit dans son ensemble comme l'une des plus fascinantes fresques historiques de ces dernières années. En ressort une violence des corps mais une forme de douceur dans les rapports humains, digne d'une grande civilisation. Épopée glorifiante pour la Chine, elle ne cache pas toute l'implacable logique de morale propre à eux. Le plus beau plan, le tout dernier, résume bien cette dignité aussi froide que chaleureuse. Le duo Zhou Yu/ Zhuge Liang se font face. La caméra de profil les cadre de près, sans besoin du recours au champ-contre-champ et dans un ultime échange, la voie royale de toute une civilisation se remet en marche. Grandiose.

 

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Une expérience enfin accessible et qui mérite de faire des émules. Un merci tout particulier à Nico, sans qui Les 3 Royaumes seraient surement resté encore un moment pour moi en version courte européenne.

 

Les 3 Royaumes, de John Woo, avec Tony Leug Chui Wai, Takeshi Kaneshiro, Zhang Fengyi (H.-K., 2h20, 2009)

 

Articles liés :

 

 Les 3 Royaumes, version longue, partie 1 de John Woo

Critiques de Les 3 Royaumes sur Filmosphère (partie 2 ici)

 

La bande-annonce de Les 3 Royaumes partie 2 :

 


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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 18:12

Les déserteurs

 

 

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Encore un film coréen sur la défiance des autorités, avec cette fois ci un inconnu du public français. Pourtant Lee Song Hee-il a de sérieux argument pour devenir un poids lourd du cinéma asiatique. Et si on oublie quelques maladresses de découpages et de narration, Break Away a de quoi séduire.

 

 

 

Retrouvez la critique complète publiée chez Filmosphère.

 

 

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La bande-annonce de Break away :

 

 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 22:36

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Suites des déboires sentimentales de Bella sur fond de fantastique crétin. Encore pire que le précédent opus déjà bien mauvais.


Malgré sa médiocrité, nous avions laissé une once de bienveillance à l'égard de Fascination, premier épisode de la saga Twilight à sortir au cinéma. L'opus réalisé par Catherine Hardwicke se voyait noyé de ses bonnes intentions par une dramaturgie guimauve et des effets de styles de mauvais goûts. Plus d'excuse avec le deuxième épisode : Tentation. Cette fois ci, Chris Weitz (A La croisée des mondes, Américan Pie) se charge de la réalisation. Or, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il trouve moyen de faire encore pire que sa prédécesseur. Seul point positif, la BO, découverte avant la sortie du film, nous gratifie d'excellents morceaux de Bon Iver, Ok Go, Grizzly Bear, une composition d'Alexandre Desplat et surtout une chanson originale de Thom 'Dieu' Yorke, dont l'intégration dans le long-métrage est la plus réussie.

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Pourtant, le concept Twilight avait de quoi attirer. Plonger le mythe ancestral des vampires et des loups garous dans un monde contemporain, un peu à la Buffy, pourquoi pas. La frontière réel/fantastique chère à Allan Edgar Poe aurait pu être restaurée avec malice. D'autant plus que l'embriquement de péripéties permet de se questionner sur la violence masculine (la peur de Jacob de frapper un jour Bella), sur l'hystérie amoureuse adolescente et sur le renfermement inter-générationnel, les jeunes mettant au ban leurs parents.


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Sauf qu'entre un renfermement irrationnel de la jeune fille éprise d'amour et la débilité, il n'y a qu'un pas pas si évident à franchir. Bella, amoureuse d'Edward mais lâchement abandonnée en retour, se réconforte dans les bras de Jacob, le mystérieux indien. Sauf que ce dernier se révèle être un loup-garous. Alors là on se dit « pas de bol Bella ». Mais son comportement devient presque irrationnel tant elle cherche les problèmes. Elle se met en danger dans des attitudes presque suicidaires, masqué par un « non je sautais de la falaise comme ça. C'est cool ». Okay. Comment ce doux visage peut-il se révéler aussi tête à claque à force de tirer une tronche d'enterrement à chaque plan?


Puritanisme et nudité vulgaire


article-twilight-tentation-4.jpgCette forme d'hystérie se voit alourdie par un rythme lent, lourd et peut entrainant. Il ne permet en rien une forme de psychologie appuyée, mais à s'attarder sur les rêveries de l'héroïne, sur les tergiversations sentimentales dont on se fout éperdument. En revanche, contrairement au premier épisode, Twilight 2 évite toute une série de plans ridicules. Sauf avec les loups-garous. Leur transformation comme leurs déplacements montrent trop l'utilisation basique des trucages numériques. Le conflit de ces bêtes poilues avec les suceurs de sangs n'engendre d'ailleurs aucun suspense, aucune pitié envers quiconque. On prie juste pour que cette mascarade faussement romanesque cesse.



article-twilight-tentation.jpgLà où l'on pouvait avant y trouver une pointe de charme sur les amours contrariés, une espèce de sensualité diffuse palpable, le film échoue complétement avec ce Tentation. En témoigne la vulgarité de la nudité partielle du personnage de Jacob. Il faut, pour attirer un public féminin en pleine éruption cutanée, montrer du biceps trempé, des tablettes de chocolats appétissantes. Un procédé aussi ridicule que les femmes en strings dans les clips bling-bling. A bien y réfléchir, la démarche cinématographique est affligeante. En attendant, les royalties rentrent, l'image du vampire se retrouve biaisée de sa véritable légende et les hordes de fans gobent béatement n'importe quelle idiotie relative à la saga dont, il faut le rappeler, la morale est plus que douteuse. Et dire qu'il reste deux bouquins entiers à adapter.


Twilight 2 : Tentation, de Chris Weitz, avec Kristen Stewart, Robert Pattinson, Taylor Lautner (U.S.A., 2h10, 2009)

 

La bande-annonce de Twilight 2 : Tentation ci-dessous :

 

 

 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:47

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Nouvelle perle venue de Corée du Sud, The Chaser est un thriller haletant. Inégal dans son rythme, il parvient néanmoins à passionner et s'avère plutôt inspiré.

 

Il fait nuit en Corée du Sud. Si possible, avec des trombes d'eaux s'abattant à tel point que les parapluies servent presque de bunkers. La jungle urbaine vit à cent à l'heure. Autant se faire du blé et profiter des envies sexuelles d'une bande de mâles en manque de chair. The Chaser commence donc dans un environnement déjà mille fois vu. Sauf que la musique permet d'office de se sentir envouté par ce qui s'annonce déjà comme un film sombre, très sombre. Joong-ho, bien qu'ancien flic, sévit désormais comme macro bureaucrate. Sauf qu'à force de voir ses filles disparaitre, il se pose des questions. Pas de secrets, le meurtrier se montre rapidement : il s'appelle Young-min Jee et ne ressemble pas franchement au prototype du psychopathe en puissance.

 

article-the-chaser.jpgLe premier film d'Hong-jin Na est tout à fait passionnant. Il convient pourtant de diviser cette réussite en trois segments. Une première demi-heure où l'intrigue se met en place. On s'immerge de l'ambiance, de la lumière, de la tension. La demi-heure suivante, bien que maitrisée parait moins didactique et bizarrement un peu plus inégale. Le réalisateur ne livre sa copie quasi parfaite que durant la deuxième heure. L'étau se resserre, la confrontation devient tendue. The Chaser délivre à ce moment une vague de passages chocs, de courses poursuites sur fond de drame psychologique. L'ancien proxénète devient de plus en plus attachant, de plus en plus en roue libre aussi.

 

Un premier essai convaincant

 

article-the-chaser-2.jpgOn suit le parcours cabossé de Joong-ho qui passe de l'inquiétude à la colère, du pragmatisme à l'attachement. Grâce à une variation du cadrage, le film ne tombe pas dans la train train de l'enquête. Plans serrés sur des visages effrayés ou effarés, lumière minimum pour laisser pénétrer au maximum la noirceur et la moiteur des lieux, contre-plongées dynamiques pour laisser place à l'action et caméra au poing presque stable pour les moments d'attentes, la palette est impressionnante. Un magnifique exercice de style, un peu trop classique, pour Hong-jin Na, encore étudiant au moment du tournage.

 


article-the-chaser-3.jpgLes prestations des acteurs sonnent diablement justes. Pas de cabotinage inutiles, pas d'exagérations des sentiments, ni de fausses rigueurs stoïques selon les rôles. Le découpage de l'image et du son permettent également d'affiner cette justesse. On espère juste que le prochain film du coréen sera plus aventureux, afin d'être surpris et pas « juste » embarqué. Seule marque de mélange des genres, une dose de gore et d'insalubrité propre aux films d'horreur. Mais là encore, c'est du déjà vu proches par certains aspects à Zodiac. Reste que globalement, c'est un premier essai extrêmement convaincant, hypnotique par moment. Chapeau bas !

 

The Chaser, d'Hong-jin Na, avec Kim Yoon-seok, Ha Jeong-woo, Yeong-hie Seo (Cor., 2h03, 2009)

La bande-annonce de The Chaser ci-dessous :


The Chaser sur Comme Au Cinema

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:38

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Enorme succès de 2009, The Wrestler ressuscite la figure (boursouflée) d’un Mickey Rourke bouleversant. Energique et inspiré, le nouveau Darren Aronovsky dépeint une société américaine meurtrie.

 

Mickey Rourke, le retour. Dans The Wrestler, il fusionne avec le rôle de Randy « le bélier », ancienne icône du catch. Darren Aronovsky, déjà auteur du très bon The Fontain et de l’ultra-surestimé Requiem for A Dream, livre ici une œuvre puissante bien que parfois convenue.

 

article-the-wrestler-6.jpgLe cinéaste, pas forcément génie de la mise en scène, arrive ici à plonger le spectateur dans un univers pleins d’à priori. Le catch apparait plus réaliste au 7ème art que dans le réel. Comment est ce possible ? Là où l’on n’assiste qu’à une surenchère de coups surjoués aux commentaires peu inspirés à la télé, The Wrestler montre les vraies souffrances. A ce titre, les 20 premières minutes sont de haute volée. On y voit un Mickey Rourke détruit par la vie. Entailles dans le front, bouts de vitres dans le dos, points de sutures, agrafes, médicaments pour la gonflette, l’envers du décor fait mal. Très mal même quand la caméra ne nous épargne pas la violence physique du show.

 

Impressionnant Rourke

 

article the wrestlerCaméra au poing, filmé de dos, le visage de l’ancienne star de 9 semaines ½ n’apparaît pas tout de suite. Puis c’est le choc. Appareil auditif, cicatrices, visage difforme, celui qui faisait rêver jadis par son sex-appeal effraie. C’est là toute la force de son rôle. Faisant corps avec son catcheur, on y découvre en filigrane le calvaire Mickey Rourke. « Les années 90, c’est de la merde », balance t-il sans concession. Presque autobiographique, le film dépeint aussi un visage de l’Amérique post-Bush. Amoché mais pas atterrée, le pays lutte constamment pour sa gloire, pour son image. Rourke symbolise une nation meurtrie par des années de guerres vaines, par une décadence politique qui cherche à se faire une nouvelle jeunesse. Mais les blessures du temps refont surfaces. Dans le film, cet aspect se traduit par l’arrêt cardiaque, la convalescence et la volonté de renouer avec sa fille (Evan Rachel Wood). L’arrêt cardiaque serait l’Irak, la convalescence le retrait des troupes, et la fille abandonnée serait cette société paumée.

 

article-the-wrestler-2.jpgLa précarité, fléaux des Etats-Unis, se ressent aussi chez le personnage. Pas de quoi payer le loyer, dormir dans sa voiture, se faire avancer l’argent, autant d’éléments faisant écho au manque de protection sociales des catcheurs, métier aux mille amertumes. Sauf qu’Aronovky n’échappe pas à ses petits défauts habituels. Plusieurs fois, il inflige quelques lourdeurs didactiques. Quoi de mieux qu’un zoom appuyé sur le torse cicatrisé de Randy pour montrer la souffrance ? Les passages sur la relation père/fille ne sont pas non plus des plus marquants. Pas besoin de faire pleurer Rourke pour comprendre la déchirure, pas besoin d’enrober ça sous de bons sentiments mal concrétisés.

 

Mise à nue

 


article-the-wrestler-3.jpgA contrario, la relation ambiguë de Randy avec la strip-teaseuse Cassidy (Marisa Tomei, sublime) passionne. Comment cet être déchu peut-il séduire ? Mais plus passionnant encore, c’est cette subtile touche de désamour du public qui arrive à la belle Cassidy. Malgré un magnifique physique, elle est perçue comme trop vieille, ringarde par les clients. Cassidy comme Randy, la tête haute, lutte pour s’en sortir. Aronovsky filme avec un amour non retenue cette femme puissante. Le déhanchement sensuel de la belle est presque moins érotique que cette mère de famille toujours élégante sous son bonnet de laine. Là encore, l’image de l’Amérique revient en tête. Comment, malgré l’usure, paraître toujours au top, sans perdre la face. Il y a une sorte de rébellion en chacun des protagonistes. Etrangement, la scène la plus déchirante montre Rourke/ Randy jouer avec un gosse à un vieux jeu Nintendo. Le môme bien sûr plus dans l’air du temps lui inflige bien malgré lui une leçon sur la modernité. On aperçoit alors un homme brisé, comme dépassé par la complexité de se reconstruire socialement.

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The Werstler, lauréat 2009 à Venise, est un œuvre passionnante. Sa lumière sombre et sa caméra tremblante s’inspire du cinéma social anglais. On regrettera un dernier quart d’heure franchement médiocre, et un combat final des plus raté. Le cinéaste ne nous montre alors plus que ce qui rend le catch détestable : un spectacle d’esbroufe, sans vraie déchirure. Mais même après le générique, le visage hideux du bélier vous hantera. Mickey Rourke version 1980 est mort, vive Mickey Rourke version 2000.

 

 

The Wrestler, de Darren Aronovsky, avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood (U.S.A., 1h45, 2009)

 

La bande-annonce de The Wrestler ci-dessous :

 

 

 

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 23:48

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César 2009 du meilleur film, Séraphine a crée la surprise avec ce biopic agréable et léger. De là à parler de grand film...


Yolande Moreau, plus délicieuse que jamais, incarne Séraphine, femme de ménage à Senlis. Sa rencontre avec Wilheilm Uhde (Ulrich Tukur), mécène du douanier Rousseau, va changer sa vie. Encore un biopic, me direz vous. Oui, mais pas le plus mauvais. Martin Provost dépeint une vie sage et légère. Le destin torturé de Séraphine, femme courageuse et passionnée, offre une légèreté au film.


Le film repose sur l'interprétation lumineuse de Yolande Moreau, de plus en plus attachante. Ses escapades dans les champs, ses nuits à peindre en entonnant des chants religieux, toute sa vie, aussi modeste soit-elle, embarque le spectateur pour une bouffée d'air frais. Alors, on reste devant du cinéma très sage, peu marquant. Provost n'a que faire d'une mise en scène originale, il laisse juste s'exprimer le beau plan, les lumières naturelles, pour planter l'ambiance. Il est avant tout un historien de l'art, et s'attache clairement à la création pictural.

article séraphine

Ulrich Tukur (La vie des Autres, Le ruban blanc, Solaris) offre une magnifique interprétation de cet allemand amoureux d'art. En face, une panoplie de seconds rôles étoffe une intrigue un peu légère. A noter la jeune Adélaïde Leroux (déjà vue dans Flandres de Dumont) qui apporte une grâce sensuelle et une collaboration amicale à Séraphine. On regrettera une fin peu inspirée, avec un rythme faiblissant. Mesrine, par sa maitrise générale, aurait mérité de rafler la mise aux César. Mais on ne peut enlever à ce sympatique long-métrage une douceur intimiste qui fait du bien en ces temps de grisaille ambiante.

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Séraphine, de Martin Provost, avec Yolande Moreau, Wilheilm Uhde, Anne Bennent (Fra., 2h05, 2008)

 

La bande-annonce de Séraphine ci-dessous :

 

 


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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 13:27

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Coppola en grand chef-d’orchestre dans un drame familial sublime où se mêle amour et fausse haine. Magistral.

 

Presque une évidence. Comment aurait-il pu rater son film ? Coppola, bien loin d’Hollywood, devenant d’année en année un auteur indépendant, au parcours inverse de tous les autres cinéastes à succès, revient au cinéma avec Tetro. L’Homme sans Age, guère apprécié, avait pourtant laissé apercevoir la profondeur de la nouvelle vie cinématographique de Francis Ford. Un cinéma audacieux, exigeant, sans la moindre parcelle de hasard.

 

article-tetro.jpgA l’instar de Rusty Games ou du Parrain, le maitre traite encore de la famille, de son existence tragique, faite de rivalités, de mensonges et de souffrances. Bennie revient voir son frère Angelo à Buenos Aires. Ce dernier, dorénavant surnommé Tetro, a coupé les ponts avec sa famille. Chez Coppola, où la fille, le neveu (Nicolas Cage), la sœur, le père sont tous impliqués de près ou de loin dans le monde artistique, les liens de sang et de cœur sont complexes. Un père chef-d’orchestre étouffant, un oncle oublié, des écrits inachevés, ça sent l’autobiographie partielle.

 

Mises en abimes

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On se sent comme au théâtre avec Tetro. La lampe, la porte, la station de bus, tous les éléments semblent placés là par la volonté scénaristique. Tourné dans un noir et blanc très beau, Coppola se la joue auteur original avec des flash-back aux couleurs tristes, à la pellicule abimée. La mise en scène illustre cette grande maitrise de la narration, où l’ambiance est posée d’office. Les 5 premières minutes vous envoutent. Une musique, mélange de chaleur jazzy et de cordes fébriles de guitare espagnole, se fond dans un Buenos Aires calme, presque travesti en ville européenne.

 

article-tetro-3.jpgLe reste du film garde ce degré de maitrise, avec des opéras où sons et images rappellent les envolées felliniennes et où la citation des Chaussons rouges (à voir absolument !) et surtout des Contes d’Hoffman de Powell et Pressburger effleurent la petite histoire familiale dans une scène de dialogue touchante. Mené comme dans une tragédie grecque, l’incarnation des personnages reflète les rêves, cauchemars et désillusions de Coppola. La critique Alone (Carmen Maura) représente ironiquement le côté bilboquet des critiques de tous genres. Le duo Bennie/ Tetro symbolise toute la complexité d’un amour filial difficile à assumer. Les seconds rôles, surtout féminin donnent de l’ampleur à l’ensemble. Vincent Gallo en écrivain refoulé et homme brisé joue merveilleusement et glace le sang par son regard de marbre. Un vrai colosse au pied d’argile (il commence d’ailleurs le film avec un plâtre). Le jeune Alden Ehrenreich (Bennie) fait furieusement penser à Di Caprio ayant hérité de la nonchalance de James Dean.

 

article tetro 4Tetro est un grand film d’auteur, loin d’être opaque. On y lit à travers l’œil de Coppola une fragilité où le drame du quotidien se mêle à une étrange légèreté dans certaines scènes. On en ressort envouté, submergé par la fraicheur avec laquelle celui qui naguère flirtait avec Spielberg et Lucas (qui eux ne sont jamais sortis de la machine à fric hollywoodienne) se fait une deuxième carrière. A la vue de ce Tetro, on se dit qu’une pièce de théâtre serait une bien belle idée. En tout cas, bravo Maestro !

 

Tetro, de Francis Ford Coppola, avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu (U.S.A, Arg., 2h07, 2009)

 



La bande-annonce de Tetro ci-dessous :

 

 

 

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 22:10

affiche-la-merditude-des-choses.jpghttp://nicolasfurno.com/files/planc/35.png

Véritable phénomène en Belgique, cet étrange film suscite un enthousiasme mérité tant son sujet crasseux se retrouve traité de la plus belle des manières.

 

Quoi de mieux en ce début 2010 (au fait, bonne année) que de parler de Merditude. La Merditude des choses – quel titre génial !- correspond à une définition vague de ce qu'est une vie assez pourrie, mais finalement pas insupportable. En voyant la bande-annonce, on s'attend à un film drôle dans le pur délire belges à la manière de Louise-Michel ou Eldorado. Quelques beuveries bien beaufs, aux chansons paillardes sur une « chatte humide », le tout en flamand et sortant de la bouche d'une gamine innocente de 10 ans, ça fait franchement poiler !

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On se marre aussi devant la course de cyclisme à poil ou devant ces 4 frères Strobbe fans de Roy Orbison en pleine engueulade familiale. Mais le réalisateur Felix Van Groeningen ne cherche pas à masquer son sujet derrière des apparats marrants. Ce sujet : la vie de merde, teintée de bêtises d'enfants, d'alcoolisme, d'accidents de vie, de gosses pas assumés. C'est grâce à la dérision des situations que la plupart des moments regardent avec une empathie honorable ces héros du quotidien.


« ma mère? Une pute ! »

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D'abord Gunther, dont on suit en parallèle sa vie d'adulte, qui cherche à honorer sa famille, la décrit aussi pure que brute. Son père, alcoolique et violent, ses oncles, plus ou moins gravement atteint mais toujours attachants. Tous ressemblent à un mélange de Lorenzo Lamasse de la série « le rebelle » et les héros des Beaux gosses qui auraient gardé leur tenues vestimentaires. Il y a aussi la fée du logis : « mémé », femme au dévouement exceptionnel, où avec son courage quotidien les souffrances sont effacées par des bonheurs simples.

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La Merditude des choses est bien un film généreux. Alors on ne rigole pas autant qu'espéré, l'univers s'avère même carrément glauque par moments. Les longueurs de la dernière demi-heure ne plombent que peu la tendresse avec laquelle le réalisateur s'attaque à son sujet. Avoir une vie de merde, malgré tous les dégâts que cela peut engendrer, ça n'est pas grave, tant qu'on le fait dans la bonne humeur. Et comme le dit si bien un ami : « un film en flamand où la phrase qui sonne le plus poétiquement signifie : « ma mère? Une pute » est forcément un film Arte à voir. »

 


La merditude des choses, de Felix Von Groeningen, avec Johan Heldenberg, Koen De Graeve, Kenneth Vanbaeden (Bel., 1h48, 2009)

 

La bande-annonce de la Merditude des choses ci-dessous :

 

 

 

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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 19:19

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Une affiche alléchante réunissant Romain Duris, Charlotte Gainsbourg et Jean-Hugues Anglade pour un drame surfait et ennuyeux.

 

Daniel (Romain Duris) se caractérise par son côté Caliméro. En effet, ce beau trentenaire, la barbe entretenu, le look faussement négligé, est du genre à tailler ses amis et se croire victime d’eux. En amour, tout est compliqué, il aime Sonia (Charlotte Gainsbourg) mais ne sait pas s’y prendre. Il la fait trépigner, la fait souffrir, l’abandonne en espérant attirer l’attention. Sauf que Daniel n’avait pas prévu l’irruption d’un étrange désaxé inconnu dans sa vie (Jean-Hugues Anglade). Le topo de départ du nouveau Chéreau développe lourdement la psychologie autour de l’amour vache, celui qui, charnel, ne trouve pourtant corps que grâce à la distance, aux difficultés.

 

article-persecution.jpgLe principal problème de Persécution réside dans son inconsistance. Les scènes, pour la plupart lourdes, amènent comme un cheveu sur la soupe l’amorce d’une philosophie de l’amour. Si Romain Duris joue plutôt bien, il en fait parfois un peu trop, surtout dans ses tête-à-tête avec Charlotte Gainsbourg. Cette dernière, sorte de victime égarée semble terriblement paumée dans ce mélo où la larme forcée brise le charme d’un film potentiellement passionnant. Seul Anglade, dont le retour au premier plan fait plaisir, tire son épingle du jeu. Son rôle de mec flippant mais agissant comme le double imaginé par Duris arrive à imposer sa présence en paraissant fantomatique. Il s’efface physiquement, laissant sa voix et son regard créer une atmosphère prenante.

 

article-persecution-2.jpgCar tout n’est pas raté dans ce Persécution. Mais un traitement inégal des scènes plombe le projet. Deux passages retiennent l’attention : une discussion entre Daniel et l’inconnu amoureux dans une cour tristounette et  un accident de moto perturbant le personnage de Duris. Ce dernier n’est jamais meilleurs ici que quand il sourit, s’illumine au son de la voix de sa compagne, passe un peu de temps avec les personnes âgées. Sauf que Chéreau rend le personnage assez agaçant, tout comme son film qui aurait pu concentrer plus de force s’il avait tenu en court métrage d’un quart d’heure. Alors une Persécution peut-être pas mais une déception, certainement.

 

Persécution, de Patrice Chéreau avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean-Hugues Anglade (Fra., 1h40, 2009)

 

La bande-annonce de Persécution ci-dessous :

 

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