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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 17:10

Couloir de la mort

 

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En dix-huit séquences pour autant de mise à mort, Alan Clarke cadre un acte en théorie rare qui devient une sorte de geste banal dans le Belfast des années 80 : le meurtre.


 

Au commencement, il y avait Alan Clarke. A Belfast, lieu de tensions religieuses et sociales, Elephant programme dix-huit homicides. Tous froidement exécutés. Dix-huit séquences, au schéma similaire, faites pour porter le coup de grâce à la bonne morale visuelle. Rien n'est épargné. Le sang coule et la vie n'a pas de valeur. Gus Van Sant y a bien puisé toute la force épidermique pour mettre en image la tuerie du lycée de Colombine. A savoir de longs plans, à l’inertie glaçante. La caméra souffre de voir ces corps patauds déambuler vers le trépas. Par dix-huit fois, la mise à mort trouve une horreur nouvelle. Afin de supprimer toute facette ludique à cette répétition de l'acte, Clarke crée de menues variations.

 

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Il commence toujours par un plan d'ensemble, duquel surgit le futur criminel. Sans un mot, il s'approche d'une victime invisible. Quand il peut, il arpente lui-même les couloirs et va chercher à accomplir sa mission. Au pire, il s'arrange pour que la victime lui ouvre la porte. Tous les meurtres se font à l'arme à feu, planquée dans la parka le plus gris du monde. On ne saura rien des motivations. Chaque victime se rend à peine compte qu'elle est piégée. Elle suffoque à peine qu'un second coup mortel lui est porté. Aucune chance de fuir, pas la peine d'espérer en échapper. Insert sur l'arme à feu, entité la plus vivante d'un film sans réel personnage (en tout cas, selon les définitions en vigueur). Seuls des hommes agissent, pas une seule femme. Puis retour au décor initial, inchangé. Comme si l'éclair funeste était déjà oublié. Là, le bourreau repart, plus ou moins calmement. Pour boire une bière ou continuer son combat. Nous n'en saurons rien.

 

Un dernier insert sur le corps sans vie attise l'attention. C'est la seule ellipse spatiale permise. L'âme a quitté l'enveloppe charnelle, la caméra peut aussi se permettre d'être éthérée. L'occasion de constater les dégâts. Effroi garanti. Sans musique, ni parole ou presque, Elephant épure au maximum pour mieux faire ressentir la décharge. Ce qui émeut, c'est le potentiel de vie qui s'en échappe. Un gymnase vide, une allée de promenade au soleil levant, un terrain de foot, tous ces endroits se dédouanent en quelque sorte de la sauvagerie. Une impression de répétition se fait alors sentir. N'a t-on pas déjà vu de ce couloir, n'est-ce pas le même pub, le même assassin ? De l'impression de cercle vicieux découle le mal être le plus profond. La mise à mort ne change rien, mais elle semble indispensable.

 

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Deux variations attirent tout de même l'attention. L'une sur un terrain de foot, ou plutôt un champ de patates. Un cynisme éclot quand on voit l'homme armé taper la balle avec sa future victime. Ce sont aussi les seules paroles proférées. Le jeune garçon voit sa mort. Il ne la conteste pas simplement en fuyant, il prend à parti ses camarades malheureusement impuissants. La fin est-elle donc inéluctable ? Clarke le conteste à ce moment précis. Le second moment un peu différent sert de conclusion. Dans un très long plan hypnotique de deux hommes en marche, rien ne laisse prédire l'ultime variation. Les places de bourreaux et victime se brouillent. Une façon de garder intact le côté imprévisible. Le choc n'en est que plus grand.

 

Elephant, d'Alan Clarke (G.-B., 38min, 1988)

 

Coffret Alan Clarke 3 dvd de Potemkine et Agnes B. disponible. Sur le même dvd qu'Elephant, retrouvez aussi The Firm.

 

coffret alan clarke

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 11:54

This is England

 

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Le parcours destructeur d'un jeune skinhead dans l'Angleterre des années 1980 met en évidence les difficultés de réinsertion sociale.

 

De l'esprit punk surgit la fureur la plus impalpable pour quiconque ne voudrait y voir autre chose que du désordre. Alan Clarke le met en image. Les années 80 destructrice de Tatcher servent de toile de fond. Tim Roth pour ses débuts au cinéma arbore fièrement sa croix gammée sur le front. L'excuse raciale ne change finalement que peu de choses. Made In Britain n'est pas le portrait d'un néo-nazi mais celui d'un jeune perdu comme des milliers d'autres. La transgression est la seule raison de vivre de Trevor. Condamné à aller dans un centre pour jeunes délinquants, il va consciemment choisir de ne pas rentrer dans les clous. Le sourire narquois de Trevor provoque autant qu'il le conforte dans sa posture de petite frappe.

 

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Clarke montre la façon dont la réinsertion sociale est un écran de fumée. Jamais le fond du problème n'est attaqué. Lors d'une scène de morale des autorités, Trevor n'a que faire des démonstrations théoriques d'un des tuteurs. Il n'y a que Harry Parker, seul personnage à l'incarnation sociale (on voit sa famille), qui cherche vraiment à satisfaire l'humain. Clarke montre le jeune homme non pas comme un monstre, mais comme un être désorienté. Les perspectives d'emploi sont quasi nulles. Il se venge en chipant les annonces et en détruisant la vitrine de l'ANPE. L'habit du skinhead ne fait pas le citoyen. Il affiche simplement un signe distinctif pour exister. Son comportement est faussement raciste. Bien qu'il parle de « négros » ou de « youpin », Trevor ne développe pas de discours sur une race supérieure. Il tente mollement de se réclamer « plus anglais » que les autres ; plus une provocation qu'un réel engagement politique.

 

La violence des mots est plus subtile que Scum. Son choc, moins brutal, montre bien la gangrène invisible de la Grande-Bretagne de l'époque. Celle d'une crise sociale où tout est gris. Les bonnes paroles en préfabriqués se moulent à la conformité architecturale de ces villes de prolétaires. Héros nihiliste jusqu'au bout, Trevor préfère s'abandonner à l'anarchie la plus crétine que de s'adapter à un monde qui ne veut pas de lui. Sauf quand il arrive en prison. Là, sa confiance va être ébranlée à coups de matraque. Les « borstal » n'existent plus mais la réprimande la plus sommaire agit encore. Moins manichéen dans sa démonstration que Scum, Made in Britain marque moins les esprits. Pourtant, il ajoute un pan passionnant à la vision désabusée du regretté cinéaste.

 

Made in Britain, d'Alan Clarke, avec Tim Roth, Bill Stewart, Terry Richard (G.-B., 1h12, 1982)

 

Coffret Alan Clarke 3 dvd de Potemkine et Agnes B. disponible.

 

coffret alan clarke

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 14:31

Monde parallèle au jus de chaussette

 

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Bien loin des versions de Disney et de Burton, le film animé de Jan Svankmajer retrouve par le bric-à-brac l'étrange ambiance de Lewis Carroll.

 

L'esprit encore vierge de l'enfant permet à la créativité la plus folle de s'exprimer. C'est en suspens ce qu'exprime Svankmajer dans sa version d'Alice au pays des merveilles. Le réalisateur tchèque, méconnu du grand public, tire ses influences autant de Meliès que d'Arcimboldo (à qui il rend un hommage dans Possibilités de dialogues). Le maniérisme teinté de surréalisme permet à ses œuvres d'exister avec une identité unique. Influence majeure de Terry Gilliam, Michel Gondry ou Tim Burton (Beetlejuice sort la même année), il fait regretter le travail de ce dernier sur Alice. Car la déception que constituait la version Burton n'avait d'égal que l'espoir qu'avait suscité la rencontre de ces deux mondes. Redécouvrir la version de Svankmajer sonne comme un retour aux sources.

 

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Seule une enfant joue un personnage réel. C'est la fameuse Alice, mélange d'espièglerie rêveuse et d'imprudence factuelle. Tout le monde connaît désormais les péripéties de la jeune fille. Changement de taille avec les biscuits et la boisson -ici de l'encre-, le retard du lapin blanc, la reine qui coupe des têtes, le chapelier fou, tout y est mais de façon très personnelle. Du surréalisme, le tchèque en tire la vision freudienne de l'inquiétante étrangeté, cette idée qu'on quitte les contrées calmes de la maison pour s'aventurer dans des univers moins palpables. Le rêve d'Alice constitue en cela une échappatoire parfaite. Les marionnettes ont des looks et des comportements étranges. Le subconscient trouve comme faisceau la force des images. Ce qui provoque l'angoisse, selon le grand Sigmund, c'est le refoulement. Ainsi, la petite fille ne panique que dès que ses évasions semblent trop profondes. La mise en pratique ludique de cette théorie a quelque chose de fascinant.

 

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Et tant mieux, car le rythme très lent et la bizarrerie de l'entreprise peut rebuter. Le film joue des fluctuations d'échelles avec gourmandise. Les marionnettes deviennent des jouets un peu flippant. Les larmes font des lacs, les chaussettes se transforment en serpents et le lapin mange de la sciure. Tout n'est finalement qu'un jeu. Le fantastique transcende le possible. Les rares paroles prononcées par la gamine (du type « say the white rabbit ») constituent le seul fil de connexion entre le style cinématographique et le littéraire. En moins d'une heure et demi, Svankmajer explore au mieux ce que Carroll mettait avec des mots. On redécouvre alors l'étrangeté originelle du premier contact avec la nouvelle. Une sorte de seconde enfance qui met presque mal à l'aise.

 

Alice de Jan Svankmajer, avec Kristyna Kohoutova (Tch., 1h24, 1988)

 

Un extrait d'Alice version Jan Svankmajer :

 

 

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 21:11

 

Satsuke au pays des merveilles

 

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Si Mon voisin Totoro résonne comme étant l'un des films majeurs de Ghibli, c'est surement parce qu'il est l'équilibre parfait entre la douceur joyeuse et une forme de dureté insoupçonnée.

 

Tout le monde connait dorénavant Totoro. Devenu l'emblème des studios nippons Ghibli, la grosse bête aussi tendre que marrante incarne l'imagination. Celle des enfants de ce film et celle des acharnés collègues de Miyazaki. Dans une sorte de réinvention moins malsaine d'Alice au pays des merveilles, cette pépite de 1988 explore non sans poésie l'imaginaire enfantin. Satsuki, la plus grande, entre deux âges, alterne rêverie légitime et prise de conscience du monde adulte. Sa petite sœur Meï, 4 ans, tend à la laisser plonger dans un monde idéalisé. Deux gamines joyeuses mais aux tristesses diffuses. Si elles viennent de s'installer dans une charmante petite maison avec leur papa, leur mère, hospitalisée pour tuberculose, leur manque.

 

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Elles s'enferment d'autant plus dans un besoin d'évasion. Caractérisé par les fameux Totoro et les noiraudes (des boules de suies animées), le film propage avec douceur sa vision écologique du monde. Les humains vivent en harmonie avec la nature, au sein d'une bourgade chaleureuse et aérée. Miyazaki ne fait jamais le choix de confirmer ou d'infirmer pleinement la véracité des Totoro : simple fruit de l'imagination des sœurs ou véritables créatures issues de l'animisme ? Si l'on tend plus à croire à la seconde hypothèse, c'est bien pour nous placer dans la peau d'un Japon qui se doit de garder un peu de sa pureté. Plus encore, les Totoro et autre chat bus cristallisent un idéal.

 

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Mon voisin Totoro s'économise une intrigue superficielle pour ne se concentrer que sur une contemplation de l'enfance. C'est là qu'il y a le plus à voir. Sous les innombrables rires et la légèreté évidente que l'on ressent, tout un pan de cruauté fait surface. Pas de méchanceté ici, mais plutôt la cruauté de devenir grand. C'est cette douleur qui pousse Meï à courir voir sa mère à l'hôpital. Dur de prendre conscience que le monde ne tourne pas exclusivement autour de soi. Encore pire est la tâche de Satsuke, toujours prête à s'amuser dans la grande maison mais capable d'appréhender les réalités du monde. L'adulte ne se rend pas assez compte du manque de compréhension qu'il a à l'égard de ses bambins. Miyazaki nous rappelle notre enfance, quand nos parents nous prenaient pour des menteurs alors que, non, on disait la vérité ! Le père de Meï le comprend et saisit la douleur de sa fille lorsqu'elle jure avoir vu un Totoro. Une scène émouvante tellement elle touche au but.

 

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Le pont entre les valeurs traditionnelles et un monde très contemporain s'exprime ici par un dessin fin et une ambiance agréable. Ce qui ne veut pas dire que l'ère du temps déplait. Elle doit juste se penser en harmonie avec la nature, et avec l'Homme. La forêt regorge de trésors, l'imagination des enfants encore plus. Grâce à celle ci, les graines plantées grandissent. Le Japon doit faire confiance à sa jeunesse. Jamais mièvre, Mon voisin Totoro arbore le statut de chef de file du style Ghibli en affirmant que l'on peut faire des films intelligents pour enfants. D'ailleurs, sorti en 1988 au Japon, c'est devenu une œuvre culte, aux multiples produits dérivés, porte étendard de la culture nipponne. Il cumule une morale contemporaine en puisant dans les légendes ancestrales (le chat bus vient d'une légende de chats qui se transforment, les plantes du jardin sont typiques du Japon des années 1950) et sans occulter les vraies douleurs d'un pays. Sorte de négatif illuminé et optimiste du Tombeau des lucioles, sorti la même année, la boule de poil gardera encore longtemps une empreinte dans le paysage du cinéma d'animation.

 

Mon voisin Totoro, d'Hayao Miyazaki (Jap., 1h27, 1988)

 

La bande-annonce de Mon voisin Totoro :

 


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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 23:09

Sabatchka

 

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Magnifique histoire d'amour entre l'Italie et la Russie hérité d'Anton Tchekhov que les Yeux Noirs construit par un jeu de trop plein de bruits et de silences évocateurs. Somptueux.

 

Afin de démarrer une vraie carrière internationale, Mikhalkov va chercher le vieillissant mais toujours magnifique Marcello Mastroianni et adapte trois nouvelles Tchekhov. On pourrait parler d'amour envahissant de la part du cinéaste pour le seul auteur qui compte réellement à ses yeux. Toute l'œuvre de Mikhalkov se nourrit abondamment de l'auteur du chant du cygne. Les yeux noirs est un scénario mêlant trois nouvelles de l'écrivain. A savoir l'ordre d'Anna, Ma femme et la dame au petit chien. Le film commence sur un paquebot, où deux hommes se croisent par hasard et commencent à discuter. Romano, un italien au charme indéniable, se livre alors à raconter son amour pour une belle russe perturbant le paisible cours de sa vie.

 

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Cinématographiquement, Les yeux noirs joue sur les trop-plein de la mise en scène. Mastroianni, magistral, y cabotine avec bonheur. Par bribes, on ressent l'hommage appuyé à Fellini. Ne serait-ce que par la folie auditive et visuelle de situations cocasses. De loin l'aspect le moins intriguant du film, cette comparaison donne à imaginer les saveurs colorées des paysages italiens et russes. Un enchantement paradoxalement subtil et étouffant. Mikhalkov fait parti de ces cinéastes de la démonstration. Les effets de caméras et les dispositifs se voient, se montrent volontairement. Et tant mieux. Car Les yeux noirs à beaucoup à dire. Certes, il y a une forme de bouffonnerie immédiate, dans les pitreries amoureuses des personnages, leurs constructions volontairement caricaturales.

 

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Oui mais voilà, par des touches non sans rappeler la délicatesse de Max Ophuls, le russe traite de l'amour et ses contrariétés. Mastroianni incarne le mâle dans sa nature la moins glorieuse : lâche. Voici un être incapable d'être sincère face aux femmes. Les femmes, elles, ont toujours un temps d'avance. De son épouse à son amie en passant par sa maitresse, les dames entourant le héros de l'histoire ne cessent de l'avertir en filigrane qu'il est un humain déjà foutu. Mikhalkov remue le couteau dans la plaie en jouant des symétries de situations. Des silences évocateurs contrastent d'autant plus avec la fureur constante de l'ensemble. A ce titre, Les yeux noirs est une œuvre qui fait mal, dont le sujet brise par moment le cœur.

 

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Impossible de ne pas remarquer à quel point le film tient avant tout de la performance d'acteur de Mastroianni et des actrices autour de lui. Les personnages ne décrivent que des archétypes, mais à chaque fois un détail (un geste maladroit, un dos massif en plongée, des verres qui trinquent) fait sortir cette histoire de cœur de l'anecdote pour l'embarquer dans la grande romance dont Tchekhov lui même aurait surement été fier.

 

Les Yeux noirs, de Nikita Mikhalkov, avec Marcello Mastroianni, Marthe Keller, Elena Safonova (U.R.S.S., It., 1h57, 1987)

 

Un extrait de Les Yeux noirs :

 


 


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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 22:32

 

Les âmes miraculeuses

  Test en collaboration avec Cinétrafic

 

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Retracer un bout de vie de martiniquais tout en portraitisant l'ile, c'est le tour de force de l'immense Rue Cases-Nègres. D'autant plus remarquable dans sa façon de se réapproprier les codes du film d'aventure et de mettre en valeur un environnement sublime.

 

Dans le genre destin d'enfant pas toujours sage, on retient généralement Un sac de bille ou Poil de carotte ou Les malheurs de Sophie. En 1983 sortait pourtant l'adaptation cinéma de Rue Case-Nègres, roman autobiographique de Joseph Zobel. Au milieu des Kebe martiniquais, les vrais créoles vivent tant bien que mal au sein d'un système post-esclavagiste avec un racisme latent. Du moins en théorie puisque Rue Cases-Nègres se déroule dans les années 1930 et que l'exploitation de la main-d'œuvre, la pression coloniale et les conditions de travail ressemblent à s'y méprendre à de l'esclavage. Pour en revenir aux marmots turbulents, Rue Cases-Nègres suit le jeune José, entre réussites et échecs scolaires.

 

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Ce sont surtout des moments de vie incomparable. Avec sa bande d'amis, il pique de l'alcool, casse un bol hérité de la mère, font Les 400 coups en quelques sorte. Le film distille une joie de vivre que certains diront traditionnelle chez les gens des Antilles. Sans aller jusqu'à cette caricature, on retrouve cette philosophie optimiste éprise de culture africaine qu'aimait Aimé Césaire. Car Rue Cases-Nègres n'a rien du petit film biographique sans enjeu. C'est au contraire un grand classique de 1983. Classique par cet apport humaniste et intelligent. José grandit entouré de personnes riches en enseignements bons ou mauvais. Une grand-mère dévouée incarnée généreusement par Darling Legitimus (la grand-mère de l'ex-Inconnus), un vieux sage adepte de la négritude (l'immense Douta Seck) comme un kebe refusant le métissage, la jeunesse de José permet aussi de brosser les portraits d'une société passionnante.

 

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Quel autre film peut se targuer de dresser le portrait d'un pays- au sens géographique- tout entier. Avant tout par cette ahurissante perfection formelle. Euzhan Palcy n'en était qu'au début de sa carrière. Si le budget dont elle a disposé lui a surement permis d'accorder un soin particulier au images, le résultat détonne toujours autant. La version remasterisée du dvd fait encore plus ressortir la finesse du grain. Les couleurs du soir ou de la nuit immergent le spectateur dans un film très spécial : le film d'aventure. Aussi étonnant que cela puisse paraître, bien des séquences pourraient faire penser à du Indiana Jones. Pour preuves, ces grandes marches au milieu des champs de cannes, Fort-de-France en destination rêvée, l'initiation au coin du feu de José.

 

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Il y a même quelque chose de proche du western dans cette sorte de mise à mort sociale de son ami d'enfance Leopold. Visage crasseux, véhémence d'une foule révoltée, apparition du héros pour un adieux, poussières remplissant une ville vide, Rue Cases-Nègres fleurte alors avec Sergio Leone. Tous ces tableaux, sorte de déplacement spatial des grands peintre néerlandais, tant le travail sur les lignes et la lumières rappellent Vermeer autant que Barry Lyndon. Le métrage avait tellement mérité ses multiples récompenses dont le Lion d'argent 1983 de meilleure interprétation féminine. Ce sont un peu tous les acteurs qui sont reconnus, dont le jeune Garry Cadenat espiègle et émerveillé à souhait. L'utilisation d'amateurs pour le reste du casting (les coupeurs de cannes l'étaient dans la vraie vie, mode décliné pour les autres corps de métiers) et la reconstitution minutieuse d'une rue Cases-Nègres aident encore à une immersion totale. Le terme de chef-d'œuvre semble bien adéquat.

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Test dvd : Carlotta vient tout juste de remasteriser le film, afin de profiter au mieux des splendides tableaux que les images nous offrent. Si un effort fut fait au niveau du son stéréo, certains dialogues pris approximativement durant le tournage restent étouffés. Du côté des bonus, en plus de la jolie galerie photo et de la traditionnelle bande-annonce, deux petits documents viennent enjoliver cette édition. Une intervention de Euzhan Palcy devant des collégiens pour raconter son expérience et surtout une interview plus complète avec elle. Elle revient sur la genèse du projet, ses difficultés de faire financer un film avec des « nègres » (sic). Les interventions de Truffaut et Nedja l'aidèrent beaucoup, tout comme la participation financière de toute la Martinique et d'un certain Aimé Césaire. Le documentaire raconte plus classiquement le tournage, les choix d'acteurs et les symboliques. En guise de cerise sur le gâteau, le dvd contient un livret écrit par Joseph Zobel passionnant.

 

Rue Cases-Nègres, de Euzhan Palcy, avec Garry Cadenat, Darling Légitimus, Douta Seck (Fra., Mart., 1h43, 1983)

 

La bande-annonce de Rue Cases-Nègres :

 

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 17:59

L'amante

 

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Le décès de Bruno Cremer vient nous rappeler qu'il fut plus qu'une version mollassonne de Maigret. C'était aussi un grand acteur qui trouva avec Noce Blanche le réceptacle de son talent.

 

On a longtemps loué l'audace de Jean-Claude Brisseau d'avoir choisi la toute jeune Vanessa Paradis pour le rôle de Mathilde, énigmatique adolescente charmeuse dont la nudité régulière crée un malaise palpable chez le spectateur. La principale intéressée garde d'ailleurs un douloureux souvenir d'apparaitre autant nue à l'écran et sur le tournage. Mais s'il ne faut pas parler d'audace concernant le choix de Bruno Cremer, c'est au moins une récompense que ce rôle difficile et très sensible. Celui-ci avait déjà tourné dans Un jeu brutal et De bruit et de fureur avec Brisseau. Ici, il hérite d'un rôle doux, malgré la carrure imposante du bonhomme.

 

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Brisseau parvient à faire ressortir plus qu'à l'accoutumée ces yeux bleus à la mélancolie et à la compréhension palpable. Le menton en galoche, le nez crochu s'effacent au profit d'épaules protectrices et une force d'ours faussement empâtée. Noce Blanche est un film hautement intellectuel, un peu piégé des tics auteuristes qui font finalement sa saveur. Le personnage de Cremer, François Hainault, a beau être prof de philosophie, grandement passionné par l'inconscient, il n'en demeure pas moi témoin de sa perte de contrôle sentimental. A la fois exécutant et exécuté, Hainault offre à sonder l'esprit masculin mûr sans jamais tomber dans le didactique. Brisseau préfère envahir l'écran d'émotion avec un musique aussi langoureuse que paniquante.

 

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Le malaise constant d'un tel amour aux rapports compliqués (mineure/majeur, élève/prof, jeunesse égarée/homme tranquille) culmine lors d'un petit jeu d'équilibriste quand Mathilde attend son bien-aimé sous un porche de l'école, aspirant son soupirant à l'abri des regards. Par un dispositif malin, la caméra cadre large avec en bas le couple et au dessus les profs ne se doutant de rien. Jean-Claude Brisseau parvient à une intensité sexuelle et une rage de vivre grâce à la pudeur très finement calculée. Que ça soit lors d'une crise de jalousie de François ou avant une étreinte, sa caméra aime esquiver. Soit en restant en dehors de la maison, soit en faisant du paysage un obstacle naturel au voyeurisme. En témoigne cette main tendue de Mathilde allongée dans les hautes herbes, entrainant son amant dans des caresses dont nous ne verrons rien.

 

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Pas la peine puisque la gêne est là. L'environnement hostile (légitimement ou non), à savoir la femme trompée, les collègues, les autres élèves, un père fantôme, rodent comme des menaces pour eux, mais aussi peut-être comme des exutoires à une relation un peu folle. Brisseau extériorise toute l'irrationalité de l'amour, irresponsable même chez des êtres à priori ayant du recul. On excusera volontiers la tendance à dramatiser et théâtraliser un peu trop les évolutions des personnages et les nombreux faux-raccords pour ne retenir que ces instants purs où un simple « tu me manques » de la voix de Cremer suffit à déranger. Un dernier plan nous montre Bruno Cremer, évasif bien que statique, contempler le soleil s'en aller au loin. Il est désormais parti le rejoindre. Bon voyage.

 

Noce Blanche de Jean-Claude Brisseau, avec Vanessa Paradis, Bruno Cremer, Ludmila Mikaël (Fra., 1h32, 1989)

 

La bande-annonce de Noce Blanche :

 


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27 juillet 2010 2 27 /07 /juillet /2010 18:24

 

Plus dure sera la chute

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Le célèbre film de boxe aura consacré Martin Scorsese comme le plus reconnu des cinéastes de son temps. Un entame de décennie qui ressemble à un âge d'or du cinéma hollywoodien.

 

Scorsese avait déjà fait ses preuves durant les années 1970, de Mean Street à Taxi Driver en passant par New-York New-York, s'imposant alors comme un des leaders de la fin du Nouvel Hollywood (plus dans la veine de Coppola et Spielberg que Casavettes ou Altman). L'italo-américain atteint son apogée en cette année 1980 avec ce qui reste l'un des films préféré du public et de la critique : Raging Bull. A bien des égards, il s'incarne en Jack La Motta à travers un alter-égo spécial en la personne de Robert de Niro.

 

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Dans Raging Bull, le rêve ultime de La Motta est de devenir un poids lourd. Conquérir le monde ne lui suffit plus, il s'enferme peu à peu dans une paranoïa égocentrique qui l'amènera certes à son apogée, mais le conduira à une déchéance aux conséquences pondérales et esthétiques évidentes. Scorsese, farouche admirateur du boxeur, se sert de la trajectoire de l'ex-terreur des rings pour exorciser une peur. Celle de la chute. Comme si, entre grandeur et décadence, il se prévenait d'une éventuelle déchéance à venir. Car le cinéaste a déjà une notoriété folle. Taxi Driver notamment a offert une dimension populaire à celui qui côtoie pourtant une génération de géants. Puisqu'on ne change pas une équipe qui gagne, il refait appel à De Niro.

 

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Actors studio

 

Sa performance exceptionnelle, connue de tous, pousse encore plus loin le jeu de l'actors studio. Les gimmicks faciales, la prise de poids, le jeu de sa voix rauque font de De Niro l'acteur ultime dans son genre. Plus personne n'a pu le dépasser (lui qui vient à ce moment de renvoyer dans les cordes le Marlon Brando du Parrain). Toute la décennie 1980 sera marquée par cet apport massif et ultra sûr de lui du cinéma hollywoodien. Pour le meilleur, comme ici ou chez DePalma, et pour le pire quand on voit les séries B décérébrées et reaganiennes qui déboulent. Raging Bull se permet pourtant de créer une fausse continuité avec le cinéma de l'âge d'or. A savoir des créatures féminines élégantes aux parures divines, des hommes forts et déterminés, une topologie de quartier finement découpée et illustrée, un bourdonnement étatique aussi lointain que prévisible.

 

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Vickie (Cathy Moriarty) illustre cette espèce d'égérie hollywoodienne, comme si une Gene Tierney à la blondeur outrageuse venait de débarquer sur les plateaux. Et puis, très vite, par la violence qui se dégage du film, on comprend qu'on est dans autre chose. Sur les Quais avait déjà franchis un pas en plein maccartisme dans la façon de montrer une violence envahissante mais Raging Bull va plus loin. La puissance incroyable des scènes de combats contraste avec la fausse douceur huppée des soirées dans les bars et le cocon désincarné de l'appartement de La Motta. Les musiques jazz et le noir et blanc si cossu ne font que mettre en valeur la bestialité féline de Jack. C'est à coup de ralentis, de photos et de sfumato -comme se plairaient à le définir les amateurs de peintures- que le ring prend une place centrale. Une méthode qui permet au métrage d'avoir peut-être l'une des plus belles intro de l'histoire du cinéma. Concrètement,  le réalisme détonnant des rounds  impressionne. L'insistance sur les coups et les blessures symbolise d'une certaine manière à quel point la boxe, à l'instar du cinéma, est un don total de soi, jusque dans les moindres retranchements. Jack ne craque qu'une fois et c'est quand, par arrangement, il n'a pas tout donner sur le terrain. Rien de pire que de perdre avec des regrets.

 

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Et Scorsese, des regrets, il n'en veut pas. Il sait que le don de sa personne est inhérent à une passion dévorante, devenue depuis moyen et raison de vivre. Si bien que la violence qui se trame en dehors des combats prend presque le pas après coup. La boule de nerfs qu'est Joe Pesci (son meilleur rôle) cristallise les relations tumultueuses entres frères. Le fameux «you fuck my wife ? » n'est que le point de rupture d'un fossé mental qui sépare Jack du reste monde, jusqu'à son frère dévoué. On se demande continuellement quand il va péter un plomb. Est-ce quand il gouaille et lance des jurons, quand il menace, quand il regarde fixement, ou quand tout semble aller bien ? Par de nombreux plans fixes, de longues insistances de regards, Raging Bull enferme dans une prison dorée un être à la puissance auto-destructrice unique. C'est bien grâce à cette méthode que le film happe comme peu d'autres savent le faire. Plus qu'une référence, une sorte d'héritage lourd et difficile à évacuer, Raging Bull concrétise le succès de Martin Scorsese. Victoire par K.O.

 

Raging Bull de Martin Scorsese, avec Robert de Niro, Joe Pesci, Cathy Moriarty (U.S.A., 2h04, 1980)

 

La bande-annonce de Raging Bull :

 

 

 

 

 

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 15:21

Les feux de la rampe

 

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Le maitre italien pleure la fin du spectacle digne en raillant la télévision avec deux grandes gloires du cinéma de l'âge d'or du cinéma italien: Guilietta Massina et Marcello Mastroianni dans les rôles de légendes du cabaret.


La culture de masse arrive à son paroxysme dans les années 1980. L'empire américain se renforce après les crises pétrolières sous l'impulsion de Reagan. Le néo-libéralisme en sort grandit. Dans ce contexte, la culture s'adapte au fur et à mesure. L'essor de la télévision influe aussi sur la culture. Fellini intente un procès à Berlusconi qui coupe les films en télévision par de la publicité. Bras de fer perdu. C'est dans ce contexte à la fois nostalgique et indigné que le grand Frederico sort Ginger & Fred, réponse cinglante mais drôle à l'industrie du spectacle.

 

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Pour se faire, deux légendes, sa femme, Giulietta Massina (La Strada, Juliette des Esprits) et son protégé de toujours Marcello Mastroianni, inoubliables dans Huit et Demi, La dolce Vita ou La Notte (d'Antonioni). Ces deux grandes gloires incarnent d'anciennes stars de la danse et des claquettes invitées à une émission de télévision. Le spectacle classique est démodé, seul l'éphémère de la télé prime. Fellini, depuis des œuvres plus intimistes des années 1970 avec Amarcord ou le téléfilm Fellini Roma, a entamé un tournant moins épique, moins grandiloquent. Dans Ginger et Fred, il s'amuse de sa capacité à créer de la beauté en image et de la mocheté dans les cœurs, ou l'inverse, c'est selon. L'émission « c'est à vous » dans laquelle le duo doit se produire ressemble à s'y méprendre au musée des horreurs et du voyeurisme. Des nains, un travlo, un prêtres lévitant, une vache, tout ce beau monde sert de joyeux cirque qualifié par Ginger de « chienlit ».

 

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Figures imposées


Si le film est à bien des égards drôle, c'est avant tout grâce aux archétypes demandés pour l'émission. Les trajectoires inventives des bêtes de foires sont tour à tour cocasses, surréalistes, voire burlesques. L'inteligentia y est moquée avec force dans une scène où Fred Astaire leur sort des vers salaces en se prenant faussement au sérieux. Si leur réponse ironique se résume à des répliques du genre « ça me rappelle des traits d'Apollinaire ! », leur posture intellectuelle prête à sourire. Le parallèle avec certaines figures du monde médiatique d'aujourd'hui saute aux yeux. Se cacher derrière une étiquette pour se permettre n'importe quelle réflexion et avoir un regard voyeuriste, voilà qui dégoutait Fellini. Plus généralement, il s'amuse à décaler les dires des actes. Un majordome se plaint que le foot n'est devenu qu'une machine à fric sans âme au moment même où il accepte sans vergogne son généreux pourboire.

 

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La télé n'est qu'un spectacle artificiel où le public applaudit grâce à un chauffeur de salle pour faire croire à l'enthousiasme. Pire qu'un parc d'attraction puisqu'au moins la joie y est réelle et innée. La beauté spectrale du couple de danseur sert à contrebalancer, non sans nuance, cet univers de sentiments artificiels. Le retour caustique de Pipo (le vrai nom de Fred) se fait sur quelques notes pianotées. Le défi physique de redanser se concrétise par d'émouvantes retrouvailles à l'abri des caméras. Le visible à l'écran importe peu. L'enjeu des coulisses, les liens amicaux et d'estimes apportent plus au résultat final que les décors aveuglants du studio d'enregistrement. Tourné dans les mythiques (mais mourant) studios de la Cinnecittà, le film de Fellini résonne comme l'ultime déclaration d'amour à l'âge d'or du cinéma italien englouti par un monde qui ne lui ressemble plus. Aussi beau et touchant que les pas de danse du vrai couple Ginger et Fred.


Ginger & Fred, de Frederico Fellini, avec Guilietta Massina, Marcello Mastroianni, Franco Frabrizi (It., Fra., All., 2h05, 1985)


La bande-annonce de Ginger et Fred ci-dessous :

 


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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 15:22

 

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Cameron aime tout foutre en l'air, et s'en vante. Sauf que ça n'est pas forcement pour le meilleur. Exemple frappant ici où il dénature complétement la franchise de Ridley Scott à coup de militaires bêtes et d'incohérences malvenues. Presque amusant.


7 années se sont écoulées depuis le 1er Alien. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le passage derrière la caméra par James Cameron retourne le mythe. Adieu le film à ambiance, le cinéaste préfère l'épouvante d'action pure. Un film dans l'air du temps en 1986, alors que le bloc de l'Est s'effondre face à une Amérique reaganinenne sûre d'elle. Fini le traumatisme du Vietnam, les USA bombent le torse. Ça se ressent dans son cinéma. Le Blockbuster massif triomphe. Déjà en 1984, le succès de Terminator par ce même Cameron donne le ton. Spielberg est le plus réputé des réalisateurs hollywoodiens grâce aux Indianna Jones et à E.T. 1986, c'est aussi l'année de Top Gun. S'il ne faut pas occulter la diversité des sorties, ce vent très conquérant, souvent militaire, révèle une forme de confiance presque agaçante des USA. Nous sommes aux antipodes de la crise post-Vietnam de 1979.


article-aliens-le-retour.jpgJames Cameron change le projet Alien dans ce que ça a de plus exubérant et de plus ridicule. L'alien n'est plus seul, mais des milliers de congénères envahissent l'écran. Fini de les considérer comme des potentiels objets d'études à l'intelligence raffinée. Quand la créature du premier épisode dissémine l'équipage, on peut penser qu'elle le fait comme par peur, perdue dans ce vaisseau. Jusque dans la fin où elle cherche à abandonner le vaisseau sur le point d'exploser. Pas de considération compatissante pour Aliens le Retour. Ils sont juste mauvais, prêt à tout pour pondre. Leur intelligence perfide n'a pour but que de faire du mal.


Fini la tension due à l'absence, la frousse de voir un monstre débarquer. Cameron n'adopte cette peur que lors de l'arrivée des armées sur la planète. Ce segment s'avère de loin le plus intéressant car jouant sur les défaillances de la technologie humaine. Les armes sophistiquées ne peuvent pas tout, les humains s'adaptent tant bien que mal aux conditions dantesques de l'expédition. Une bonne impression vite effacée dès que les premières attaques commencent.


article-aliens-le-retour-2.jpgTout doit être plus gros, plus spectaculaire : la planète, le vaisseau, le nombre de soldats, les biceps des marines... Alors bien sur, les militaires sont raillés, un peu tournés en dérision. Sauf que le film ne se plait qu'à bourriner. Il inhale la subtilité qui faisait le charme de la version de Scott. On tombe au fur et à mesure dans le film d'action le plus banal avec effets spéciaux tape à l'œil. Ça n'aurait pas été gênant s'il n'y avait pas eu un univers cohérent créé auparavant. Quelques exemples simples: la planète où réside des Aliens semble comme la notre ; il pleut, la combustion du feu est possible et nul besoin de casque à oxygène pour les équipages débarquant. Sauf que chez Scott, l'expédition demande des précautions infiniment plus grandes, avec casque pour respirer. Trop subtil pour ce surestimé de Cameron. Comment arriver à croire que des soldats entrainés, longuement prévenus de la dangerosité des acides, puisse se battre à bras nus ? Un acide détruit n'importe quel sol mais ne provoque aucun désagrément au véhicule qui écrase allégrement l'un d'entre eux, bizarre. Comment concevoir enfin la défiance si facile des militaires envers l'autorité ?


article-aliens-le-retour-3.jpgLe but évident n'est pas créer un univers cohérent, juste d'utiliser la saga à des fins divertissantes. Un beau gâchis en somme. Le seul point de vue vraiment attirant dans cette œuvre est d'intégrer un personnage auquel on s'identifie. La petite fille a environ 6 ou 7 ans, soit l'âge d'écart entre les 2 épisodes. C'est une survivante, comme nous. Et comme elle, nous sommes dorénavant habitué à la terreur de ces êtres. Sigourney Weaver devient un peu notre ange gardien, car on devine qu'elle est la seule à pouvoir survivre. Un principe mené à terme quand elle demande « on peut dormir maintenant? ». Oui ma petite, on peut dormir, Cameron a fini de massacrer une belle franchise.


Aliens le retour, de James Cameron, avec Sigourney Weaver, Michael Biehn, Lance Henriksen (U.S.A., 2h11, 1986)

 

Articles liés :


- Alien le huitième passager de Ridley Scott

- Alien 3 de David Finsher (pas encore publié)

- Alien 4 de Jean-Pierre Jeunet (pas encore publié)


La bande-annonce de Aliens le retour ci-dessous :

 

 

 

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