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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 14:56

Du muet parlant

Présenté au club 300 Allociné

 

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L'hommage intelligent au cinéma passe par une passerelle entre l'époque et aujourd'hui. La fibre émotive et esthétique de The Artist en est la preuve. Hazanavicius est décidément très doué.

 

Le cinéma de 2011 n'en fini plus de rechercher son identité d'enfant. Que ça soit dans les hommages de Super 8, dans le regard que le 7ème art porte aux bambins ou dans ses explorations préhistoriques avec Herzog, il y a comme une crise d'identité à l'heure du passage au numérique. La grande qualité de The Artist est de ne jamais recourir à une nostalgie faite de naphtaline. En clair, si Hazanavicius, sorte d'encyclopédie améliorée du cinéma, rend hommage au cinéma muet, il ne se perd à aucun moment dans la complainte. Après deux OSS 117 et le célèbre La classe américaine : le grand détournement, le cinéaste revisite le passage du muet au parlant avec une grande vivacité. La mise en abyme est fascinante. Son tournage en noir et blanc avec un format ancien (1:33, comme les vieilles télés) regarde un comédien du muet, George Valentin, faire rire le public dans les salles de 1927. Plusieurs fois, Hazanavicius pose son cadre un peu en biais de l'écran. On assiste aussi bien au spectacle sur l'écran que dans la salle. En ressort cette impression classique qu'on nous observe en quelque sorte en train de regarder un film d'époque.

 

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Cela ne veut pas dire que The Artist se regarde le nombril. Au contraire, il est un éventail d'hommages moins parodiques que les précédentes réalisations d'Hazanavicius. Chacun y revit ses grands moments de découvertes cinéphiles ou se forge un premier contact au muet. Le travail de la photo et la minutie des décors rappelle vraiment le travail des productions de la Keystone ou de la Warner. Une époque où la production se faisait à la chaîne ; des films drôles, aux trames souvent semblables, toutes tournées en décor d'intérieur. Là où The artist dépasse ce postulat, c'est qu'il raconte une histoire plus intimiste, plus fine, presque aussi minutieuse dans la création des personnages que Chaplin (la comparaison s'arrête là). Le film convoque moult références. La mise en scène évoque les escaliers en coupe du Cameraman, les danses de Fred Astaire et Ginger Rogers. Loin de se limiter à un registre, The Artist va aussi lorgner du côté de Fritz Lang, Orson Welles, Billy Wilder (Sunset Boulevard). L'avalanche de références ne doit pas effrayer, elles ne viennent pas alourdir le propos.

 

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La douceur de la narration mène la mélancolie par des chemins pas si courant que ça. Le personnage de George Valentin souffre du passage au parlant pendant que la belle Peppy Miller signe le renouveau d'Hollywood. Une belle parabole de toutes ces stars déchues avec l'arrivée du parlant. Leurs voix cassaient la magie d'antan. Dans ce film, Valentin n'a rien de l'exception Chaplin, qui continua contre vents et marées à faire du muet avec succès (du moins pendant un temps). Valentin ressemble plutôt à ces idoles brisées par un système cynique mais indispensable. Le mutisme forcé de Dujardin renforce encore la puissance du désarroi.

 

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Troublant de voir le dernier prix d'interprétation à Cannes se réapproprier des airs d'Errol Flynn et de Douglas Fairbanks avec un visage qui lui est unique. Son sourcil relevé lui confère une allure unique. Pareil pour Bérénice Bejo dont on jurerait voir une actrice d'époque. Les chorégraphies de chaque scène sont un régal. A tel point que quand le film travaille plus l'intime, une légère baisse de rythme se fait sentir. Le temps d'une scène de convalescence, on tombe presque dans le film noir, musique à l'appui. L'évolution de la situation fait même oublier le burlesque de base pour évoquer en mode glamour la face sombre du métier de comédien. Rayon acteurs justement, les présences de fortes carrures comme John Goodman ou James Cromwell augmentent encore la magie de l'univers. Plus malin encore est l'apparition de Malcolm McDowell (Orange Mécanique) dont on ne dira rien. Finalement, The Artist n'a pas grand chose d'une parodie. Il est un hommage à une époque et à l'éternel renouveau du cinéma. Et ce jusque dans son affiche, l'une des plus belles vue ces dernières années.

 

The Artist, de Michel Hazanavicius, avec Jean Dujardin, Bérénice Béjo, John Goodman (Fra., 1h40, 2011)

 

Sortie le 10 octobre

 

La bande-annonce de The Artist :

 

 

 

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Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
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commentaires

Antoine 13/10/2011 19:36



D'accord avec toi sur le film.


Lang, que je connais bien, je ne l'ai pas trouvé. Il était où ?



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