Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 15:37

Les aventuriers d'un âge perdu

 

affiche-stake-land.jpghttp://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

Sorte de film miroir à la Route, le monde horrifique de Stake Land livre une vision néo-religieuse d'une humanité contemplée avec lucidité.

 

Tout le monde se souvient certainement de La route, à la fois livre génial de Cormac McCarthy et adaptation réussie de John Hillcoat. Stake Land apparaît comme une sorte de miroir plus brut de décoffrage. Le fils sans nom de La route expiait le présent en espérant un futur mois âpre. Dans Stake Land, le jeune orphelin Martin rêve aussi d'un avenir. Celui de tout film post-apo, où un Nouvel Eden (c'est littéralement son nom ici) regorge d'humanité. Jim Mickle convoque tout un tas de références du genre et semble de prime abord ne pas déborder des cadres. Pourtant, entre les lignes, son film élabore tout un programme de reconstruction humaine. Cela passe d'abord par une caractérisation des personnages. Dans ce long périple, des vampires (plus proches de ceux de Blade II que ceux deTwilight) inhalent les dernières forces vivantes.

 

article-stake-land.jpg

Le vampire comme figure de l'au-delà se forge sur une lecture religieuse tout à fait passionnante. Non pas comme dans Le Livre d'Eli où, en simplifiant, la reconstruction et la destruction humaine passaient par l'utilisation des préceptes bibliques. Ici, le religieux ne retient de bon que la pitié d'autrui et la dévotion à son prochain, caractérisée principalement pas le personnage de la Sœur, océan de douceur maternelle. Elle est une sorte de madone apaisée sous ses grands yeux pleins de bonté et ses cheveux grisonnant faisant foi d'expérience. Plus subtilement, le mentor de Martin, père de substitution, a tout de l'application de préceptes protestants : « aimer son prochain ». Cela n'a rien d'une thèse lourde, mais toute la culture chrétienne y transparaît. En face, le contrepoids se fait par l’idolâtrie de l'apocalypse sur terre. Le dogme tombe aux mains de sectes folles permettant aux monstres de la nuit d'envahir les territoires américains.

 

article-stake-land-2.jpg

Dans son chemin de croix vers le Nord, le groupe à taille variable choppe les routes de traverses, se planque dans les bois. Par un montage malin, Stake Land alterne violence frontale des assauts nocturnes et douceur extatique. La musique au piano rappelle qu'il est temps de respirer. Un poil linéaire, le film trouve à chaque fois un nouveau souffle de vie en faisant de ses personnages non pas des rouages mais de potentiels paris sur l'avenir. Les destinées sont souvent cruelles, voire inattendues, mais jamais gratuites. Belle, une fille enceinte, cristallise un temps tous les espoirs d'avenir. Le Mister -antihéros classique  et mentor du jeune Martin – est aussi un personnage plein de ressource.

 

article-stake-land-3.jpg

Stake Land pourra ennuyer ceux qui ne voient dans son programme qu'une variation de plus au monde des Hommes sur le déclin. C'est passer à côté d'une superbe ambiance, mise en place en une dizaine de minutes. La voix off calme du jeune héros en narrateur, les plans contemplatifs et l'élégance formelle du cadre s'ajoutent à de très belles scènes. Comme lors d'une arrivée à un checkpoint où une petite communauté d'humains et de militaires font vivre leur petit monde dans la joie. Les aventuriers d'un âge perdu sourient gaiement à cet oasis de vie. Belle s'achète une robe, l'ancien soldat accepte la danse d'une dame, les guirlandes confinent à un microcosme presque burtonien. Reste aussi ce rapport au vampire, plus victime que monstre. La bienveillance n'empêche pas la lutte, la pitié n'esquive pas la mort. Car malgré toutes ces considérations, le road-trip horrifique fait parfois sursauter, ne dissimulant pas la violence. Finalement moins pessimiste que La route, moins penché sur le quotidien et les sensations intérieures, Stake Land compense quelques carences scénaristiques (le combat de fin) par son admiration béate pour la vie. Des films miroirs, jusqu'au bout.

 

Stake Land, de Jim Mickles, avec Nick Damici, Connor Paolo, Danielle Harris (U.S.A., 1h38, 2010)

 

La bande-annonce de Skate Land :

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by alexandre mathis - dans Evènements
commenter cet article

commentaires

Dom 10/09/2011 03:13



Hum, des plans contemplatifs... très rares ! Je n'ai pas été autant charmé que toi, notamment à cause de l'acteur principal, mais c'est un film d'horreur plus qu'honnête, sauf dans son dernier
plan - insupportable que de finir un film post-apcocalyptique ainsi !



alexandre mathis 10/09/2011 12:21



non ils ne sont pas rares du tout, ils sont juste plus courts que les moments plus apres. La musique revient souvent, le temps est régulièrement suspendu. Bon c'est sûr que c'est beaucoup moins
criant que Malick mais c'est très bien. Et ce dernier plan n'a rien d'insupportable. Du tout.



Présentation

  • : Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • : Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
  • Contact

Twitter/ Facebook

Plan-c : critiques cinéma d'hier et d'aujourd'hui   

Faites également la promotion de votre Page

Graduation

http://nicolasfurno.com/files/planc/00.png A fuir !

http://nicolasfurno.com/files/planc/05.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/10.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/15.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/20.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/25.png Pas Mal.

http://nicolasfurno.com/files/planc/30.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/35.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/45.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/50.png Indispensable !

Le film d'Octobre

affiche drive

Dans l'actu

Bientôt au cinéma :

affiche contagion affiche l'ordre et la morale affiche take shelter

 

Récemment sortis :

affiche les géants affiche les marches du pouvoir affiche l'exercice de l'état affiche intouchables affiche poulet aux prunes affiche la couleur des sentiments affiche tintin affiche the artist affiche drive affiche le skylab affiche dream house affiche les hommes libres affiche alice affiche l'apollonide affiche la nouvelle guerre des boutons affiche restless affiche la guerre des boutons affiche crazy stupid love affiche warrior affiche carré blanc affiche présumé coupable affiche putty hill affiche la grotte des rêves perdus affiche la guerre est déclarée affiche blackthorn affiche cowboys & envahisseurs affiche la piel que habito affiche captain america affiche melancholia affiche la planète des singes les origines affiche mes meilleures amies affiche green lantern affiche super 8 affiche une vie tranquille