Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 16:09

Recette avariée

 

affiche-poulet-aux-prunes.jpghttp://nicolasfurno.com/files/planc/10.png

La déception est de mise devant l'échec de Poulet aux prunes, film en trompe-l’œil à l'esthétisme en toc. Aucune vie n'a le temps d'éclore.

 

S'interroger sur la confusion entre décor et décorum devient vital à la vision de nouveau film de Marjane Satrapi. Les artefacts choyés du style de la franco-iranienne bavent goulûment sur les caractérisations de ses personnages. En adaptant sa bande-dessinée Poulet aux prunes, la réalisatrice de l'excellent Persepolis galvaude la beauté de l'artifice en le transformant en carcan esthétisant. L'Iran représentée du film est une recréation de studio. Les personnages parlent en français au même titre qu'un film américain traduit une histoire dans la langue de Shakespeare. Cela n'aurait rien de choquant si en cours de route Satrapi ne s'amusait pas à travestir tous les éléments de la reconstitution à l'écran. Le Téhéran des années 50 ressemble à la France vieillotte d'un Jeunet sans en agrémenter de ses épices propres. Les repères temporels sont brouillés. Les fonds verts et les éléments cartoons questionnent sur l'utilité du film live.

 

article-poulet-aux-prunes.jpg

Et c'est là que le décor se fait décorum. Les personnages ne sont astreints que par une étiquette lourdement mise en image. En clair, Jamel Debbouze abandonne son marché d'Amélie Poulain pour se cloîtrer dans un magasin de vendeur de poudre de perlimpinpin. Le lieu définit le personnage et pas l'inverse. Ainsi, aucune vie ne ressort de la performance de l'acteur. Debbouze sera le petit arnaqueur des bas-fonds de l'Iran. Le problème, c'est que cette même étiquette colle aux « héros » d'une aventure mortifère. Soit Nasser-Ali, violoniste virtuose qui décide de mourir car ayant eu son instrument détruit. Poulet aux prunes, par une juxtaposition de flashback et de flashforward, offre à découvrir la vie de cet homme mais aussi celle de ses enfants plus tard. Encore que le terme de « vie » ne sied guère. Une vignette de l'évolution des enfants donne un caractère déterministe à la moindre décision du père. Ainsi, le suicide de Nasser-Ali créera un fils à ses antipodes, vaguement marqué par le souvenir d'un paternel assez idéalisé pour appeler son môme pareil.

 

article-poulet-aux-prunes-2.jpg

Le décorum peut aussi définir la bienséance de la société. A cet égard, Poulet aux prunes peut faire illusion un temps en se disant que l'esprit rebelle qu'insuffle Satrapi a pour but de montrer un peuple perse moins traditionaliste que la caricature médiatique. Sauf que cet esprit rebelle n'a rien de vrai. Vouloir se laisser mourir ne fait qu'attirer un démon de la mort, Azraël, dont la figure traditionaliste entre parfaitement dans la bienséance. C'est ce trompe-l’œil qui agace. Le film peut jouer la carte du conte perse, mais le marchand de carpette nous le vend comme un tapis volant. Du coup, la guimauve visuelle empèse le récit d'une couche de vernis. Tout y est kitch jusqu'à l'excès. Les effets comiques superfétatoires ne sont là que pour distancier les affects de Satrapi pour son pré-carré chéri : la BD. Le temps de quelques envolées proches de Michel Ocelot, le film trouve un peu de souffle. Celui de la vie dans lequel Nasser-Ali trouve la force.

 

article-poulet-aux-prunes-3.jpg

Film sur la perte de ce sentiment, Poulet aux prunes se contente de chroniquer en patchwork quelques soubresauts. Il n'y a aucune vie qui se développe. Le récit s'empresse de passer d'un instant à un autre, sans que le montage ne donne une saveur bressonienne à l'anodin. Le présent n'existe pas, tout doit devenir extraordinaire donc décalé dans le temps. Le quotidien effraie, le banal aussi. Jusqu'à créer de la fumée de cigarette post-produite en métaphore de l'âme maternelle. Un beau miroir de l'état réel du film, sans âme, fétichisé par l’esthétique de foire à l'excès. La rencontre du cartoon et du filmage physique ne fonctionne pas. À l'heure où Hollywood expérimente la performance capture afin d'effacer la frontière entre le numérique et le réel, Satrapi et son acolyte Paronnaud font le pari inverse. Le méli-mélo doit bien distancier la part émotive de l'esthétique (les flocons de neige, les ombres portées et la musique langoureuse) de l'aspect farce du jeu physique. Les acteurs ont l'air absent, engoncés dans des personnages aussi déguisés que dans le jeu Qui est-ce ? Alors lui porte une moustache, elle une coupe au carré et l'autre là-bas est tout de noir vêtu. Cet équilibre de la vacuité fait complètement passer à côté d'une histoire d'amour comprenant Nasser-Ali, sa femme et son âme sœur perdu. Il rate aussi le lien passionnant qui unit un musicien à son instrument. Le violon lui aussi se fond dans le décorum.

 

Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Mereidos (Fra., Bel., All., 1h33, 2011)

 

Sortie le 26 octobre

 

La bande-annonce de Poulet aux prunes :

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
commenter cet article

commentaires

Meilleurs films 28/10/2011 19:04



Hum ... je vais m'abstenir de le visionner, histoire de rester sur une bonne image de cette réalisatrice de Persepolis que j'avais adoré !



Présentation

  • : Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • : Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
  • Contact

Twitter/ Facebook

Plan-c : critiques cinéma d'hier et d'aujourd'hui   

Faites également la promotion de votre Page

Graduation

http://nicolasfurno.com/files/planc/00.png A fuir !

http://nicolasfurno.com/files/planc/05.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/10.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/15.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/20.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/25.png Pas Mal.

http://nicolasfurno.com/files/planc/30.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/35.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/45.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/50.png Indispensable !

Le film d'Octobre

affiche drive

Dans l'actu

Bientôt au cinéma :

affiche contagion affiche l'ordre et la morale affiche take shelter

 

Récemment sortis :

affiche les géants affiche les marches du pouvoir affiche l'exercice de l'état affiche intouchables affiche poulet aux prunes affiche la couleur des sentiments affiche tintin affiche the artist affiche drive affiche le skylab affiche dream house affiche les hommes libres affiche alice affiche l'apollonide affiche la nouvelle guerre des boutons affiche restless affiche la guerre des boutons affiche crazy stupid love affiche warrior affiche carré blanc affiche présumé coupable affiche putty hill affiche la grotte des rêves perdus affiche la guerre est déclarée affiche blackthorn affiche cowboys & envahisseurs affiche la piel que habito affiche captain america affiche melancholia affiche la planète des singes les origines affiche mes meilleures amies affiche green lantern affiche super 8 affiche une vie tranquille