Partager l'article ! Critique : Poulet aux prunes de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud: Recette avariée La déception e ...
Recette avariée
La déception est de mise devant l'échec de Poulet aux prunes, film en trompe-l’œil à l'esthétisme en toc. Aucune vie n'a le temps d'éclore.
S'interroger sur la confusion entre décor et décorum devient vital à la vision de nouveau film de Marjane Satrapi. Les artefacts choyés du style de la franco-iranienne bavent goulûment sur les caractérisations de ses personnages. En adaptant sa bande-dessinée Poulet aux prunes, la réalisatrice de l'excellent Persepolis galvaude la beauté de l'artifice en le transformant en carcan esthétisant. L'Iran représentée du film est une recréation de studio. Les personnages parlent en français au même titre qu'un film américain traduit une histoire dans la langue de Shakespeare. Cela n'aurait rien de choquant si en cours de route Satrapi ne s'amusait pas à travestir tous les éléments de la reconstitution à l'écran. Le Téhéran des années 50 ressemble à la France vieillotte d'un Jeunet sans en agrémenter de ses épices propres. Les repères temporels sont brouillés. Les fonds verts et les éléments cartoons questionnent sur l'utilité du film live.
Et c'est là que le décor se fait décorum. Les personnages ne sont astreints que par une étiquette lourdement mise en image. En clair, Jamel Debbouze abandonne son marché d'Amélie Poulain pour se cloîtrer dans un magasin de vendeur de poudre de perlimpinpin. Le lieu définit le personnage et pas l'inverse. Ainsi, aucune vie ne ressort de la performance de l'acteur. Debbouze sera le petit arnaqueur des bas-fonds de l'Iran. Le problème, c'est que cette même étiquette colle aux « héros » d'une aventure mortifère. Soit Nasser-Ali, violoniste virtuose qui décide de mourir car ayant eu son instrument détruit. Poulet aux prunes, par une juxtaposition de flashback et de flashforward, offre à découvrir la vie de cet homme mais aussi celle de ses enfants plus tard. Encore que le terme de « vie » ne sied guère. Une vignette de l'évolution des enfants donne un caractère déterministe à la moindre décision du père. Ainsi, le suicide de Nasser-Ali créera un fils à ses antipodes, vaguement marqué par le souvenir d'un paternel assez idéalisé pour appeler son môme pareil.
Le décorum peut aussi définir la bienséance de la société. A cet égard, Poulet aux prunes peut faire illusion un temps en se disant que l'esprit rebelle qu'insuffle Satrapi a pour but de montrer un peuple perse moins traditionaliste que la caricature médiatique. Sauf que cet esprit rebelle n'a rien de vrai. Vouloir se laisser mourir ne fait qu'attirer un démon de la mort, Azraël, dont la figure traditionaliste entre parfaitement dans la bienséance. C'est ce trompe-l’œil qui agace. Le film peut jouer la carte du conte perse, mais le marchand de carpette nous le vend comme un tapis volant. Du coup, la guimauve visuelle empèse le récit d'une couche de vernis. Tout y est kitch jusqu'à l'excès. Les effets comiques superfétatoires ne sont là que pour distancier les affects de Satrapi pour son pré-carré chéri : la BD. Le temps de quelques envolées proches de Michel Ocelot, le film trouve un peu de souffle. Celui de la vie dans lequel Nasser-Ali trouve la force.
Film sur la perte de ce sentiment, Poulet aux prunes se contente de chroniquer en patchwork quelques soubresauts. Il n'y a aucune vie qui se développe. Le récit s'empresse de passer d'un instant à un autre, sans que le montage ne donne une saveur bressonienne à l'anodin. Le présent n'existe pas, tout doit devenir extraordinaire donc décalé dans le temps. Le quotidien effraie, le banal aussi. Jusqu'à créer de la fumée de cigarette post-produite en métaphore de l'âme maternelle. Un beau miroir de l'état réel du film, sans âme, fétichisé par l’esthétique de foire à l'excès. La rencontre du cartoon et du filmage physique ne fonctionne pas. À l'heure où Hollywood expérimente la performance capture afin d'effacer la frontière entre le numérique et le réel, Satrapi et son acolyte Paronnaud font le pari inverse. Le méli-mélo doit bien distancier la part émotive de l'esthétique (les flocons de neige, les ombres portées et la musique langoureuse) de l'aspect farce du jeu physique. Les acteurs ont l'air absent, engoncés dans des personnages aussi déguisés que dans le jeu Qui est-ce ? Alors lui porte une moustache, elle une coupe au carré et l'autre là-bas est tout de noir vêtu. Cet équilibre de la vacuité fait complètement passer à côté d'une histoire d'amour comprenant Nasser-Ali, sa femme et son âme sœur perdu. Il rate aussi le lien passionnant qui unit un musicien à son instrument. Le violon lui aussi se fond dans le décorum.
Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Mereidos (Fra., Bel., All., 1h33, 2011)
Sortie le 26 octobre
La bande-annonce de Poulet aux prunes :
A fuir !
Pas Mal.
Indispensable !
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