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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 21:20

D'Hergé à Spielberg... en passant par Blake Edwards

 

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En faisant du burlesque le moteur central de son film d'aventure, Spielberg trouve le processus juste pour adapter Tintin, figure iconique absolue. La performance capture transcende le récit au-delà des cases de la BD.

 

Le défi le plus essentiel de l'adaptation de Tintin sur grand écran portait sur l'émancipation du matériau originelle. Habituellement ici même, on prône la non-comparaison d'une œuvre littéraire à son support filmique. L'écrit n'est pas l'image et la grammaire diffère totalement. Le problème devient épineux dès qu'il s'agit de BD, voire d'iconographie religieuse. Les images sont déjà préconçues. La vision d'un Jésus sur les vitraux ou d'un Largo Winch sur une planche de dessin inhale l'imaginaire et transmet plutôt un faisceau d'informations. Il est toujours possible de passer outre l'image, de choisir la période de représentation que l'on préfère. Passolini avait sa vision de l'évangile comme Burton avait la sienne de Batman. Le problème devient encore plus retord dès qu'il s'agit d'une icône populaire. Abandonnons le champ du religieux et restons sur quelques grandes figures francophones. Comment mettre à l'écran Brassens ou Popeye, comment illustrer les contes de Perrault. Sfar s'était lancé le pari de mettre sa vision de Gainsbourg au cinéma. Quoi qu'on pense du film, l'approche était la bonne puisque occultant l'image commune du chanteur pour ne garder que ses souvenirs en tant que Sfar, fan de.

 

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Revenons à nos moutons et constatons que Spielberg a encore poussé le principe plus loin. Au lieu de beugler sur ce choix d'un réalisateur d'Holywood qui dénaturerait la bande-dessinée, rappelons-nous les tentatives calamiteuses d'adaptations francophones. Tout le monde sait maintenant qu'Hergé ne voulait que le réalisateur d'Indiana Jones pour adapter le héros à la houppette sur grand écran. Un choix qui va au-delà de la simple coquetterie de prendre un mec doué. Spielberg est américain, là-bas, « Tinetine » bénéficie d'un amour moindre. Son statut de citoyen de l'oncle Sam lui confère une sorte de recul salvateur. Il est le cinéaste de l'entertainment comme Tintin est le héros familial. Un lien qui les unit jusque sur l'écran. Spielberg se confond avec le reporter, il est cette entité pétrie par la curiosité. Cette caractéristique a toujours façonné son cinéma, de Rencontre du 3e type jusqu’à Jurassic Park. Comment ne pas se pencher sur Tintin, journaliste de profession, dont on ne voit jamais ses articles mais qui mène l'enquête par la soif de vérité ? Le travail de passerelle y est formidable. Dans un générique qui a tout à voir avec La panthère rose (cela a son importance, nous allons y revenir), les dessins et la musique jazzy de John Williams créent un corridor temporel et psychique entre l’œuvre d'Hergé et celle de Spielberg.

 

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Pour mieux se détacher des cases dessinées, l'idée de génie consiste à contextualiser le personnage même de Tintin à travers son passé glorieux. La première scène montre un croqueur de portrait s'occuper du jeune héros. Alors que l'on a pas encore découvert le visage remodelé par les nouvelles technologies, le résultat du petit artisan nous apparaît en contrepoint. C'est un portrait en mode Hergé (et pour cause, c'est lui qui dessine). Le miroir de Jamie Bell (interprète du héros) n'est autre que le souvenir universel de la vraie figure du reporter. Avec ce jeu de miroir déformant, Spielberg accroche tout de suite. Il pose en cinq minutes toute son intrigue et caractérise ses personnages avec une subtilité que l'on avait pas vu chez lui depuis Minority Report. Encore quelques affiches graphiques époque Hergé, quelques tableaux rappelant ses exploits et Tintin version 2011 peut vraiment prendre ses aises. Le prétendu manque de charisme du personnage est estompé par des plans en vue subjective, comme pour se fondre universellement au spectateur. De là peut alors commencer le grand ballet burlesque.

 

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Boire et déboires

 

A l'instar d'un Blake Edward survolté, les envolées dramatiques trouvent un réceptacle par le pan du comique. L'aventure elle-même se fond dans la drôlerie. Ainsi, quand Haddock meurt de soif dans le désert, ses visions au départ amusantes font ressortir les souvenirs de son illustre ancêtre. L'alcoolisme du capitaine, clé de voûte du film, rappelle là encore le grand Blake. Les affres de l’ivresse dynamisent le rythme mais aggravent aussi la figure d'Haddock. Cet alcool est tellement un moteur de l'intrigue qu'il permet de redémarrer un moteur d'avion par un rot improbable. L'humour poussé va faire de Milou une sorte de second héros. Il agissait souvent comme tel chez Hergé (il récupère le spectre d'Ottokar) sauf que là, il sert de prolongement physique à Tintin. Les Dupontd ont aussi droit à leur minute de gloire quand ils pourchassent un pickpocket jusqu'à chez lui. Le travail des dialogues est poussé à l'extrême mais au service de l'aventure. De chacun des éléments comiques naît l'épique.

 

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Si l'on excepte un combat final avec grues ridicule, Spielberg a minutieusement étudié le seuil de saturation du plausible. La résistance extrême de ses figures de fiction permet de garder quelque chose de surréaliste fidèle à l'esprit d'Hergé. Cela offre deux sommets qui feront date. D'abord, le fameux souvenir d'Haddock de son ancêtre en plein combat contre les pirates. Jamais une séquence d'un des quatre Pirates des caraïbes n'effleure la grandiloquence de ce segment. C'est à la fois brillant formellement et fort sur ce que cela dit de l'honneur. L'effet d'ébriété du capitaine coïncide avec le caractère désinhibé de la mise en scène. Plus tard, une course-poursuite en side-car sert d'apothéose au film. Dans un long-shot de plus de cinq minutes, l'étalage technique (un peu m'as-tu vu, il faut l'avouer) démontre l’intérêt de la performance capture. Les barrières physiques s'estompent tout en gardant un prisme réaliste des mouvements humains. A ce propos, la technologie, jusque là très perfectible, a fait un vrai saut en avant. Hormis Castafiore et quelques petits rôles, les rendus graphiques sont tous convaincants.

 

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Et quand bien même les effets numériques renvoient trop à leur condition de fausseté (type jeu vidéo), Spielberg désamorce par de l'humour. Ainsi, la fin de la grande course poursuite voit un tank déplacer une devanture d’hôtel. Son caractère loufoque évoque l'absurdité de l'éléphant dansThe Party. On ne tique pas non plus sur Haddock avec un Bazooka car c'est un pur gag de burlesque. Les filiations évidentes avecIndiana Jones sont moins flatteuses. Elles révèlent quelques faiblesses de scénario. Le bricolage entre les albums ne fonctionne pas entièrement et la figure tutélaire d'Harisson Ford pèse comme l'orage gronde au dessus du désert. Il manque aussi quelques émotions douces (tendresse, tristesse ) pour vraiment emporter l’adhésion. Encore que, dans un final fort symbolique, Haddock renoue avec la fierté ancestrale pendant que Tintin fouille encore, modelé par sa curiosité naturelle. Un bel instant, échappé d'une case qu'on avait raté.

 

La capacité à rebondir de Tintin est commune à celle de Spielberg. Ce dernier conçoit la performance capture comme un dépassement de ce qui limitait la BD. A savoir qu'il n'y a plus de case, plus de bulle, plus de page à tourner. Les traits blancs entre les images laissent place à une fluidité où le regard se miroite dans les juxtapositions de points de vue. Tintin ne s'est jamais senti obligé de se grimer outre mesure pour se fondre aux populations locales. Il ne fait qu'apporter son regard neuf et curieux. Steven 'Tintin' Spielberg est pareil. Il apporte juste sa fraîcheur de grand enfant d'Hollywood sans dénaturer l'esprit si cher au cœur de millions de fans parfois psycho-rigides.

 

Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne, de Steven Spielberg, avec Jamie Bell, Andie Serkis, Daniel Craig (U.S.A., N.-Z., 1h47, 2011)

 

La bande-annonce de Tintin : le secret de la licorne :

 

 

 

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Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
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commentaires

Achat Or Paris 24/05/2012 14:47


Je sais que cela prend beaucoup de temps pour entretenir un blog , mais sachez que je ne me lassai jamais de lire vos articles... alors si'l vous plait revenez nous

tedsifflera3fois 31/10/2011 17:44



L’humour et le mystère propres à la bande dessinée sont mis en valeur par le souffle épique d’une mise en scène survitaminée. Ma critique :
http://tedsifflera3fois.com/2011/10/30/les-aventures-de-tintin-le-secret-de-la-licorne-critique/



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