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Les vacances des gens heureux
Le film de vacance le plus jovial depuis longtemps nous vient Julie Delpy, pile electrique du cinéma français. Born to be alive.
Ça faisait longtemps qu'un film français populaire n'avait pas été aussi malin. Guère étonnant que Julie Delpy en soit l'instigatrice, elle qui avait largement montré son talent dans 2 Days in Paris. Aux sons de la balade des gens heureux et de Born to be Alive, Delpy y raconte ses souvenirs d'enfance quand, avec ses parents, elle allait voir toute la fratrie bouffer, boire, s’engueuler, s'aimer. Bref vivre. Le grand talent de la plus new-yorkaise des françaises est de s'attacher au détail. Il y a donc les parents un peu baba, l'oncle ancien para, la grand-mère maligne et tendre, la cousine qu'on jalouse. Excepté un préambule pas franchement utile, le week-end en cette année 79 est un pur régal.
Chaque personnage a droit à son moment de gloire, quitte à étirer un peu les scènes. Un parti pris globalement payant. Les scènes ont le temps de dérouler leurs effets comiques et nostalgiques. Le vieil oncle chantant profite de son public, les enfants se chamaillent avec une vraie liberté, les engueulades politiques trouvent le temps de se déclencher. Et par touches, les sons se croisent. Les conversations hors-sujets débarquent à l'instar des vraies cohues. Ces pré-années 80 font un bien fou. Mais jamais Delpy ne tombe dans le passéisme béat. Elle a conscience que les préoccupations furent les mêmes qu'aujourd'hui. Le couple de soixante-huitards transmet l'idée des rêves perdus. Féminisme et antiracisme accompagnaient une gauche en plein mouvement conquérant, sujet phare d'engueulade entre les « gauchos » et les « fascistes » (dixit les intéressés). Par sa science du dialogue, le Skylab ne vire pas dans la caricature absurde.
Cette famille, c'est un peu la nôtre, à tous. On râle souvent avant un repas interminable mais nous sentons comme protégés une fois à table. Delpy réunit une belle famille du cinéma français, de Bernadette Lafont à Noémie Lvovski en passant par Eric Elmosnino. Comment ne pas craquer pour le vieux tonton Hubert, être hagard et un peu seul ? Et puis il y a Vincent Lacoste, éternelle star des Beaux Gosses. Il incarne l'adolescent type. Pas un sketch ambulant à la Elie Semoun. Au contraire, il semble très vrai avec ses attitudes de boutonneux un peu chiant. Lacoste ne joue pas, il s’imprègne de l'essence même de l'entre deux âges. Le regard très humain de Delpy rend son Skylab attachant. Son titre, hommage au satellite qui tombe sur Terre ce week-end là, sonne comme le symbole d'un monde toujours incertain du lendemain mais prêt à croquer la vie à pleine dent. Et ça au cinéma, c'est rare.
Le Skylab, de Julie Delpy, avec elle-même, Eric Elmosnino, Lou Alvarez (Fra., 1h53, 2011)
La bande-annonce de Le Skylab :
A fuir !
Pas Mal.
Indispensable !
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