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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 16:45

Sur-mesure

 

Attention, cet article révèle des points clés de l'intrigue. Si vous n'avez pas vu le film, nous ne saurions mieux vous conseiller que de revenir lire cette page après avoir découvert La Piel que Habito.

 

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La Piel que Habito prolonge le cinéma du réalisateur espagnol où l'expérience eugéniste fait de son héroïne Vera une sorte de déesse ou de super-héroïne moderne façonnée par l'aveuglement amoureux.

 

Instinctivement, le cinéphile voit des ombres se dessiner derrière le nouveau travail de Pedro Almodóvar. Deux références planent comme des fantômes envahissants pour quiconque s'y obstine : Les yeux sans visage de Franju et le mythe Frankenstein initié par Mary Sheley. Pourtant La Piel que Habito fait avant tout appel à la propre filmographie du prodige espagnol. De Tout sur ma mère à La Mauvaise éducation, les enjeux d'identité sexuelle centrifugeaient des récits aux multiples thèmes. Les personnages d'Agrado et de Ángel formaient des corps transfigurés aux yeux du monde. Le transgenre trouvait sa place à travers le mélo et l'affirmation identitaire. En constante réinvention de son art, Almodóvar pousse le vice plus loin. La transformation du corps de Vera (Eleya Alaya) ne vient plus d'un choix délibéré. Elle est un sujet d'expérience. Un peu comme les primates de La planète des singes : les origines.

 

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Étonnamment, les deux films partagent en même temps ce thème récurent du progrès scientifique hasardeux. Les expérimentations n'ont rien d'une démarche philanthropique mais servent des aspirations plus personnelles. James Franco reformait un noyau familial en se faisant père tout en sauvant le sien. Pour le docteur Ledgard, il s'agit de renouer avec sa défunte épouse tout en vengeant sa fille. Les allures de héros de films noirs que se donne Antonio Banderas rappelle le goût d'Almodóvar pour le drame poignant. L'idée de capturer l'homme responsable d'une partie des maux ne dissimule hélas pas la part de responsabilité que le docteur s'octroie.

 

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Ce n'est pas pour rien si le temps passe avant qu'il ne retrouve sa mère, elle aussi fautive de cachotteries familiales. L'eugénisme dans lequel se lance le scientifique trahit l'impuissance chronique d'un personnage toujours avec un temps de retard. Il n'est pas là pour empêcher l'accident de voiture de sa femme, pas là quand sa fille est abusée et ne voit pas l'entourloupe finale, affalé sur son lit. A chaque fois, l'amour l'aveugle. Belle incarnation de notre société où l'amour se modèle le bistouri à la main. Les expériences menées sur le physique de Vera montrent une sorte de seconde adolescence. Celle où les corps se muent, où l'on n'ose accepter ses changements. Le cinéaste ne fait pas évoluer d'un cil le visage de Banderas sur les dix ans de l'intrigue. Le temps n'influe aucunement sur sa soif de retrouver un paradis perdu.

 

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Le corps sculpté sur-mesure pour Vera rappelle le fantasme envers les super-héros. Ici, la sur-femme (ou le surhomme c'est selon) doit être le fantasme docile sous le regard de caméras. Le désir de maîtrise de la créature renvoie donc au monstre de Frankenstein, version déesse Aphrodite. Comme si le corps pouvait prendre le pas sur l'âme. Or, le lion en cage n'en fini plus de vouloir une échappatoire. L'introspection passe par le yoga, l'écriture sur les murs et sa propre mise en perspective à travers les œuvres de Louise Bourgeois. Encore une fois, le drame familial habilement mené par le réalisateur révèle les âmes derrières les corps toujours parfaitement mis en valeurs.

 

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La seconde peau qu'occupe Vera est une sorte de transfuge des autres épidermes des personnages masculins/féminins d'Almodóvar . L'impératif de joliesse et l'étrange musique d'Alberto Iglesias créent un malaise lorgnant avec des atours morbides et claustrophobiques nouveaux. Le titre de la nouvelle dont est tiré le film - Mygale- atteste de la veine phobique du créationnisme terrestre. La seule douceur de ce bas monde ne peut se retrouver qu'avec le regard des femmes. Plus malignes, plus douces, plus éclairées, elles sont, comme toujours depuis Femmes au bord de la crise de nerfs les vraies âmes chéries. Almodóvar, définitivement le plus grand metteur en scène du monde pour les femmes.

 

La Piel que Habito, de Pedro Almodóvar, avec Antonio Banderas, Eleya Alaya, Marisa Paredes (Esp., 1h57, 2011)

 

La bande-annonce de La Piel que Habito :

 

 

 

 

 

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Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
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commentaires

Zirko 26/08/2011 23:29



Depuis que j'ai vu la bande-annonce de ce film, je ne sais pas pourquoi mais j'ai très envie de le voir et ton avis me conforte.



alexandre mathis 30/08/2011 21:28



bon alors tu l'as vu ? Tu en as pensé quoi ?



Thomas Grascoeur 23/08/2011 18:45



Bravo pour ta très belle analyse qui soulibne la subitlité du film...



alexandre mathis 30/08/2011 21:28



merci (un peu en retard)



Pascale 22/08/2011 11:36



Tu peux me virer LE film de Juillet jte prie (total MDR) et mettre CELUI d'Août !



alexandre mathis 23/08/2011 00:04



je fais ça le vingtième jour de chaque mois. Mais je reviens de mini vacances. Mais oui je fais ça de suite. Mais ça n'est pas ce film le meilleur du mois, bien que génial.



Pascale 22/08/2011 11:35



Ce film est sublime. Et Antonio ne voit rien arriver tu as raison. C'est grandiose.
J'adooooooooore !



alexandre mathis 23/08/2011 00:04



tu l'aimes ton Antonio avoue !



Dom 18/08/2011 17:30



Bah bravo, encore une chronique qui attise mon désir de le revoir.... ;)



alexandre mathis 18/08/2011 17:59



merci t'es chou ! ça fait toujours plaisir de savoir qu'on ne pisse pas dans un violon en écrivant sur un film. ;)



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