Partager l'article ! Critique : La couleur des sentiments de Tate Taylor: Tartignole Unique cohérence thématique de cette ...
Tartignole
Unique cohérence thématique de cette Couleur des Sentiments : la laideur de mauvais goût, aussi bien dans les cadres, les lumières, les caractérisations des personnages que la bande-son.
La dernière fois qu'un film avait un temps soit peu exploré l'univers des noirs américains de la moitié du XXème siècle, c'était dans Benjamin Button. Le premier segment du Fincher illustrait un environnement où la citoyenneté ne voulait pas encore dire égalité. Avec son pitch un brin populiste, La couleur des sentiments se penche sur les bonnes noires des années 60 : des femmes exploitées en tant que domestique par de riches blancs de banlieues pavillonnaires modernisant ainsi l'exploitation humaine. Il y a du vrai évidemment dans les errances racistes d'une société à l'aube de Martin Luther King. Mais la façon dont l'héroïne, Steeker, se penche sur ces femmes a quelque chose d'hypocrite. Il faut que ça soit par le biais de cette apprentie écrivain que la situation noire soit traitée.
Or, la vision reste très WASP progressiste. Steeker est une femme courageuse (elle s'occupe de sa mère), travailleuse par passion et surtout talentueuse. Elle projette d'écrire un recueil de témoignages de ces femmes de l'ombre. De nature tolérante, sa démarche fait la lumière sur une exploitation d'un autre âge. Sauf que le film ne l'illustre que très maladroitement. Il n'y a guère de parti pris, ou alors mollement. Une chronique de 2h20 a pour devoir d'en dire plus que de suivre une myriade de destins inégalement captivants. L'aspect film chorale éparpille un ensemble déjà peu harmonieux. Mis à part Jessica Chastain parfaite en nunuche de grand luxe, les autres personnages blancs sont des monolithes caricaturaux. La communauté de domestiques trouve un peu plus d'épaisseur grâce à l'aspect gospel de leur union.
Sauf que la Couleur des (bons)sentiments serait un gospel mal chanté, moche en tout point. Déjà par sa mise en musique, sans ampleur. Les sons ne communiquent jamais, rien n'est surmixé pour s'imprégner de l'univers décrit. La photographie en toc est hideuse et colle bien aux choucroutes capillaires. Les costumes font trop propres. Rien ne semble réel. Emma Stone, visiblement à l'aise dans cet océan de mauvais goût visuel, surjoue en permanence de ses mimiques tantôt mimis, tantôt irritantes. Le film a beau beaucoup parler de cuisine, on ne sent ni farine ni épice. Tout juste un peu de meringue fade. Avec une recette pareille, pas évident de tenir en appétit avec une histoire où l'émotion n'arrive jamais, alors que précisément elle devrait être centrale.
La couleur des sentiments, de Tate Taylor, avec Jessica Chastain, Viola Davis, Emma Stone (U.S.A., 2h20, 2011)
Sortie le 26 octobre
La bande-annonce de La couleur des sentiments :
A fuir !
Pas Mal.
Indispensable !
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