Partager l'article ! Critique : L’ordre et la morale de Mathieu Kassovitz: Plaidoyer kanak Illustration des revendication ...
Plaidoyer kanak
Illustration des revendications indépendantistes kanaks, L'ordre et la morale est un beau film sur la frustration de ne pas tout voir ou sentir. Perméable par définition mais extrêmement fort politiquement.
Devant l'ethnocentrisme naturel d'un métropolitain de France, Mathieu Kassovitz vient titiller les consciences. Moins d'un an avant l’élection présidentielle de 2012, L'ordre et la morale rappelle à quel point les coulisses du pouvoir peuvent avoir des répercutions dramatiques. 2011 est décidément une grande année cinéma sur le monde des dirigeants. De Pater à l'Exercice de l’État, sans oublier le prochain George Clooney (Les marches du pouvoir), le vase clos des bureaux vient influer sur le terrain. L'ordre et la morale déterre pour cela une sombre affaire de 1988. A la vieille du duel Mitterrand/ Chirac, une prise d'otage survient en Nouvelle-Calédonie. Quelques indépendantistes kanaks ont pris d'assaut un commissariat, événement qui tourne au drame. Alors que dans le même temps l’État français cherche à faire libérer des otages au Liban, les inflexions de la droite et la gauche détruisent le travail de terrain des membres du GIGN à Ouvéa.
Kassovitz, au four et au moulin, prend à bras le corps le rôle principal : Philippe Legorjus, capitaine du GIGN. Pas assez neutre pour en faire un bon document d'analyse, L'ordre et la morale lui préfère le plaidoyer. Le réalisateur de La Haine y impose encore son goût pour la prise de position franche. Le point de vue adopté est pleinement celui de Legorjus. Du coup, Kassovitz prend toute la place, écrase un peu les autres rôles. Un soucis qui accentue les approximations de jeu des soldats et des locaux. Un défaut en partie explicable par l'amateurisme de ces derniers. Certains kanaks sur le tournage incarnent leur père ou grand-père impliqués dans la prise d'otage. Une perméabilité instructive. L'espèce de dénonciation frontale se retrouve alors doublée d'un attachement moral fort. Kassovitz prend soin de ne pas réduire ces personnages à de simples caricatures. Un constat moins valable pour les bureaucrates. Ils ne s'incarnent pas à cause de leur absence physique sur le terrain. En cela, ils sont des fantômes décisionnaires, toujours filmés dans le carcan d'un mobilier cynique.
C'est bien cette prise de position qui rend L'ordre et la morale captivant durant près de 2h20. Ne jamais se détacher de la position de Legorjus implique des partis pris de scénarisation. Ainsi, l'assaut final se découpe en deux actes. Un premier au cœur du combat, où Legorjus dirige ses troupes. C'est le seul véritable instant de film de guerre. La suite des opérations va mener le capitaine du GIGN à s'absenter. Du coup, on ne saura rien du déroulement des combats. L'ordre et la morale travaille un peu cette notion de frustration. Celle de ne pas tout voir du drame qui se dessine. Les œillères du capitaine deviennent celles du spectateur. Dommage que le film avance avec ses gros sabots. Le goulet d'étranglement prend forme d'autant plus visiblement qu'on découvre dès l'ouverture le dénouement des événements.
Mais pourquoi pas, après tout, il est souhaitable d'avoir déjà entendu parler de ces événements en amont. Reste qu'en face, l'homologue kanak, Alphonse Dianou, n'insuffle pas assez le vent de la liberté. Kassovitz a beau convoquer quelques références (trop) voyantes du type Apocalyspe Now ou La ligne rouge, il se frotte aux modèles. La mise en scène propre et sommaire atténue l’envie d'espace. Cela se justifie dans la forêt quand il y a prise d'otage. On la comprend moins dans les recherches minutieuses sur l’île d'Ouvéa. Quelques scènes, dont un plan séquence d'attaque de gendarmerie, montrent plus franchement le potentiel qu'avait le film pour devenir une grande aventure politique. L'emphase sonore fait de « boom » incessants vient aussi ternir un travail malgré tout réussi. Œuvre pessimiste qui cherche une caution humaine, L'ordre et la morale marque du même temps le retour d'un enfant terrible du cinéma. Bien loin de l'égarement américain de Babylon A.D. et Gothika.
L'Ordre et la morale, de Mathieu Kassovitz, avec lui-même, Iabe Lapacas, Malick Zidi (Fra., 2h16, 2011)
Sortie le 16 novembre
La bande-annonce de l'Ordre et la morale :
A fuir !
Pas Mal.
Indispensable !
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