Partager l'article ! Critique : L'exercice de l’État de Pierre Schoeller: Les arcanes du pouvoir Les coulisses de la pol ...
Les arcanes du pouvoir
Les coulisses de la politique n'ont rien de bien enviables. C'est en tout cas ce que dissèque Pierre Schoeller avec une emphase qui colle bien au sujet. Mais c'est aussi sa limite.
Dès le début, il demeure une étrangeté malsaine dans L'exercice de l'état. Une femme nue entre dans le gueule d'un croco. Rêverie érotique sans équivoque pour le ministre des transports du film, Bertrand St-Jean, dont l'érection a plus d'un sens. Ce qui excite l'Homme politique, c'est cette façon de dévorer goulûment les corps décharnés pour mieux atteindre sa cible. Tout le travail de sape de L'exercice de l’État s'applique à construire une sorte d'argumentaire très concret d'un système à bout de souffle. Schoeller n'a pas la finesse d'un Alain Cavalier dont son Pater disait tant sur le/la politique sans avoir l'air d'y toucher. L'exercice de l’État a un côté académique. Le genre de travail avec un attirail de captation lourd. Un peu comme la bureaucratie sclérosée dans ses contradictions.
Pas de place pour l'anti-système. Entre les lignes, on comprend même que les simili-Le Pen et autres grandes gueules seraient enfermées dans les mêmes considérations de calculs. L'exemple Mitterrand fait jurisprudence. Les idéaux n'ont pas leur place. Ici St-Jean abandonne son auréole de personne venue du civil pour se fondre mieux que quiconque dans les arcanes du monde politique. A ce titre, le personnage de conseiller joué par Michel Blanc est tout à fait fascinant. La figure de haut-fonctionnaire pérennise un fonctionnement coupé des réalités du peuple. Sans jouer à la démagogie de bas-étage, il y a comme une envie de crier au « tous pourris » en voyant tout ça. Schoeller met en place une mise en scène au ton sur ton, où aucun costard ne dépasse, où la communication se fait par écrans interposés ou par téléphone.
Bien plus abouti que l'arnaqueLa conquête, il manque tout de même au film l’espèce de détachement espiègle qu'avait le duo Cavalier/Lindon. Quelques longueurs, des affectes dans les situations et les passages fantasmés font perdre de la puissance au sujet. Reste le geste et le verbe. Olivier Gourmet porte la carrure politique, prêt à devenir un carriériste accompli. Les amitiés sont fragiles. Le travail d'un ministère ne porte que sur quelques réformes symboliques, rarement idéologiques. Et si idéologie il y a, elle sera broyée, malaxée jusqu'à étouffement par les lobbys et les manœuvres en tout genre. Voir l'Exercice de l’État, c'est un peu perdre espoir en notre modèle démocratique. Schoeller n'y voit aucune embellie. Pas évident d'en ressortir le moral au beau fixe. Pas évident aussi de trouver que ce film fasse avancer les choses. Il pose juste un constat fataliste.
L’exercice de l’État, de Pierre Schoeller, avec Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman (Fra., 1h52, 2011)
Sortie le 26 octobre
La bande-annonce de L'exercice de l’État :
A fuir !
Pas Mal.
Indispensable !
Bonjour
Je vous trouve bien dur avec ce film, et bien pessimiste aussi... ne peut-on considérer qu'il dont une image réaliste certes (même si fictionnelle), mais seulement d'une certaine manière de concevoir la politique? Ne peut-on rêver, justement, avec ce repoussoir, d'une autre manière de traiter les réalités économiques ou sociales, avec une autre "vision" que seulement "regagner 5 points dans les sondages"?
(s) ta d loi du cine, "squatter" chez dasola