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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 21:56

Les loups dans la bergerie

 

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Contrairement à ce que laisse penser le sujet, le sexe de la maison close n'est que périphérique à une fresque colorée mais grave sur la condition féminine laissée à la merci des plus terribles des carnivores.

 

Le portrait d'une maison close prend le contrepoint parfait du Pornographe du même Bonello. Dans ce long-métrage avec Jean-Pierre Léaud, le monde de la pornographie était illustré sans fioriture esthétique, la nudité des corps allait avec celle de l'aspect visuel. Avec L'Apollonide, Bonello choisit l'inverse. A savoir de suivre le quotidien d'une enseigne dite respectable au carrefour de deux siècles. L'image caresse d'office les sens. Le travail sur l'espace ouaté va servir de filtre aux horreurs silencieuses du bordel de luxe. Pour preuve, le personnage le plus fascinant, Madeleine, devient la femme qui sourit après un terrible événement lors d'ébats. Son sourire d'ange façon Joker de Batman se fait dans une souffrance où le cri, pourtant bien présent, semble silencieux. Comme indicible au milieu des torrents de bruits, le danger en devient d'autant plus invisible donc dangereux. Puisque là où Le Pornographe dévoilait une forme de grâce, L'Apollonide fait émerger le rugueux.

 

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Grande fresque presque sans scénario, le mouvement lancinant de ces putes adorables dessine des destins aux couleurs chatoyantes. Chaque corps se chaloupe avec sa taille de guêpe. Les trajectoires de ces dames, inégalement traitées, laissent surtout voir la maison close comme une sorte de chance de ne pas finir dans la rue. Bonello a beau s'en défendre à longueur d'interview (ici par exemple), la construction même du long-métrage laisse entrevoir l'espèce de nostalgie un poil gênante d'un temps révolu. Cela ne passe pas que par le plan final. La place grandissante du personnage de Noémie Lvovsky et le choix temporel de la charnière des deux siècles diffusent une sorte de regret de ces beaux espaces ouatés. Il ne faut pas s'arrêter à ce petit égarement surtout quand on voit les tragédies qui se passent en coulisses. La fameuse Madeleine bien sûr, mais aussi Pauline.

 

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Elle incarne l'éternel rêve de ces prostituées qui attendent une forme de prince charmant prêt à racheter leurs dettes. A partir de là, le quotidien devient à la fois lumineux d'espoir et désenchanté de lassitude. Les sourires de façade glissent au cours d'une caméra en continuel mouvement. Le plus troublant vient de la sensation de voir non pas qu'une fresque mais le travail de conception d'un peintre. Louis-Do de Lancquesaing incarne d'ailleurs une sorte de Gustave Courbet prêt à esquisser L'origine du monde. La seule escapade extérieure souffle le vent d'air frais d'un Monet. Mais la touche impressionniste la plus envoûtante vient d'une panthère noire, présente par deux fois. Il devient troublant de voir un félin parmi les gazelles.

 

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Le sexe, moins explicite que dans Le Pornographe, joue en fait un rôle périphérique. La consommation n'est que l'accomplissement d'une danse macabre, prémisse d'une petite mort signe d'espoirs insatisfaits. L'Apollonide aurait pu être très grand s'il ne s'encombrait pas d'une musique anachronique (Nights in White Satin de Moody Blues, tube pop des années 60) et peu originale (KV 488 de Mozart, inutilisable après Malick). Reste une force univoque d'un film de metteur en scène talentueux, juste un peu paumé quand il s'agit de contextualiser l'ensemble. Quant aux larmes de sperme si moquées, elles sont une terrible métaphore de la prison qu'est un corps décharné de son honneur. Celui qui ne le saisit pas ne comprendra jamais les femmes.

 

L'apollonide, souvenirs de la maison close, de Bertrand Bonello, avec Hasfia Herzi, Céline Salette, Jasmine Trinca (Fra., 2h05, 2011)

 

Sortie le 21 septembre

 

La bande-annonce de L'apollonide, souvenirs de la maison close :

 

 

 

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Published by alexandre mathis - dans sortie en 2011
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commentaires

tedsifflera3fois 21/10/2011 12:27



Séduisant et dérangeant. Magnétique et dégoûtant. Charmant et étouffant. L’Apollonide de Bertrand Bonello est tout cela, un film qui joue avec les contraires, qui se fraye un chemin entre les
costumes et les douleurs profondes, entre le passé et l’intemporel, entre l’élégance et la vulgarité. Un film instable et déroutant. Ma critique :
http://tedsifflera3fois.com/2011/10/21/lapollonide-souvenirs-de-la-maison-close-critique/



Dom 19/09/2011 23:17



A mon humble avis, le sens des larmes de sperme n'est pas le problème, c'est la mise en image qui coince ; c'est d'un ridicule !
En tout cas, cette chronique relativement modérée me rassure, trop de voix ont déclaré avoir trouvé le film français de l'année.



alexandre mathis 20/09/2011 16:24



oui enfin modéré je le défends quand même pas mal.



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