Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 19:23

A Tombeau Ouvert

 

Mini-cycle "Fétichisme"

 

affiche-crash.jpghttp://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

Entre le siège passager et les cuisses chaudes d'un corps, le contact est aussi sensuel que dangereux. Cronenberg adapte le roman de J.G Ballard en explorant un fétichisme morbide.

 

Le métal rutilant n'en finit plus de transpirer. On y sent la sueur des corps collés au cuir de l’habitacle mêlée aux sécrétions d'un coït consommé sauvagement. De l'amour de la carrosserie de Ballard en découle une obstination glauque : ressentir toute la force sexuelle à travers les cicatrices des accidents de la route. Cronenberg adapte en 1996 le fétichiste Crash de J.G Ballard. Comment mettre en image une succession d'enivrements érotiques, faits de blessures glaçantes et de consommation effrénée de sexe ? Le réalisateur y ajoute une certaine froideur théorique. L'image, comme lissée, ne laisse jamais entrevoir la douleur ou la sensualité. Il parvient ainsi à faire fusionner le métal hurlant et la chair.

 

article-crash-2.jpg

Le trafic sur les bretelles d'autoroute renvoie aux spermatozoïdes. La recherche du plaisir se construit dès le générique, ambivalent, à la typographie soignée mais qui rappelle que le désagrément chez Cronenberg est constant. Le paysage de Crash a plus à voir avec un microcosme. Il oublie un peu les attroupements de gens sur les accidents pour se focaliser sur quelques êtres à priori perturbés : en premier, Ballard, le héros, corps chétif mais accros au sexe, puis sa femme, Catherine et enfin Vaughan. Ce dernier rejoue les accidents de personnes célèbres pour en ressentir toute leurs forces. La collision fatale de James Dean remise en scène, l'évocation de la mort de Camus, le croisement de fantasmes pour se lier à ses idoles a quelque chose de fascinant. Celui de donner aux fans la possibilité de fusionner à leurs modèles.

 

article-crash.jpg

Cronenberg observe. Non sans malice. Si on le sent un peu brimé par les obligations de ne pas montrer de sexe explicite à l'écran, il va au maximum du possible. Il dissimule les seins sous des oreillers, tel un tableau de bord protège les entrailles du véhicule. Les bas nylons recouvrent les jambes tuméfiées de leur fausse protection. Le regard aguicheur va jusqu'à faire saliver sur les blessures. Rosanna Arquette, en accidentée de la route aux gambettes meurtries, constitue un cap dans l'élaboration du fantasme. Le plaisir que ressent Ballard en mettant sa verge contre (dans?) la cicatrice suffit à le prouver. Le thème sonore lancinant revient tel un leitmotiv de désordre intérieur. Pourtant, Crash ne juge pas.

 

article-crash-3.jpeg

L'émancipation sexuelle et sociétale se passe à la marge. Le regard d'autrui est absent. La police n'est qu'un fantôme jamais menaçant alors que des enquêtes sont menées. Les collègues de Ballard ne sont pas des personnages. Vaughan, ni bon, ni mauvais, élabore son fantasme dans des reproductions de cascades interdites. Quand Ballard se prend d'affection pour la veuve de sa victime initiale, ils ne s’acoquinent que pour leur passé commun. Celui qui unit deux accidentés dans une même danse macabre, fait de bris de pare-brise dans la nuque, de broche dans le genou et de trace de volant sur la poitrine. Étonnamment, Crash respire par sa liberté de regard. La caméra prend de la distance, la gêne occasionnée reste lointaine. Il manque peut-être l'odeur de l'essence. Encore faudrait-il que l'usage du véhicule soit vraiment primordial. Car ce qui fascine Ballard, c'est l'épave. Un lien entre la mort et la vie, entre les bosses du capot et les rondeurs des courbes des fesses. Délicieux mais flippant.

 

Crash de David Cronenberg, avec James Spader, Holly Hunter, Rosanna Aquette (U.S.A., 1h40, 1996)

 

La bande-annonce de Crash :

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by alexandre mathis - dans les années 1990-1999
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • Critiques cinémas d'hier et d'aujourd'hui
  • : Qu'ils viennent de sortir en salles ou qu'ils fassent partie de la légende, tous les films risquent un jour de passer à la moulinette de l'incorruptible critique de ce blog.
  • Contact

Twitter/ Facebook

Plan-c : critiques cinéma d'hier et d'aujourd'hui   

Faites également la promotion de votre Page

Graduation

http://nicolasfurno.com/files/planc/00.png A fuir !

http://nicolasfurno.com/files/planc/05.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/10.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/15.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/20.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/25.png Pas Mal.

http://nicolasfurno.com/files/planc/30.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/35.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/40.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/45.png

http://nicolasfurno.com/files/planc/50.png Indispensable !

Le film d'Octobre

affiche drive

Dans l'actu

Bientôt au cinéma :

affiche contagion affiche l'ordre et la morale affiche take shelter

 

Récemment sortis :

affiche les géants affiche les marches du pouvoir affiche l'exercice de l'état affiche intouchables affiche poulet aux prunes affiche la couleur des sentiments affiche tintin affiche the artist affiche drive affiche le skylab affiche dream house affiche les hommes libres affiche alice affiche l'apollonide affiche la nouvelle guerre des boutons affiche restless affiche la guerre des boutons affiche crazy stupid love affiche warrior affiche carré blanc affiche présumé coupable affiche putty hill affiche la grotte des rêves perdus affiche la guerre est déclarée affiche blackthorn affiche cowboys & envahisseurs affiche la piel que habito affiche captain america affiche melancholia affiche la planète des singes les origines affiche mes meilleures amies affiche green lantern affiche super 8 affiche une vie tranquille